À la découverte du léopard de l’Amour

Sous-espèce méconnue, le léopard de l’Amour fait partie des grands félins les plus menacés d’extinction.

De Juliette Heuzebroc
Un léopard de l'Amour (Panthera pardus orientalis), sous-espèce du léopard, photographiée au zoo et aquarium Henry Doorly d'Omaha dans le Nebraska.

De son nom scientifique Pantheras pardus orientalis, le léopard de l’Amour a été observé pour la première fois au 15e siècle. Les premières études de l’espèce ont quant à elle été menées en 1857 par le biologiste allemand Hermann Schlegel.

 

SUR LES RIVES DE L’AMOUR

Évoluant dans les forêts et zones rocheuses de la région Primorié dans le sud-est de la Russie ainsi que dans la province de Jilin dans le nord-est de la Chine, cette sous-espèce tient son nom du fleuve Amour qui s’étend de la Sibérie à la Chine. On connaît aussi ce magnifique animal sous le nom de panthère de Chine.

Avec une taille moyenne de 1,60m et un poids allant de 30 à 60 kg, le léopard de l’Amour fait partie des plus grands spécimens de son espèce. Pouvant faire des bonds de 6m de long, c'est un chasseur hors pair ayant pour proies favorites les chevreuils, les cerfs, les lièvres ou encore les blaireaux.

Il se distingue de ses congénères par son pelage très épais, qui lui permet de résister aux températures extrêmes de Sibérie, à la couleur roux ivoire. Ses taches ocellées sont reconnaissables à leurs contours larges et espacés. Le léopard de l’Amour possède également des membres plus longs que la moyenne de son espèce, lui permettant de se mouvoir plus aisément dans les régions enneigées.

Cette espèce, déjà rare d’origine, est considérée comme étant en danger critique d’extinction depuis 1996 ; il apparaît sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Habituellement solitaires, les petits léopards vivent avec leur mère pendant deux ans – l’occasion d’apprendre à chasser. Ils naissent par deux et ont d’abord une couleur grisâtre qui ne permet pas de les distinguer.

TRAVERSÉE EN ZONE HOSTILE

Entre 1970 et 1983, le léopard de l’Amour a vu environ 80 % de son territoire disparaître. À ce jour, ce chiffre est évalué à 90 %. La destruction de son habitat est majoritairement causée par la déforestation massive de la région. Son territoire se situant à la croisée stratégique du Primorié, de la frontière sino-coréenne et de la mer du Japon, il constitue une zone très attractive pour le développement des industries, des transports et du tourisme.

Cet aménagement de la région agit doublement sur la vie du léopard qui, en plus de voir son espace vital considérablement réduit, a de plus en plus de difficultés à chasser et s’alimenter puisque ses proies, elles aussi, disparaissent. À cela, il faut ajouter les villageois environnants qui chassent les mêmes proies pour les revendre. Le léopard de l’Amour est également lui-même massivement victime de la chasse pour sa fourrure ainsi que pour les prétendues vertus médicinales que la médecine chinoise lui attribue.

Cette réduction massive de la population pose le problème de l’appauvrissement génétique. Si en 1973, on estimait le nombre de petits par femelle à 1,9 en moyenne, ce chiffre était déjà tombé à un seul petit en 1991. Moins il y aura d’individus, plus la consanguinité augmentera ; allant de pair avec la baisse de la fertilité des mâles comme des femelles.

À ce jour, on dénombre seulement 50 individus vivant encore à l’état sauvage contre 200 en captivité dans zoos dans le cadre de programmes de protection d’urgence. En 2012, la Russie a fini par réagir et prendre des mesures : un parc national « Land of Leopard » a été créé sur environ 262 000 hectares avec des aires privilégiant la reproduction.

 

Retrouvez Juliette Heuzebroc sur Twitter.

Lire la suite