Comment les animaux sauvages réagissent-ils au stress ?

Nous ne sommes pas les seuls animaux à être touchés par l'anxiété et le stress. Troubles du sommeil, suralimentation, traumatismes intergénérationnels… Les situations difficiles peuvent également avoir de nombreux effets durables sur les espèces sauvages.

De Liz Langley
Publication 28 avr. 2023, 16:05 CEST
Le bruit émis par les avions militaires peut provoquer de traumatismes chez les lézards de l'espèce ...

Le bruit émis par les avions militaires peut provoquer de traumatismes chez les lézards de l'espèce Aspidoscelis neotesselatase, qui ont une petite aire de répartition dans le sud-est du Colorado.

PHOTOGRAPHIE DE Ken Holtgrewe, Getty Images

Lorsque nous sommes face à des situations stressantes, nous réagissons souvent en buvant trop de café, en dormant trop ou pas assez, ou en mangeant en trop grandes quantités (pour rendre cet article dans les temps, j’ai par exemple mangé un yaourt, quatre cookies et une tonne de raisins).

Certains animaux sauvages présentent également des réactions physiques au stress. Leurs principaux défis sont bien souvent liés à la nourriture : trouveront-ils de quoi survivre, ou deviendront-ils le repas de quelqu’un d’autre ? Mais parfois, leur traumatisme est d’origine humaine.

Une nouvelle étude a montré que les lézards de l’espèce Aspidoscelis neotesselatase ont tendance à manger lorsqu’ils sont confrontés à un bruit trop fort afin de faire face au stress. Leur habitat s’étend notamment dans la base militaire de Fort Carson, où des avions volent à basse altitude et produisent régulièrement des sons plus forts que ceux qu’ils percevraient dans un environnement plus naturel.

Après les avoir observés et avoir analysé leur sang, des scientifiques ont constaté que lorsque des avions les survolent, les lézards libèrent davantage de cortisol, l’hormone du stress. Ils bougent alors moins et mangent plus, des réactions probablement destinées à compenser la perte d’énergie liée au stress ressenti.

Ainsi, tout comme nous, les animaux réagissent au stress de bien des manières : en voici quelques exemples.

 

LES TROUBLES DU SOMMEIL

Le sommeil est un élément essentiel de la vie de tous les mammifères ; en manquer peut être néfaste.

« Le manque de sommeil, qui est une forme de stress, peut entraîner une augmentation de la consommation de nourriture chez l’être humain et certains animaux non humains », révèle Barrett Klein, entomologiste à l’Université du Wisconsin à La Crosse, qui étudie également la biologie du sommeil.

Dans le cadre d’études en laboratoire, des scientifiques ont constaté que des mouches des fruits dormaient moins et mangeaient plus lorsqu’elles étaient soumises à un isolement social, et que des souris qui étaient en manque de sommeil mangeaient plus lorsqu’elles récupéraient.

De même, s’ils ne se reposent pas suffisamment, certains papillons sont susceptibles de mal butiner et de pondre leurs œufs sur les mauvais types de plantes.

Selon Klein, lorsque certaines espèces d’abeilles ne dorment pas assez, elles peuvent également exécuter leurs danses, qui leur permettent de se repérer, de manière moins précise. Les informations qu’elles transmettent, destinées à indiquer où se trouve la nourriture, sont donc moins utiles pour les autres abeilles.

 

LE TRAUMATISME INTERGÉNÉRATIONNEL

Scott Heppell, écologiste spécialiste des poissons à l’Université d’État de l’Oregon, préfère ne pas comparer la réaction au stress des autres animaux à la nôtre.

« C’est un peu trop anthropomorphique pour moi », confie-t-il. « Mais je pourrais dire que d’autres animaux peuvent présenter des réactions quelque peu similaires », comme lorsque des événements stressants vécus par des parents « affectent les performances de leur descendance ». Chez les humains, ce concept est qualifié de traumatisme intergénérationnel.

Les épinoches, de petits poissons d’eau douce, semblent par exemple transmettre certains traumatismes à leurs petits. Les effets observés ne sont toutefois pas les mêmes pour les mâles et les femelles.

Dans une étude publiée dans le Journal of Animal Ecology, des scientifiques ont montré que les fils de pères épinoches qui ont été exposés à des prédateurs s’exposent à leur tour à davantage de risques ; les femelles, quant à elles, n’héritent pas de ce comportement. En revanche, lorsque ce sont les mères qui ont été exposées à des prédateurs, les petits sont plus anxieux, et ce quel que soit leur sexe. Les raisons de ce phénomène demeurent néanmoins mystérieuses.

 

LA MENACE DES PRÉDATEURS

La présence de prédateurs peut provoquer de l’anxiété chez certains animaux. Le cas du bruant chanteur dont Liana Zanette, écologiste des populations à l’Université Western, au Canada, a étudié le comportement, en est un bon exemple.

Lors d’une étude réalisée en 2022, Zanette a observé des bruants chanteurs sauvages dans la réserve de parc national des Îles-Gulf, en Colombie-Britannique, où ces petits oiseaux n’ont que très peu de prédateurs. La scientifique a installé des barrières pour s’assurer que rien ne leur arriverait au cours de ses recherches.

Pendant dix-huit semaines, l’équipe de Zanette a fait écouter des enregistrements d’animaux qui ne représentent pas une menace pour les bruants chanteurs, tels que des bernaches du Canada, à la moitié des individus étudiés.

De son côté, l’autre moitié a été soumise à des enregistrements de corneilles et de corbeaux, qui s’attaquent à leurs œufs et à leurs oisillons.

Les résultats ont montré qu’en réaction à la (fausse) présence de ces prédateurs, les oiseaux engendraient 53 % moins de petits que ceux qui n’entendaient pas cet enregistrement.

Le lièvre d'Amérique est la principale proie du lynx du Canada.

PHOTOGRAPHIE DE Robbie George, Nat Geo Image Collection

« Les parents sont très nerveux lorsqu’ils pensent que des prédateurs sont dans les parages », explique Zanette. Plutôt que de passer leur temps à couver leurs œufs ou à nourrir les oisillons comme ils le font d’habitude, ils s’enfuient du nid.

Si ce phénomène peut sembler négatif au premier abord, du point de vue de l’évolution, la réaction des oiseaux est tout à fait adaptée. Selon Zanette, il est toujours préférable de survivre en ayant moins de petits, plutôt que de mourir en n’en ayant pas du tout.

Cette peur peut également provoquer des changements durables que l’on peut comparer au syndrome de stress post-traumatique, ajoute-t-elle. Dans une étude réalisée en 2019, la scientifique a constaté que lorsqu’elles sont exposées à des prédateurs, les mésanges à tête noire présentent une activité cérébrale élevée et une sensibilité accrue au danger pendant au moins sept jours.

 

UN CYCLE ANCIEN

Dans le territoire canadien du Yukon, le lièvre d’Amérique (Lepus americanus) est menacé par un prédateur bien réel : le lynx du Canada (Lynx canadensis), dont il est la principale proie. Cette relation bien particulière entre ces deux espèces évolue depuis des millions d’années, selon Rudy Boonstra, professeur émérite à l’Université de Toronto, qui les étudie depuis quarante ans.

Ces espèces connaissent toutes les deux un cycle de dix ans durant lequel leurs populations fluctuent : lorsque celle du lièvre est élevée, le lynx a de nombreuses proies à sa disposition, et voit donc la sienne augmenter également.

Cependant, lorsque le nombre de lièvres diminue, la situation se complique. Les lièvres restants ne sont plus seulement tués par les lynx : plus rares, ils sont désormais poursuivis par leurs prédateurs, une situation qui provoque chez eux un stress considérable. Ils produisent alors moins de descendants, et leurs descendants produisent moins de descendants, jusqu’à ce qu’il y ait si peu de lièvres que les populations de lynx finissent également par s’effondrer. Leurs destins sont donc liés.

Boonstra et ses collègues ont montré que, lorsque les lynx du Canada étaient nombreux et les lièvres d’Amérique en déclin, les niveaux de cortisol dans le sang de ces derniers montaient en flèche. Ce stress affecte la condition physique des femelles, et affaiblit ainsi leurs petits.

Ce cycle proie-prédateur est un phénomène purement sauvage, précise Boonstra ; l’humain n’est pas à l’origine du stress.

C’est notamment pour cette raison que, comme Heppell, Boonstra estime que les réactions des humains et des animaux sauvages face au stress sont incomparables.

« Leur environnement est le même, ou du moins très similaire, depuis de très nombreuses générations, alors que le nôtre change constamment, tous les jours. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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