Les 7 victoires du monde animal de l'année 2018

Retour sur les mesures prises cette année en faveur des éléphants, des rhinocéros, des cétacés et d’autres espèces animales menacées.

Sous la pression du braconnage, les éléphants d’Afrique naissent sans défenses. Le trafic de jaguars est florissant en Amérique du Sud. Au large de l’État de Washington, des pêcheurs tirent sur des otaries de Californie. Alors que des fermes d’extraction de bile d’ours ferment leurs portes dans tout le Vietnam, les responsables de ces infrastructures laissent les ours captifs mourir de faim.

Toutefois, au cours de ces douze derniers mois, il y a aussi eu quelques bonnes nouvelles pour la faune sauvage.

 

Les principales maisons de vente aux enchères au monde ne vendent plus de cornes de rhinocéros. Face à la pression des organisations environnementales, Sotheby’s et Bonhams ont décidé d’annuler des ventes de cornes de rhinocéros qui devaient avoir lieu à Hong Kong cet automne et se sont engagées à ne plus vendre d’objets faits en intégralité ou en partie de cornes de rhinocéros. China Guardian Hong Kong, une autre maison de vente aux enchères, a indiqué qu’elle éviterait à l’avenir de proposer à la vente des cornes de rhinocéros. Selon l'un de ses porte-paroles, la maison de vente aux enchères Christie’s a quant à elle mis en place sa propre interdiction en 2012. La quasi-totalité des principales maisons de vente aux enchères au monde ne proposent désormais plus de cornes de rhinocéros à la vente. À ce jour, Poly Auction est la seule maison de vente aux enchères majeure de Hong Kong n'ayant pas totalement interdit les ventes de cornes de rhinocéros. Dans un email, Poly Auction Hong Kong Limited a déclaré que ses ventes respectaient la loi de Hong Kong et qu’elle « s’opposerait à tout objet issu de plantations illégales ou du braconnage et qu’elle ferait des efforts pour les écarter du marché aux enchères ». Hong Kong est depuis longtemps un marché populaire pour acheter des cornes de rhinocéros : le droit national autorise les ventes de cornes dans certaines circonstances, notamment lorsque les documents accompagnant les objets indiquent qu’il s’agit d’antiquités. Le commerce international de cornes de rhinocéros est interdit dans les pays signataires de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) depuis 1977.

 

Le Japon ne peut plus tuer de rorquals boréals et vendre leur viande au nom de la recherche scientifique. En octobre dernier, la communauté internationale a agi pour protéger le rorqual boréal, l’un des cétacés les plus rapides au monde. Le comité permanent du CITES a conclu que les prises du cétacé menacé d’extinction réalisées par le Japon dans le nord du Pacifique au nom de la science n’avaient en réalité qu’une visée commerciale et devaient cesser. Chaque année, le Japon tue environ une centaine de rorquals boréals pour soi-disant la recherche scientifique, avant de vendre la viande des cétacés sous prétexte que cela permet de financer de futures recherches. Suite à la décision de la CITES, le pays s’est engagé à ce qu’aucun rorqual boréal ne soit tué avant la prochaine conférence majeure de la CITES, qui aura lieu en mai 2019.

 

Des efforts de conversation des cétacés ont permis à certaines espèces de voir leur population augmenter. Grâce aux interdictions internationales de chasse à la baleine dans le nord du Pacifique et l’hémisphère sud, certaines populations de cétacés sont en voie de récupération. Le nombre de rorquals communs, longtemps considérés comme « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a doublé depuis les années 1970. En début d’année, l’UICN a revu le statut de l’espèce, qui est désormais considérée comme « vulnérable ». Une autre espèce de cétacés traditionnellement chassée pour son lard, son huile et sa viande, la baleine grise, est passée de la catégorie « en danger critique d’extinction » à « en danger ».

 

Hong Kong promet de mettre progressivement un terme au commerce de l’ivoire d’éléphant. Début 2018, la ville-État a approuvé un projet pour mettre un terme au commerce de l’ivoire d’éléphant d’ici fin 2021. Hong Kong étant une importante plaque tournante du commerce d’ivoire, les organisations environnementales estiment que mettre un terme à ce marché, en plus de la décision prise par la ville-État de punir plus sévèrement les trafiquants, pourrait aider à lutter contre le braconnage de dizaines de milliers d’éléphants d’Afrique chaque année.

L’interdiction du commerce d’ivoire en Chine est désormais effective. La majeure partie de la demande mondiale en ivoire provient de la Chine, où le commerce de l’ivoire est interdit depuis le 31 décembre 2017 ; 2018 a donc été la première année complète de l’interdiction. Selon un sondage réalisé auprès d’acheteurs mené par Traffic, WWF et GlobeScan, cette mesure semble avoir changé les comportements relatifs à l’achat d’ivoire, ce qui en soi est une bonne nouvelle. Malheureusement, les acheteurs habituels indiquent qu’ils continuent à se procurer de l’ivoire à des tarifs similaires : il leur suffit de voyager hors de Chine pour en acheter. Cela met en évidence la nécessité d’efforts internationaux plus importants pour lutter contre ce commerce.

 

Une nouvelle portion importante de la forêt amazonienne est désormais protégée. Le parc national de la Serranía de Chiribiquete, situé en Colombie, a été agrandi de plus d’1,2 million d’hectares un peu plus tôt cette année. Il couvre désormais une superficie de plus de 4,2 millions d’hectares. Plus grande aire de forêt tropicale protégée au monde, le parc national est également inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Situé dans le nord-ouest du bassin amazonien, le parc de la Serranía de Chiribiquete abrite de célèbres peintures rupestres ainsi que des espèces menacées comme la loutre géante, le tamanoir, le singe laineux et le tapir du Brésil. Les organisations environnementales espèrent que le parc restera une forteresse face à la déforestation en Amazonie, alors que d’autres portions de la forêt tropicale sont abattues. Entre août 2017 et juillet 2018, près de 7 800 km² de forêt tropicale ont été détruits au Brésil. Selon le gouvernement du pays, l’exploitation forestière illégale en est la principale responsable. Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien, a fait campagne sur une réduction des protections environnementales.

Pékin interdit à nouveau l’utilisation d’os de tigres et de cornes de rhinocéros à des fins médicinales. En octobre dernier, la Chine a annoncé qu’elle levait l’interdiction portant sur l’utilisation de ces produits d’origine animale dans le cadre de la médecine traditionnelle. Aucune preuve scientifique n'atteste des bienfaits pour la santé des os de tigres ou de la corne de rhinocéros et aucune explication relative à cette décision n’a été donnée. Toutefois, les organisations environnementales ont pointé du doigt le nombre croissant de fermes d’élevage de tigres dans le pays, et l’important coût d’entretien de ces animaux, comme les principales raisons de ce rétropédalage. La décision a provoqué un tollé parmi les organisations environnementales dans le monde entier, poussant le gouvernement à revenir sur sa décision. Un haut fonctionnaire a confié au média d’État que la Chine reportait le levé de l’interdiction sur l’utilisation légale de parties de rhinocéros et de tigres dans la médecine traditionnelle et la recherche en attendant une « étude complémentaire ».

 

Wildlife Watch est un projet d'articles d'investigation entre la National Geographic Society et les partenaires de National Geographic. Ce projet s'intéresse à l'exploitation et à la criminalité liées aux espèces sauvages. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles et à faire part de vos impressions sur ngwildlife@natgeo.com.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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