Non, les baleines ne peuvent pas avaler un être humain

En dépit des rares cas de personnes s’étant retrouvées dans la gueule d’une baleine, cela reste extrêmement rare. À l’exception d’une espèce, aucun cétacé ne peut physiquement avaler un être humain.

Publication 16 juin 2021, 12:51 CEST
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Une baleine à bosse se nourrit au large de Cape Cod. Pour se nourrir, ces baleines emploient une technique de chasse particulière : travaillant à plusieurs, elles désorientent leurs proies en formant des « filets de bulles » en spirale autour d’un banc de poissons. Le cercle de bulles force ensuite les poissons à remonter à la surface, où d’autres baleines à bosse attendent de les engloutir.

Photographie de Brian Skerry, Nat Geo Image Collection

Vendredi dernier, un pêcheur de homards a fait les gros titres de la presse internationale. L’homme, « avalé » pendant quelques secondes par une baleine à bosse au large de Cape Cod, dans le Massachusetts, aux États-Unis, s’est décrit comme un miraculé. Michael Packard a confié au Cape Cod Times s’être senti bousculé, « puis, tout est devenu complètement noir ». Il se rappelle avoir lutté dans la gueule du cétacé pendant environ 30 secondes, avant que celui-ci ne remonte à la surface et recrache le pêcheur.

Si l’immense gueule d’une baleine à bosse, pouvant mesurer environ 3 m de long, peut aisément contenir un être humain, il est scientifiquement impossible qu’une baleine l’avale réellement, précise Nicola Hodgins de l’organisation à but non lucratif Whale and Dolphin Conservation.

La gorge d’une baleine à bosse fait à peu près la taille d’un poing humain et ne peut s’élargir que d’environ 38 cm pour recevoir un repas plus conséquent.

Nicola Hodgins pense que Michael Packard a probablement été « englouti plutôt qu’avalé », la baleine ayant immédiatement compris son erreur et recraché le pêcheur. Une expérience traumatisante pour Packard, mais sans doute aussi pour la baleine, qui essayait simplement de manger quelques poissons.

« [Michael Packard] était au mauvais endroit, au mauvais moment », ajoute-t-elle.

Ce n’est pas la première fois que des êtres humains se retrouvent dans la gueule d’un cétacé : en 2020, une baleine à bosse avait englouti des kayakistes en Californie. Un voyagiste avait connu une mésaventure similaire en 2019 dans le port de Port Elizabeth en Afrique du Sud. Plus connue encore, l’histoire de Jonas, racontée dans la Bible, qu’une baleine avait avalé pour le sauver de la noyade. Même Geppetto, le père de Pinocchio, est avalé par un cétacé dans le conte pour enfants.

Ces baleines avaleuses d’êtres humains font depuis longtemps parties de la mythologie. À tel point que de nombreuses personnes pensent que cela est vrai. Cela est pourtant scientifiquement impossible pour toutes les espèces de cétacés, à l’exception du cachalot, d’avaler quelque chose d’aussi gros qu’un être humain.

 

LES ÊTRES HUMAINS NE FIGURENT PAS AU MENU

Les rares fois où un être humain se retrouve dans la gueule d’une baleine, c'est un accident. Pourquoi ? Parce que les cétacés ne mangent pas d’êtres humains.

Les cétacés à dents, à l’instar des cachalots, se nourrissent notamment de poissons et de calamars. Les cétacés à fanons, comme les baleines à bosse, les baleines bleues, les baleines grises et les baleines de Minke, n’ont pas de dents, mais des fanons (sorte de poils) et se nourrissent de petites proies, comme le plancton, le krill et les petits poissons.

Un aperçu de la vie des baleines à bosse en Antarctique

Constitués de kératine, une protéine solide mais souple que l’on retrouve dans les cheveux ou les ongles humains, ces fanons sont disposés en plaque, à l’image d’un peigne. Lorsqu’une baleine se nourrit, elle prend une énorme gorgée d’eau de mer et se sert de ses fanons comme d’une passoire pour retenir la nourriture dans sa gueule tout en expulsant l’eau par les interstices.

Des 90 espèces de cétacés décrites sur Terre, les cachalots sont la seule à avoir une gorge suffisamment large pour pouvoir avaler un être humain. Ces mammifères qui mesurent presque 20 m de long sont dotés d’un grand œsophage leur permettant de manger des proies plus grandes, comme les calamars géants, qu’ils avalent parfois tout entiers. Des calamars colossaux, qui peuvent atteindre 14 m de long, ont ainsi été découverts dans l’estomac d’un cachalot.

Bien que cela soit physiquement possible, la probabilité qu’un cachalot avale un être humain est de l’ordre d’une sur un milliard, car les rencontres entre les deux mammifères sont extrêmement rares.

La plupart des personnes « n’auront jamais l’occasion de voir un cachalot de [leur] vivant », explique Rob Deaville du Programme de recherche sur les échouages de cétacés de la Société zoologique de Londres. S’ils vivent aux quatre coins de la planète, ces grands plongeurs évoluent principalement en haute mer et passent régulièrement leur temps à plus de 3 000 m de profondeur.

 

DES CÉTACÉS SOUS PRESSION

La prochaine fois que vous nagez dans l’océan, ne paniquez pas, tout d’abord parce que les baleines ne sont pas agressives envers les êtres humains. Selon Rob Deaville, ce sont plutôt les baleines qui devraient avoir peur de nous, en raison des « nombreuses pressions et menaces d’origine humaine qui pèsent sur les océans ».

Parmi elles, la chasse, la pollution, la destruction de l’habitat des cétacés, l’enchevêtrement dans des filets de pêche et les collisions avec les navires. Les comportements irresponsables, comme des touristes s’approchant trop près des cétacés, peuvent aussi être source de stress chez les baleines.

Si vous avez la chance de croiser l’un de ces gentils géants, les spécialistes recommandent de respecter les recommandations pour une observation responsable de la faune : laissez de l’espace aux animaux, observez-les à distance (si possible, avec des jumelles) et évitez tout mouvement susceptible de les effrayer, de les surprendre ou de les faire paniquer.

Quant à Michael Packard, il a fait savoir au Cape Cod Times qu’il retournerait plonger dès qu’il serait remis de ses blessures. Le pêcheur souffre de lésions des tissus mous, mais n’a aucun os fracturé.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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