Un sondage révèle l'importance de la protection de la planète pour la population

Réalisé sur un échantillon de 12 000 adultes dans 12 pays, ce nouveau sondage a révélé un impressionnant soutien à la conservation ainsi que des lacunes dans les connaissances relatives aux taux d'extinction.mercredi 18 septembre 2019

Il y a quelques années, le biologiste de renom Edward Osborne Wilson soutenait l'idée de consacrer la moitié de notre planète à la préservation de la nature, une proposition ambitieuse visant à éviter l'extinction de masse et à sauvegarder l'ensemble de la biodiversité de notre planète, y compris l'humanité.

À présent, un nouveau sondage montre que Wilson n'est pas le seul à défendre cette façon de penser. En moyenne, la majorité des personnes interrogées à travers douze pays ont déclaré que plus de la moitié de la surface terrestre et marine de la Terre devrait être protégée.

Jonathan Baillie, vice-président exécutif et responsable scientifique de la National Geographic Society, précise que ce plan de conservation de la nature à l'échelle d'une demi-planète est nécessaire pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C, l'ambition fixée par l'accord de Paris sur le climat, et atteindre les objectifs de développement durable établis par l'Organisation des nations unies. « La population souhaite ce qui est scientifiquement nécessaire pour nous assurer un avenir sûr, » ajoute-t-il.

Le sondage, une collaboration entre la National Geographic Society et Ipsos, compile les réponses de 12 000 adultes répartis sur douze pays : Australie, Brésil, Chine, Royaume-Uni, Inde, Indonésie, Kenya, Mexique, Afrique du Sud, Corée du Sud, les Émirats arabes unis et les États-Unis. Les chercheurs voulaient avoir une idée de la façon dont les habitants de ces pays, où opère la National Geographic Society, estiment la nature et la diversité biologique, des informations vitales selon Baillie pour guider les décideurs et mesurer l'impact au long terme de l'organisation.

Les chercheurs mettent toutefois en garde quant à un possible biais du sondage car sur les douze pays sondés, cinq ont un accès à Internet limité (Mexique, Brésil, Afrique du Sud, Indonésie et Chine), ce qui signifie que les résultats de l'enquête pourraient être plus représentatifs de la pensée des citoyens aisés vivant en ville que de l'ensemble de la population.

Bien que les citoyens du monde entier soient généralement favorables aux efforts de conservation et à la sauvegarde de la faune et de la flore, le sondage révèle également un manque de compréhension de sujets comme l'extinction, en partie dû à un manque d'information.

Par exemple, les répondants de tous les pays avaient parfaitement conscience du rythme rapide de l'extinction de masse que nous vivons actuellement, mais « ils n'avaient pas connaissance des détails précis et ne mesuraient pas ce qu'il y avait à perdre, » explique Baillie.

Une étonnante majorité des répondants ne savait pas vraiment à quel point les populations de vertébrés avaient évolué depuis les années 1970 (diminution de 60 %). Les Australiens et les Américains étaient les moins informés vis-à-vis de la possible disparition d'un quart des mammifères de la planète.

Cependant, même avec ces lacunes, l'un des points forts à retenir du sondage est que « sans distinction du contexte politique ou culturel, » déclare Baillie, « très peu de personnes pensent que l'extinction est acceptable. »

 

SURESTIMATION DES ZONES PROTÉGÉES

Les préoccupations au sujet de l'extinction étaient les plus fortes chez les répondants habitant au Mexique, au Brésil ou en Afrique du Sud, des pays qui abritent une riche biodiversité et qui possèdent un grand nombre voire même le plus grand nombre d'espèces menacées d'extinction. Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), c'est au Mexique que l'on recense le plus grand nombre avec 665 espèces en danger.

Seul un infime fragment de la population de tous les pays visés, environ 2 %, ont déclaré que l'extinction ne faisait pas partie de leurs préoccupations.

Un autre constat intéressant est la surestimation par de nombreuses personnes des zones naturelles actuellement protégées à travers le monde, fait remarquer Edward Maibach, directeur du Center for Climate Change Communication de l'université George Mason en Virginie.

Dans l'ensemble, les sondés pensaient qu'environ 35 % du monde marin était préservé. En réalité, cette proportion n'atteint que 7 %. Le constat est similaire pour les terres : les suppositions relatives aux territoires naturels protégés, 15 % en réalité, variaient selon les pays, allant de 26 % en Australie à 45 % en Inde.

C'est un réel problème, indique Baillie, car cela « pourrait donner l'impression que le besoin de protection de l'environnement n'est pas si urgent que ça. »

Il est tout de même important de remarquer que la « majorité des personnes de ces pays souhaitent voir plus de zones terrestres et maritimes protégées, » observe Maibach en précisant que ces personnes sont prêtes à soutenir les actions de leur gouvernement visant à améliorer la conservation des espèces et des écosystèmes.

 

« QU'EST-CE QUI NOUS RETIENT ? »

Baillie et Maibach s'accordent à dire que les résultats du sondage pourraient avoir des conséquences significatives sur l'avenir de la conservation, par exemple en exerçant une pression sur les gouvernements qui les forcerait à satisfaire la demande de conservation émanant de leur peuple.

La question à présent est de savoir si les gouvernements suivront l'initiative publique. Cette volonté gouvernementale fera l'objet d'un premier test important en octobre 2020, lorsque les représentants de près de 200 pays convergeront vers Pékin, en Chine, pour participer à la Convention sur la diversité biologique organisée par l'ONU. Ce sommet a pour ambition le développement de stratégies qui permettront de freiner la perte de biodiversité et l'établissement d'objectifs mondiaux relatifs aux zones protégées, actuellement fixés à 17 % pour les terres et 10 % pour les océans.

Protéger la biodiversité sur le long terme et éviter une extinction de masse exigeront de fixer des objectifs bien plus ambitieux : préserver 50 % de la planète à l'horizon 2050 avec un jalon intermédiaire de 30 % pour 2030, déclare Baillie.

« Nous savons à présent que cet objectif n'est pas uniquement ce que la science recommande, mais également ce que les populations d'un grand nombre de pays souhaitent, » conclut-il. « Qu'est ce qui nous retient d'être plus ambitieux ? »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Lire la suite