Nouvelles preuves de l’implication indirecte des zoos dans le trafic d’animaux sauvages

Alors que des zoos européens et américains accrédités détiennent des faux varans, la Malaisie et l’Indonésie, où ces animaux protégés vivent à l’état sauvage, affirment qu’aucun spécimen n’a été exporté légalement.

Publication 21 juin 2021 à 12:42 CEST
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Endémiques de Bornéo, les Lanthanotus borneensis (faux varans de Bornéo) n’avaient pas été observés depuis des décennies lorsque des chercheurs ont repéré un individu en 2008. Ce spécimen du zoo de Budapest est l’un des nombreux membres de l’espèce qui vivent aujourd’hui dans les zoos européens et américains.

Photographie de Joel Sartore, National Geographic Photo Ark

Si, en cette matinée de mai 2008, on avait dit à l’équipe de chercheurs qu’elle trouverait le « saint Graal de l’herpétologie » pendant sa pause déjeuner au cours d’un relevé sur une parcelle de jungle dans la partie indonésienne de Bornéo, elle n’y aurait pas cru. L’un des membres de l’équipe indonésienne était assis non loin d’un ruisseau lorsqu’il a repéré un lézard jaune brunâtre. L’animal, long d’environ 30 cm, aux écailles marquées et à la tête évoquant celle d’un dinosaure de dessin animé, ressemblait à un alligator miniature.

Il s’agissait d’un faux varan, le premier spécimen découvert à l’état sauvage depuis des décennies. La nouvelle de sa redécouverte, annoncée dans une étude publiée en 2012, s’est vite répandue parmi les passionnés de reptiles.

Les faux varans sont strictement protégés en Indonésie et en Malaisie depuis plusieurs dizaines d’années. Leur commerce et leur collection sont donc interdits, bien qu’aucun des deux pays n’ait légalement sanctionné leur exportation. Néanmoins, l’étude de 2012 a attisé l’intérêt des collectionneurs pour l’espèce, qui étaient prêts à débourser plusieurs milliers de dollars pour un seul individu. Les auteurs de l’article scientifique avaient fourni, par inadvertance, suffisamment d’informations pour permettre aux braconniers de retrouver les lézards.

Selon les spécialistes, ce sont environ 200 faux varans qui ont été vendus entre 2013 et 2016, principalement au Japon, en Europe et aux États-Unis. Certains ont été arrachés à leur milieu naturel, d’autres descendent de parents nés à l’état sauvage. La plupart des reptiles ont été acquis par des collectionneurs, mais des zoos accrédités sont également impliqués dans ce commerce.

Un rapport paru le 14 juin 2021 dans la revue Nature Conservation soutient que bon nombre, si ce n’est la plupart, des 70 faux varans vivant dans des zoos accrédités d’Europe et des États-Unis semblent issus du commerce illégal. Dans les faits, les zoos n’ont enfreint aucune loi. Vincent Nijman, auteur du rapport et écologue de la conservation à l’université Oxford Brookes, au Royaume-Uni, espère néanmoins que ce document fera prendre conscience aux zoos des implications éthiques et professionnelles complexes liées à l’acquisition d’animaux à la provenance douteuse.

« Si les zoos souhaitent que leurs déclarations contre le commerce illégal de la faune soient prises au sérieux et s’ils veulent être perçus comme des contributeurs positifs à la conservation des espèces, ils doivent faire preuve d’une transparence irréprochable, indique l’écologue. Ils doivent montrer l’exemple ».

Au zoo de Cologne, en Allemagne, qui possède quatre faux varans, le conservateur des reptiles Thomas Ziegler convient que les zoos sont confrontés à un dilemme éthique maintenant que les animaux sont disponibles sur le marché. Mais, il estime que les zoos accrédités sont en droit de décider de l’acquisition de l’espèce. « Devrions-nous les laisser mourir, devenir des propriétés privées parce que nous ne pouvons pas les toucher ? Nous risquerions alors de les perdre, confie-t-il. Les zoos ont la capacité de devenir des arches de Noé modernes ».

Le sort réservé aux faux varans à l’état sauvage est inconnu. Ces reptiles, uniques d’un point de vue évolutif, sont les seuls représentants en vie de leur famille. Ils vivent dans le nord-ouest de Bornéo, notamment dans l’État malaisien de Sarawak et la province indonésienne du Kalimantan. L’espèce sera sans doute considérée comme « vulnérable », estime Mark Auliya. Cet herpétologiste du Musée de recherche zoologique Alexander Koenig, en Allemagne, est membre de l’équipe chargée de l’évaluation du statut de l’espèce pour l’Union internationale pour la conservation de la nature.

En 2016, dans le but d’accroître la protection des lézards, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), organisme qui réglemente le commerce international des animaux sauvages, a interdit leur commerce sans permis.

Certains lézards peuvent mesurer plus de 1.5 mètre

Mais, à l’époque, de faux varans étaient déjà proposés à la vente en ligne et lors de salons de reptiles. Selon les spécialistes et les rapports d’enquête, les marchands de reptiles et les passionnés sont les principaux clients de ce commerce mondial. 11 zoos accrédités d’Europe détiennent toutefois au moins 60 faux varans, et en février 2021, le zoo Audubon de La Nouvelle-Orléans, aux États-Unis, a acheté 10 spécimens au zoo de Prague, en République tchèque.

Les zoos partagent une longue histoire de collaboration avec les marchands qui prélevaient des animaux dans la nature. Pendant des décennies, ils ont été nombreux à acheter des espèces à des seules fins de divertissement, sans se soucier de l’impact potentiel du commerce d’animaux sauvages sur la conservation des espèces. Mais, ces dernières années, les associations de zoos et leurs établissements membres accrédités ont mis en avant leur rôle dans la conservation animale. Ils sont également devenus de fervents opposants au braconnage et au trafic d’espèces.

Les six soigneurs animaliers et responsables de zoos interrogés dans le cadre de cet article ont déclaré que tous les faux varans confiés à leurs soins avaient été acquis légalement à des fins de recherche et de conservation. Selon eux, les individus vivant en captivité pourraient servir de « radeau » génétique si l’espèce venait à disparaître à l’état sauvage.

 

DES ANIMAUX AUX ORIGINES DOUTEUSES

Afin de retrouver les origines des faux varans appartenant aux 13 zoos accrédités et aux trois zoos non accrédités, Vincent Nijman s’est appuyé sur des informations glanées sur les réseaux sociaux et dans les articles de presse, les entrées d’une base de données zoologiques et des échanges avec les autorités de la CITES, des marchands et des soigneurs animaliers. Il a ainsi découvert qu’un zoo accrédité avait obtenu ses lézards à la suite de leur confiscation (par exemple, lorsque les douanes saisissent des animaux que les trafiquants essaient de faire sortir en douce d’un pays). Les autres zoos ont vraisemblablement acheté leurs spécimens auprès de marchands et d’autres zoos. Selon l’écologue, la plupart des faux varans ont été arrachés à leur milieu naturel ou descendent de parents nés à l’état sauvage.

Ainsi, le zoo Audubon a acheté 10 faux varans élevés en captivité au zoo de Prague, qui descendent principalement de sept animaux acquis en 2016 par le zoo d’Europe de l’Est auprès d’iZoo, un établissement non accrédité situé dans la préfecture de Shizuoka, au Japon. Selon Tsuyoshi Shirawa, propriétaire d’iZoo et principal marchand de reptiles et d’animaux exotiques au Japon, les reptiles exportés au zoo de Prague par iZoo descendraient de parents capturés à l’état sauvage. (Shirawa a passé plus de deux ans derrière les barreaux après avoir été condamné en 2007 pour enregistrement frauduleux et commerce de reptiles protégés.)

Lors d’un entretien avec Tsuyoshi Shirawa en 2016 pour un livre que j’écrivais, le Japonais m’a confié n’avoir enfreint aucune loi au moment d’acheter et de vendre les faux varans, car il ne les avait pas prélevés sur le sol malaisien ou indonésien. Contrairement aux États-Unis, le Japon ne reconnaît pas les lois d’autres pays relatives aux animaux sauvages. Par conséquent, une fois qu’une espèce protégée nationalement est introduite clandestinement dans le pays, son commerce est légal.

« Peut-être que l’espèce est protégée en Indonésie, peut-être pas, mais c’est une loi nationale, c’est juste une loi indonésienne », m’a indiqué Shirawa.

Ce même vide juridique existe en Europe pour les animaux non protégés par la législation nationale ou dont le commerce est limité par la CITES. Conséquence : les ventes de faux varans à destination des pays européens ont augmenté avant 2017, date à laquelle la réglementation de la CITES est entrée en vigueur.

Ainsi, en 2014, Sandra Altherr, co-fondatrice de Pro Wildlife, une organisation de conservation allemande, a eu vent, par l’intermédiaire d’un lanceur d’alerte, que deux Allemands capturaient en Indonésie et exportaient illégalement du pays des faux varans.

Une enquête de 2014, rédigée par le groupe de surveillance du commerce d’animaux sauvages Traffic et dont Vincent Nijman était le coauteur, révèle que peu de temps après, des marchands de toute l’Europe, notamment d’Allemagne, d’Ukraine, de République tchèque et de France, ont commencé à vendre les reptiles en ligne. L’un d’eux était Robert Seipp, un marchand allemand spécialisé dans les animaux exotiques condamné pour trafic de reptiles en Australie en 1986. En 2014, lors du plus grand salon européen de reptiles qui s’est tenu à Hamm, en Allemagne, l’homme a notamment vendu des faux varans.

Selon le rapport de Vincent Nijman paru dans la revue Nature Conservation, Robert Seipp a également vendu quatre faux varans au Jardin zoologique et botanique de Budapest en 2014. Ces transactions étaient illégales.

Le marchand allemand n’a pas souhaité répondre à nos questions.

 

L’EXPLOITATION D’UN VIDE JURIDIQUE

Outre le fait d’avoir travaillé avec des personnes ayant introduit en contrebande des faux varans d’Indonésie, Tsuyoshi Shirawa m’a également confié avoir légalement importé quelques spécimens de Malaisie. D’autres marchands de reptiles affirment aussi que les autorités malaisiennes ont délivré des permis d’exportation légale pour l’espèce.

Dans un e-mail, Jürgen Schmidt, éleveur professionnel de reptiles en Autriche, a indiqué avoir importé légalement en 2016 huit faux varans achetés à Versus Creation, un marchand malaisien basé près de Kuala Lumpur.

Schmidt « est l’un des meilleurs éleveurs que je connaisse », confie Anton Weissenbacher, conservateur zoologique et spécialiste des reptiles au zoo de Schönbrunn, à Vienne. En 2017, le zoo a acheté quatre faux varans élevés en captivité à Jürgen Schmidt.

Versus Creation n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Jürgen Schmidt dit connaître trois autres personnes ayant importé légalement entre 20 et 30 faux varans depuis la Malaisie et l’Indonésie.

Les autorités des deux pays contestent cette affirmation. Selon elles, aucune autorisation d’exportation de cette espèce n’a été accordée.

Les autorités de Sarawak n’ont jamais délivré de permis autorisant l’exportation de spécimens à l’étranger, voire même leur exportation de Bornéo à destination d’autres régions de la Malaisie, explique Melvin Gumal, directeur de la division de recherche et de conservation de la biodiversité pour la Sarawak Forestry Corporation, l’organisme gouvernemental qui délivre les permis de commerce de la CITES.

« Sarawak a un problème avec cela, remarque Melvin Gumal à propos du commerce des faux varans. C’est avant tout illégal. Et c’est aussi contraire à l’éthique».

En Indonésie, les marchands de reptiles auraient profité d’un vide juridique, fruit d’une confusion entre les noms scientifiques et anglais des faux varans. Les marchands pouvaient ainsi faire des demandes de permis pour ce reptile en utilisant un nom qui ne figurait pas dans la législation indonésienne. Cela leur permettait ainsi d’échapper aux contrôles des douaniers. (Cette confusion a été corrigée en 2018.)

« Les possibilités ne manquaient pas pour introduire en contrebande l’espèce », déclare Amir Hamidy, herpétologiste à l’Institut indonésien des sciences et membre de l’équipe de la CITES en Indonésie.

Mais cela ne change rien au fait que les faux varans sont protégés. « C’est de la contrebande », ajoute-t-il.

 

DES OBLIGATIONS PLUS IMPORTANTES POUR LES ZOOS ? 

Les zoos de Budapest et de Prague n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Dans un e-mail, Bob Lessnau, vice-président et conservateur général du zoo Audubon, a fait savoir que lui et ses collègues jugeaient le rapport de Vincent Nijman « fondé sur des hypothèses » et qu’il « manquait de sources factuelles concrètes pour étayer ses affirmations ».

« Nous avons procédé au contrôle préalable, et disposons des permis et autorisations requis et adéquats délivrés par les autorités désignées », a déclaré Bob Lessnau au sujet des 10 faux varans achetés au zoo de Prague. « Nous n’avons trouvé aucune preuve indiquant que les ascendants des reptiles avaient été acquis illégalement ».

Pour Dan Ashe, président et directeur général de l’Association of Zoos and Aquariums, une organisation à but non lucratif et organisme d’agrément représentant plus de 240 établissements dans le monde, l’argumentation de Vincent Nijman est « confuse ».

« Il dit de façon assez générale que les zoos ont une obligation plus grande de respecter la loi », déclare-t-il. Mais le respect de la loi « est notre méthode de lutte contre le trafic », poursuit-il, avant d’ajouter que Vincent Nijman « ne démontre pas que personne n’a respecté la loi ».

Au vu des vides juridiques européens et japonais, respecter la loi ne s’avère parfois pas suffisant, estime Chris Shepherd, directeur exécutif de Monitor, une organisation de recherche à but non lucratif qui s’intéresse aux espèces moins connues victimes du trafic d’animaux sauvages. « Ce raisonnement cautionne la violation des lois des États de l’aire de répartition des reptiles et tolère la vente d’animaux capturés illégalement », explique-t-il.

Immersion dans l'univers cruel du tourisme animalier.

D’autres professionnels du monde des zoos pensent que Vincent Nijman met le doigt sur des points importants. « Dans le cadre de leur processus de contrôle préalable, les zoos et les aquariums sont tenus de ne pas encourager l’exportation illégale d’animaux », souligne Danny de Man, directeur exécutif adjoint de l’Association européenne des zoos et aquariums (European Association of Zoos and Aquaria, EAZA), l’organisme d’agrément des zoos d’Europe. « Je pense que ce rapport est le bienvenu, car il nous aidera à examiner nos politiques et procédures et, si besoin est, à les ajuster ».

Ivan Rehák, président du groupe reptile de l’EAZA, qui conserve un livre généalogique pour les faux varans, convient que l’origine des individus de l’espèce vivant en captivité « est problématique ». Il précise néanmoins que les zoos n’ont ni incité le commerce illégal de faux varans ni stimulé la demande originelle pour ces reptiles. Il ajoute aussi que les zoos ne disposent pas des ressources nécessaires pour aller plus loin que la loi en matière d’enquête sur les origines des animaux qu’ils achètent.

« Je pense que les zoos devraient être en mesure de prouver la légalité et la provenance des animaux qu’ils possèdent, indique Chris Shepherd. Ça ne devrait pas être à des personnes comme [Nijman] de le faire ».

 

DES ARGUMENTS ÉTHIQUES

Outre le fait qu’un animal ait des origines douteuses, de « nombreuses questions d’ordre éthique » entourent la décision d’acheter ou non cet animal, estime Ivan Rehák. En ce qui concerne les faux varans, les zoos peuvent jouer un rôle précieux dans la gestion des populations en captivité et la participation aux efforts de conservation « afin de garantir la survie de l’espèce à l’avenir », décrit-il.

Les marchands et les soigneurs animaliers citent souvent la perte d’habitat pour justifier la détention de populations de faux varans et d’autres animaux en captivité. L’idée est que ces dernières servent de populations de secours en cas d’extinction des espèces à l’état sauvage.

La plupart des conservateurs conviennent qu’une vie en captivité bien gérée, associée à un plan de réintroduction des animaux dans la nature est justifiée pour les espèces menacées d’extinction. Ainsi, un programme d’élevage en captivité mis en place à la fin des années 1980 a permis de sauver le condor de Californie, en danger critique d’extinction. Mais, pour les espèces telles que le faux varan dont la survie n’est pas menacée, citer la destruction de son habitat comme prétexte à la captivité « est un argument très général et inacceptable », juge Mark Auliya. Si la plupart des forêts de basse altitude de Bornéo ont été rasées pour faire place aux plantations de palmiers à huile, les reptiles semblent pouvoir survivre dans des environnements perturbés. Mark Auliya ajoute que les spécialistes ignorent si le braconnage entraîne un déclin de leur population.

« Nous entendons souvent ce type d’arguments, mais il est plutôt bancal, convient Amir Hamidy. Ce n’est pas une excuse pour enfermer des animaux dans des cages ».

Selon Melvin Gumal, les autorités malaisiennes connaissent plus d’une demi-dizaine d’aires strictement protégées où vivent les faux varans, parmi lesquelles figurent notamment des parcs nationaux. Cet élément discrédite donc l’argument de la perte d’habitat. Gumal reconnaît toutefois que la tenue à l’écart des scientifiques et des autorités malaisiennes et indonésiennes dans les discussions entre les zoos occidentaux sur la conservation du faux varan est inquiétante.

À l’heure actuelle, « les pays qui possèdent les ressources les perdent au profit de marchands peu scrupuleux », dit-il. Une situation qui transgresse les bonnes pratiques en matière de distribution juste et équitable des bénéfices qu’apporte la biodiversité.

Selon Chris Shepherd, le faux varan offre aux zoos l’opportunité de repenser leur travail avec cette espèce, mais aussi de revoir plus attentivement leur approche globale à l’acquisition d’animaux. « Ce rapport tombe à pic, car il met en lumière un problème qu’il est urgent de traiter, » déclare-t-il. « Si les zoos veulent devenir des acteurs majeurs de la conservation, ce type de situations ne doit plus se reproduire ».

Wildlife Watch est une série d'articles d'investigation entre la National Geographic Society et les partenaires de National Geographic au sujet de l'exploitation et du trafic illégal d'espèces sauvages. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles ainsi qu'à nous faire part de vos impressions à l'adresse ngwildlife@natgeo.com.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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