Le nouvel engouement pour les loris lents pourrait causer leur disparition

L'intérêt soudain pour cette créature aux grands yeux a encouragé le trafic d'animaux de compagnie.

De Jani Actman
La photo de cette femelle de l'espèce Nycticebus bengalensis a été prise en 2014 dans un refuge pour primates menacés d'extinction situé dans un parc national du nord du Vietnam. Ce refuge vient au secours et participe au rétablissement des animaux blessés victimes du trafic illégal d'animaux domestiques. Il relâche les loris lents au sein du parc forestier dès que cela est possible, dotant certains loris de colliers électroniques afin que leur réinsertion puisse être surveillée. Selon Sonya Prosser, la directrice du refuge, ce loris lent a été relâché dans la nature en 2015 et, à leur connaissance, « il se promène toujours dans les parages ».

Suite à la diffusion sur la Toile de vidéos montrant des loris lents en captivité en train d'être chatouillés ou nourris de boules de riz, l'animal aux yeux immenses a acquis une renommée internationale. Les vidéos publiées sur la plate-forme YouTube ont suscité des milliers de commentaires, notamment sur l'adorable minois du primate, mais ont également révélé une demande croissance pour ce petit mammifère en tant qu'animal de compagnie.

Les lois locales qui s'appliquent en Asie du Sud-Est ainsi que la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), un traité qui vise à interdire le commerce susceptible de menacer la survie d'espèces sauvages, protègent en théorie toutes les espèces de loris lents. Un nombre incalculable de loris lents sont néanmoins capturés chaque année dans leur zone de répartition, située dans la forêt tropicale, pour être vendus en ligne, à l'international ou sur des marchés locaux spécialisés dans la vente d'espèces sauvages.

Si les clients les trouvent irrésistibles, ces petits primates ne sont pas faits pour être des animaux de compagnie. Avant de pouvoir être vendus, la plupart d'entre eux sont soumis au retrait douloureux de leurs dents pointues. Et leurs conditions de vie ne s'améliorent pas. Dans le cadre d'une étude menée en 2016, des chercheurs de l'université d'Oxford Brookes ont analysé une centaine de vidéos de loris domestiqués. Leurs conclusions ont été sans appel : tous les animaux étaient affolés, malades ou soumis à des conditions anormales. « Ce sont des animaux très sensibles », explique Christine Rattel de l'organisation International Animal Rescue, qui gère un programme portant secours aux loris lents en Indonésie. « Ce sont de petits animaux nocturnes qui n'apprécient pas d'être manipulés. »

Si l'on ignore le nombre exact de loris lents demeurant à l'état sauvage, leur nombre a chuté en raison du commerce d'animaux domestiques qui se poursuit, affirment des défenseurs de l'environnement. La disparition de leur habitat ainsi que leur braconnage afin d'être utilisés dans la médecine asiatique traditionnelle, qui attribue des vertus thérapeutiques à différentes parties du corps de l'animal, leur sont également fatals. Si le commerce d'animaux domestiques se poursuit, « les loris risquent réellement de se retrouver au bord de l'extinction », déplore Christine Rattel.

Les loris lents sont loin d'être la seule espèce sauvage confrontée à cette menace. Des guépards, des lions, ainsi que d'autres espèces emblématiques finissent confinés dans des sous-sols et des jardins, de même que d'autres créatures moins connues telles que le python royal ou le macaque crabier.

« Le commerce d'animaux domestiques est probablement l'un des domaines les plus dévastateurs du commerce d'espèces sauvages », déclare Chris Shepherd, expert en trafic d'animaux sauvages. Or, il s'agit de celui « auquel on prête le moins d'attention ».

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