Aux Galápagos, l’espoir renaît pour le manchot le plus rare au monde

Les biologistes ont mis au point une méthode unique pour augmenter la population de cet oiseau tropical, et elle semble porter ses fruits.

De Christine Peterson
Publication 17 oct. 2022, 16:51 CEST
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Le manchot des Galápagos (ici un individu photographié sur l’île de Sombero Chino) est la seule espèce de manchots à vivre sur l’équateur.

PHOTOGRAPHIE DE Joël Sartore, Nat Geo Image Collection

Voilà plus de 10 ans que P. Dee Boersma, munie de pieds-de-biche et de marteaux, a creusé un petit trou dans la roche volcanique des îles Galápagos, dans l’espoir d’attirer l’un des manchots les plus rares au monde.

Cinq mois plus tard, un couple de manchots des Galápagos avait élu domicile dans le renfoncement pour y élever son poussin. L’année suivante, un autre couple a emménagé.

Sur les 120 nids que P. Dee Boersma, biologiste à l’université de Washington, et ses collègues ont creusés dans la roche noire, au moins 84 sont encore utilisables. Alors que le nombre de manchots des Galápagos est estimé entre 1 500 et 4 700 individus, leur population serait composée à 25 % de juvéniles selon un dernier recensement, ce qui est colossal, souligne la chercheuse, également exploratrice National Geographic.

Pour la première fois depuis très longtemps, elle est pleine d’espoir quant à l’avenir de ces oiseaux de presque 2 kg, lesquels doivent déjà composer avec le climat capricieux des Galápagos, caractérisé par une alternance entre des eaux chaudes et froides selon les cycles météorologiques de la Terre, El Niño et La Niña. (En savoir plus sur l’unique espèce de manchots tropicaux au monde.)

Le phénomène de La Niña, qui se traduit par un refroidissement des eaux le long de la côte ouest de l’Amérique du Sud (favorable à l’abondance des poissons), contribue à la hausse actuelle de la population des manchots en leur fournissant plus de nourriture.

« Je m’attendais à ce que ce soit vraiment positif. Mais j’ai été agréablement surprise de voir qu’il s’agissait de la meilleure saison reproductrice depuis 12 ans », confie la biologiste.

Un couple de manchots se repose dans l’un des nids façonnés par P. Dee Boersma et ses collègues en 2010. La prédation étant l’une des principales menaces pesant sur l’espèce, les scientifiques ont construit ces nids dans des zones exemptes de tout prédateur introduit.

PHOTOGRAPHIE DE Dee Boersma

DES MENACES VARIÉES

Personne ne sait exactement comment un animal plutôt connu pour vivre dans des environnements australs, le plus souvent sur la banquise, a pu élire domicile sur l’équateur.

Il semblerait que certains manchots de Humboldt vivant le long des côtes du Pérou et du Chili, et dont est très proche le manchot des Galápagos, auraient pris le large avant de s’arrêter aux Galápagos, à 965 km au large de l’Équateur, il y a plusieurs millions d’années. Ils ne seraient jamais repartis et ont évolué pour élever des poussins jusqu’à trois fois par an sur les îles rocheuses où les températures sont si élevées qu’elles peuvent cuire un œuf.

Dans le monde des manchots des Galápagos, le nid idéal doit être à proximité de l’eau et à l’ombre. Les arbres étant rares sur l’archipel, les oiseaux blanc et noir monogames investissent donc des tunnels de lave pouvant atteindre environ un mètre de profondeur et mesurer jusqu’à 27 mètres de long. C’est là qu’ils déposent un ou deux œufs à même la roche. Une fois âgés de huit à neuf mois, les poussins prennent leur envol, mais il leur arrive parfois de retourner voir leurs parents en quête de nourriture.

Lorsque les humains ont colonisé ces îles, ils ont introduit des espèces comme les chats et les rats, qui se nourrissent des œufs, des poussins et même des manchots adultes. Enfin, la surpêche pratiquée dans les eaux environnantes de l’archipel menace bon nombre des poissons favoris des oiseaux.

Comme si cela ne suffisait pas, le phénomène El Niño de 1982 a durement touché la planète, amenant des eaux chaudes autour des îles, empêchant ainsi les nutriments essentiels de remonter vers la surface. En l’absence de nutriments, les poissons ont disparu, et les manchots n’ont plus eu à manger. Les poussins sont morts de faim les premiers, réclamant en vain de la nourriture à leurs parents. Les adultes ont suivi. Selon P. Dee Boersma, la population de manchots des Galápagos a diminué de moitié à la suite de cet événement, passant de 10 000 individus à moins de 5 000.

Elle ne s’est jamais rétablie.

Des manchots des Galápagos adultes et juvéniles se reposent et se toilettent sur un îlot de roche volcanique.

PHOTOGRAPHIE DE Dee Boersma

LES POUSSINS DE L’ESPOIR

L’espèce ne semblant pas supporter la captivité, « aucun zoo ne possède de manchots des Galápagos », explique Paul Salaman, président de Galápagos Conservancy, une ONG américaine qui œuvre pour la préservation de la faune de l’archipel volcanique. « Nous n’avons pas d’autre option. Nous devons vraiment faire un effort ».

En 2010, alors qu’ils cherchaient des solutions visant à faire augmenter la population du volatile, P. Dee Boersma et le biologiste Godfrey Merlin ont constaté que des rats et des chats vivaient sur la plupart des sites de nidification originels de l’espèce.

Les scientifiques ont donc décidé de créer de nouveaux nids sur les îles exemptes de ces prédateurs, un projet qui a notamment été financé par la National Geographic Society et la David and Lucile Packard Foundation.

Il est encore trop tôt pour dire si l’augmentation récente du nombre de jeunes manchots signifie que l’espèce est réellement en train de se rétablir, avertit toutefois P. Dee Boersma, qui étudie l’espèce depuis 1970.

« La population devrait [cependant] se renforcer tant que des nids de bonne qualité et en grand nombre sont à disposition », précise-t-elle.

La National Geographic Society, qui s’engage à mettre en lumière et à protéger les merveilles de notre monde, a financé le travail de l’exploratrice P. Dee Boersma. Pour en savoir plus sur le soutien apporté par la Society aux explorateurs qui nous font découvrir des espèces importantes afin de mieux les protéger, cliquez ici.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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