Une baleine enceinte a été retrouvée morte l'estomac rempli de plastique

La pollution plastique étouffe la mer Méditerranée et ce cachalot pourrait bien être sa dernière victime.

De Alejandra Borunda
Une femelle cachalot enceinte échouée sur une plage de Sardaigne, une île italienne. Son estomac était saturé de plastique.
Cet article a été réalisé en partenariat avec la National Geographic Society.

Une femelle cachalot enceinte s'est échouée sur une plage de sable en périphérie de Porto Cervo, une cité balnéaire en Sardaigne. Lorsque les scientifiques et vétérinaires ont éventré la baleine décédée, ils ont assisté à un macabre spectacle : un baleineau mort et près de 22 kg de déchets logés dans son ventre.

Son estomac était rempli aux deux tiers de plastique. Les scientifiques ont également pu apercevoir les restes d'un calamar, mais il est fort probable que les nutriments qu'il contenait n'aient jamais atteint le système sanguin du cachalot car ses intestins étaient encombrés par la masse de déchets plastiques.

« Je n'avais jamais vu une aussi grande quantité de plastique, » rapporte Luca Bittau, biologiste marin au SEAME Sardinia, une organisation à but non lucratif dont centrée sur l'étude et la protection des cétacés vivant au large des côtes sardes. Ils ont trouvé des filets de pêche, des lignes de pêche, des sacs plastique dont certains étaient si récents qu'on pouvait encore y lire le code-barre, des tuyaux en plastique et même des assiettes en plastique « comme celles que l'on trouve chez nous, » ajoute-t-il. « C'est comme si toute notre vie quotidienne était là, mais dans son estomac. » Cette prise de conscience, confie-t-il, a été très accablante.

 

UN OCÉAN DE PLASTIQUE SOUS DES EAUX CRISTALLINES

Les scientifiques pensent que le cachalot, long de 8 m, faisait partie d'un banc qui évoluait dans les envions de l'île de Caprera où une fosse qui s'enfonce profondément sous les eaux turquoises de la mer Méditerranée leur permettait de donner naissance et de nourrir les baleineaux. La région attire bon nombre de touristes et de plaisanciers, les biologistes pensaient donc que le plus grand danger pour les baleines était les collisions avec les bateaux, et non la pollution plastique. 

Pourtant, sous la surface aux allures paradisiaques, la réalité est autrement plus sombre, raconte Bittau. Le plastique recouvre le fond des océans où viennent se restaurer les cachalots et leurs acolytes. Les mammifères plongent au plus profond de la fosse et traquent les calamars dont ils raffolent à l'aide de l'écholocalisation.

Cependant, un sac plastique ballotté par l'océan est difficile à distinguer des mouvements de voltige d'un calamar. Une fois le sac ingéré, il ne sortira plus de la baleine. Chaque erreur commisse par le cachalot aggrave le problème et rapidement son estomac se remplit de ce matériau mortel.

Les causes de la mort de ce cachalot n'ont pas encore été déterminées. Les vétérinaires et les scientifiques de l'université de Sassari enquêtent toujours sur les motifs précis du décès du cachalot et de son bébé. Une triste découverte qui vient s'ajouter à la très longue liste de mammifères marins retrouvés morts l'estomac truffé de plastique.

 

UN PROBLÈME MONDIAL

« On retrouve aujourd'hui des plastiques partout sur la planète, à travers l'ensemble de l'écosystème marin et à chaque niveau de la chaîne alimentaire, des oiseaux de mer aux tortues en passant par les phoques, » constate Nick Mallos, directeur du programme Trash Free Seas pour l'organisme Ocean Conservancy, une organisation à but non lucratif qui s'intéresse à la protection des océans. « C'est un réel problème international dont les causes se mesurent à très grande échelle et dont les effets ne cessent de s'aggraver. »

La pollution plastique a réussi à atteindre les fosses océaniques les plus profondes et la Méditerranée ne fait pas exception. Elle récolte les déchets des pays qui la bordent et, puisqu'elle est presque entièrement fermée, ces déchets ne quittent jamais ses eaux. Greenpeace estimait dans un rapport publié récemment que la majorité des 150 000 à 500 000 tonnes des macro-déchets en plastique qui entrent chaque année en Europe par voie maritime finissent dans la Méditerranée.

En réponse à cette crise du plastique, l'Union européenne a récemment adopté un texte visant à interdire les produits plastique à usage unique. Il entrera en vigueur en 2021.

Quoi qu'il en soit, il est déjà trop tard pour sauver ce cachalot.

« C'est un autre exemple tragique des impacts réels du plastique lorsqu'il envahit l'océan, » confie Mallos. Il y a de nombreux défis à relever en ce qui concerne l'océan, poursuit-il, « mais la pollution plastique en est un pour lequel nous connaissons la solution. Nous n'avons pas à nous préoccuper de modifier la chimie des océans ou de gérer les réserves de populations de poissons. Nous avons juste à fermer le robinet de plastique qui se déverse dans nos océans. »

« Nous nous sommes tous sentis responsables lorsque nous avons vu ces déchets dans le cachalot, » raconte Bittau, pour les assiettes que lui et ses collègues utilisaient chez eux comme pour les sacs ou les tuyaux. Il ne tient donc qu'à nous d'agir pour corriger ce problème, conclut-il.

 
National Geographic s'est engagé à réduire la pollution de plastique à usage unique. En savoir plus sur nos activités à but non lucratif sur natgeo.org/plastics. Découvrez ce que vous pouvez faire pour réduire votre propre consommation de plastique à usage unique et engagez-vous.
National Geographic Society et Sky Ocean Ventures sont à l'initiative du projet Ocean Plastic Innovation Challenge dont l'objectif est d'amener divers acteurs du monde entier à collaborer pour développer des solutions innovantes afin de contrer la pollution provoquée par les déchets en plastique. Si vous avez une idée, n'hésitez pas à la partager avant le 11 juin à l'adresse oceanplastic-challenge.org.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
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