L'arche photographique de National Geographic compte désormais 12 000 espèces

En devenant le 12 000e animal à rejoindre cette arche des espèces menacées, Naja arabica met en lumière l'inquiétante situation des reptiles.

Publication 20 nov. 2021, 10:15 CET, Mise à jour 21 nov. 2021, 18:49 CET
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Un cobra Naja arabica se dresse et gonfle sa coiffe à l'Arabia's Wildlife Centre des Émirats arabes unis.

Photographie de JOEL SARTORE, NATIONAL GEOGRAPHIC PHOTO ARK

Il n'est que 6 h 45 du matin et le photographe Joel Sartore est déjà trempé jusqu'aux os, comme s'il venait de « se jeter à l'eau. »

Par cette matinée humide du mois de septembre, il est allongé sur le sol d'une basse-cour, l'objectif braqué sur les ongulés de l'Arabia's Wildlife Centre aux Émirats arabes unis, parmi lesquels un gnou à queue noir. Ici, les températures automnales peuvent atteindre les 42 °C, une chaleur si intense que trois des quatre lampes utilisées pour éclairer ses sujets étaient tombées en panne, nous explique-t-il.

Il en fallait plus pour inquiéter Joel Sartore. Deux semaines plus tard, il avait ajouté plus de 200 nouvelles espèces natives de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à l'Arche photographique de National Geographic, dont l'objectif est de rassembler les portraits de 15 000 espèces vivant dans des zoos et des refuges fauniques à travers le monde.

Il a photographié des animaux aussi majestueux que le grand-duc d'Oman, le guépard du Sahara, la gazelle des sables ou encore le léopard d'Arabie (en danger critique d'extinction), tous hébergés par l'Arabia's Wildlife Centre, une structure à la fois sanctuaire et réserve naturelle.

Pour Joel Sartore, l'Arche photographique est une « campagne publicitaire au long terme pour la nature, » notamment pour les 35 500 espèces animales et végétales sur le point de disparaître à jamais. « Nous devons maintenir le débat en vie et en faire une priorité afin que la population se réveille à temps pour sauver la planète, » déclare-t-il. Chaque jour, plusieurs dizaines d'espèces disparaissent, bien souvent à cause de phénomènes influencés par l'Homme comme la destruction de l'habitat, la pollution et le changement climatique.

Pendant son séjour au Moyen-Orient, Sartore a passé la barre des 12 000 espèces. Sans savoir précisément quel animal était le 12 000e, il a choisi le cobra d'Arabie (Naja arabica) pour symboliser ce jalon, car aucun reptile n'avait encore été mis en vedette dans l'Arche photographique. Au mois de février, le photographe avait mis à l'honneur un papillon de nuit du Sud-Ouest des États-Unis, Dichagyris longidens, en tant que 11 000e espèce de l'Arche photographique.

Les scientifiques ne savent pas grand-chose sur le cobra Naja arabica. Espèce commune, quoique rarement aperçue, on la retrouve à travers toute la Péninsule arabique, notamment aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite et à Oman. Jusqu'en 2009, les scientifiques pensaient que Naja arabica était une sous-espèce du cobra égyptien.

Comme la plupart des cobras, Naja arabica déploie sa coiffe, une extension de peau également appelée « capuchon », en guise d'avertissement, un comportement dont Sartore a pu faire être témoin lors de sa séance photo. Pour photographier cet animal venimeux, il s'est éloigné davantage de son sujet en utilisant une focale plus longue et en s'efforçant de travailler rapidement.

Après une vie à photographier la faune, Sartore est à l'aise avec la plupart des espèces, mais il ne néglige jamais la sécurité. « Mieux vaut éviter la morsure, » dit-il au sujet du cobra, une espèce qui inflige chaque année des morsures fatales au Moyen-Orient. 

Le photographe s'apprête à inverser les rôles pour se retrouver devant la caméra le 16 novembre, lorsque le cobra d'Arabie sera officiellement présenté comme la 12 000e espèce de l'Arche photographique.

« Je vais recevoir un Emmy pour l'acteur le plus crispé du plateau, » plaisante Sartore, « mais c'est pour la bonne cause : nous présentons au monde les animaux dont il n'a jamais eu connaissance. »

 

COUP DE CHAUD

Maîtres de la dissimulation et présents en faible densité à l'état sauvage, les serpents « peuvent s'avérer très difficiles à étudier, » témoigne Philip Bowles, coordinateur de la liste rouge des lézards et serpents, le comité de l'Union internationale pour la conservation de la nature chargé de suivre l'état des populations de reptiles à travers le monde pour déterminer leur statut de conservation.

Naja arabica mesure en moyenne 1,20 m de longueur et arbore une couleur café , il vit dans les régions rocheuses semi-arides avec accès à un point d'eau douce et se nourrit probablement de rongeurs et d'oiseaux de petite taille, poursuit Bowles, également coauteur d'un rapport de l'UICN paru en 2012 sur les reptiles de la Péninsule arabique.

Même s'il comprend que le cobra d'Arabie est la 12 000e espèce, il regrette qu'un autre reptile n'ait pas été sélectionné comme tête d'affiche cette fois-ci. « Il n'y a rien d'exceptionnel à propos de ce cobra, » explique Bowles. « Je ne dirais pas qu'il est inintéressant, mais ce n'est pas une priorité. »

Cela dit, Bowles reconnaît que ce cobra est l'occasion de sensibiliser le grand public au besoin de conservation des reptiles. Nous recensons à ce jour 11 000 espèces de reptiles et près de 20 % d'entre elles sont menacées d'extinction. Par exemple, le dragon d'eau vert qui peuple la Chine et l'Asie du Sud-Est a été gravement affecté par la perte généralisée de son habitat et le commerce des animaux de compagnie, ce qui en fait aujourd'hui une espèce vulnérable.

Les températures extrêmes, comme celles vécues par Sartore, pourraient également aggraver la situation des reptiles, car ces animaux à sang froid doivent éviter les longues expositions aux fortes chaleurs. À travers la Péninsule arabique, les températures moyennes augmentent en moyenne de 0,63 °C par décennie en raison du changement climatique, alors que les précipitations diminuent dans l'ensemble.

Même s'il existe peu d'études sur les conséquences de la chaleur pour les serpents, certaines prévisions indiqueraient selon Bowles que l'augmentation des températures pourrait empêcher les lézards, plus facilement étudiables que les serpents, de s'aventurer sous la chaleur, ce qui limiterait leurs chances de trouver de la nourriture. Il est probable que ce soit également le cas pour certains serpents, ajoute-t-il.

 

UN PROJET AMBITIEUX

Aujourd'hui âgé de 59 ans, Sartore aimerait atteindre son objectif de cataloguer 15 000 espèces d'ici 10 à 15 ans.

Il prévoit déjà de retourner dans les points chauds de biodiversité comme l'Asie du Sud-Est, la Nouvelle-Guinée, Singapour et les steppes mongoles.

« Se donner corps et âme à une cause en laquelle je crois, voilà mon objectif, » conclut Sartore. « Si ce n'est pas la définition d'une belle vie, ça devrait l'être. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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