L'apparition de zèbres aux rayures étranges inquiète les scientifiques

Selon une nouvelle étude, les animaux dont la robe présente des taches anormales pourraient être nés de parents consanguins. Une preuve terrible des effets de la fragmentation des habitats sur la faune sauvage.

De Lindsay Patterson
Photographie De Brenda Larison
Publication 25 janv. 2021 à 15:56 CET
Photographié dans le parc national d’Akagera au Rwanda en 2018, ce zèbre des plaines arbore une robe ...

Photographié dans le parc national d’Akagera au Rwanda en 2018, ce zèbre des plaines arbore une robe aux rayures partiellement décolorées.

Photographie de BRENDA LARISON

Tout le monde sait que les zèbres ont des rayures noires et blanches. Mais, il arrive parfois que la robe de ces équidés africains soit pour le moins inhabituelle ; elle peut alors présenter de grandes taches noires ou des rayures claires sur un pelage doré. Des zèbres tachetés font également leur apparition. En 2019, des scientifiques ont ainsi observé un zébreau à la robe noire parsemée de petites taches blanches dans la réserve nationale du Masai Mara au Kenya.

Généralement rares chez les mammifères, ces anomalies sont souvent causées par des mutations génétiques ciblant la production d’un pigment naturel, la mélanine. La biologiste Brenda Larison fut donc surprise de découvrir qu’une population de zèbres des plaines vivant à proximité du lac Mburo, en Ouganda, comptait un nombre anormalement élevé (environ 5 %) d’individus arborant d’étranges rayures.

Des trois espèces de zèbres, ceux des plaines sont les moins menacés. Pourtant, leur population a chuté de 25 % depuis 2002 et les scientifiques dénombrent environ 500 000 animaux évoluant au sein d’une aire de répartition s’étendant de l’Éthiopie jusqu’en Afrique du Sud. La pose de clôtures, la construction de routes et le développement humain ont entraîné la fragmentation de l’habitat des équidés, qui se retrouvent désormais parqués dans de petites poches de terre, à l’image de la population du lac Mburu. Un phénomène qui empêche la migration entre les troupeaux de certains individus.

En migrant, les animaux injectent de nouveaux gènes au sein des populations, ce qui est essentiel pour la survie durable d’une espèce. Un brassage génétique insuffisant favorise la consanguinité et, à terme, l’infertilité, les maladies et d’autres anomalies génétiques.

« Suite à l’observation [de zèbres à la robe anormale], je me suis demandé : le nombre d’animaux touchés par ce phénomène au sein de cette population s’explique-t-il en partie par la consanguinité ? », raconte Brenda Larison, qui étude l’évolution des rayures de zèbres à l’université de Californie de Los Angeles. (Consultez l'étude ici)

Pour le savoir, la biologiste et ses collègues ont procédé à des analyses génétiques sur 140 zèbres des plaines (dont sept animaux à la robe anormale) vivant dans neuf régions différentes, dont les parcs nationaux d’Etosha en Namibie et de Kruger en Afrique du Sud.

Publiée il y a peu dans la revue Molecular Ecology, leur étude a révélé que les populations de zèbres les plus petites et les plus isolées présentaient, sans surprise, une diversité génétique plus faible et que ces groupes isolés avaient tendance à engendrer davantage de zèbres aux étranges rayures. Ces conclusions suggèrent que la faible diversité génétique est responsable de ces mutations génétiques.

Sur ce cliché pris en juillet 2018 au Mount Kenya Wildlife Conservancy, un zèbre des plaines doré se tient à côté d’un animal normalement coloré.

Photographie de BRENDA LARISON

Bien que l’étude ne se soit intéressée qu’à sept individus à la robe anormale, ses résultats pourraient constituer un avertissement visuel sur l’avenir du zèbre des plaines, estime Brenda Larison.

« Même si cette espèce n’est pas grandement menacée, ce type de problèmes génétiques est souvent observé avant que les vrais problèmes n’apparaissent », souligne-t-elle.

 

DES DIVERGENCES GÉNÉTIQUES

Ces rayures étranges pourraient rendre les zèbres plus vulnérables face aux prédateurs. Dans la plupart des cas, les animaux tachetés observés sont des juvéniles, pas des individus adultes. Brenda Larison précise toutefois qu’au sein de leurs groupes familiaux, les zèbres ne semblent guère faire de différence entre les individus à rayures et ceux tachetés. Mais les rayures protègeraient les animaux des taons selon la dernière étude de la biologiste.

La santé génétique des zèbres des plaines constitue à l’heure actuelle la principale préoccupation de la scientifique. Dans le cadre de leur analyse, Mme Larison et ses collègues ont eu recours à des techniques de séquençage génétique sophistiquées afin d’étudier de près les divergences existantes entre les zèbres consanguins, mais aussi les populations de zèbres vivant dans des régions différentes. (À lire : Une girafe blanche et d'autres animaux inhabituellement pâles.)

« Nous avons découvert l’existence de populations qui semblent diverger plus que la normale à cause de la pression exercée par les humains », explique Brenda Larison, dont les travaux de recherche sont financés par la National Geographic Society.

Autrement dit, d’un point de vue génétique, si les zèbres deviennent de plus en plus proches au sein de leur population, les différentes populations divergent, elles, de plus en plus. Ce phénomène pourrait à terme aboutir à l’apparition d’une nouvelle sous-espèce de zèbres des plaines.

 

UN CASSE-TÊTE POUR LA CONSERVATION

Desire Dalton étudie la génétique de la faune sauvage au South African National Biodiversity Institute (Institut national sud-africain pour la biodiversité) de Pretoria. Selon elle, la situation est inquiétante, car l’un des principaux outils à la disposition des conservationnistes des zèbres est le transfert d’individus appartenant à une population au sein d’une autre population à des fins de reproduction.

Si les populations sont génétiquement trop différentes les unes des autres, l’opposé de la consanguinité peut alors se produire. Dénommé croisement éloigné, ce phénomène provoque l’apparition d’anomalies résultant d’une trop grande divergence des gènes.

Un juvénile atteint de pseudo-mélanisme, une mutation génétique rare qui se traduit par des rayures anormales chez l’animal, s’abreuve dans une mare au sein du parc national d’Etosha en Namibie, en novembre 2011.

Photographie de Ren Larison

Quelles populations de zèbres des plaines sont susceptibles de devenir une sous-espèce ? Pour l’heure, les études à ce sujet sont contradictoires et les scientifiques ne sont pas encore parvenus à se mettre d’accord sur la manière de définir et de catégoriser ces sous-espèces.

Desire Dalton est cependant d’accord avec l’équipe de Larison pour dire que la définition de ces groupes est essentielle à la gestion de l’espèce. (À lire : Faut-il nourrir les animaux sauvages ? Le dilemme des zèbres de Grévy.)

« Vous devez savoir quelles sont les populations que vous pouvez mélanger et quelles sont celles que vous devez tenir à l’écart », explique Desire Dalton.

 

AGIR DÈS À PRÉSENT

Philip Muruthi, vice-président chargé de la conservation des espèces à l’African Wildlife Foundation de Nairobi, au Kenya, juge que cette nouvelle étude nous rappelle que nous devons également garder un œil sur d’autres espèces africaines dont la situation n’est pas encore désespérée.

Il s’inquiète que le zèbre des plaines suive les traces d’une autre espèce emblématique du continent africain : la girafe.

Au cours des 30 dernières années, le nombre de girafes a chuté de 30 %, un chiffre qui s’explique en grande partie par la réduction de l’habitat de l’espèce et le braconnage. L’Union internationale pour la conservation de la nature considère désormais les girafes « en danger de disparition ». Mais les connaissances relatives à ce phénomène sont limitées, si bien qu’il est surnommé « extinction silencieuse ».

C’est pourquoi l’étude portant sur les zèbres est cruciale. En « mettant en évidence la possibilité qu’une espèce commune soit déjà confrontée à des problèmes de conservation, les travaux de recherche nous disent “Il y a un problème. N’attendez pas pour agir” », confie Philip Muruthi.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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