La fumée des feux de forêt pourrait provoquer une hausse des cas de COVID-19

Une nouvelle étude a révélé que les feux de forêt de l’année 2020 auraient pu engendrer près de 19 000 contaminations à la COVID-19 et 700 décès.

Publication 16 août 2021, 16:12 CEST
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La fumée des feux de forêt contient des agents polluants dangereux appelés particules en suspension. Elles pourraient rendre les individus plus vulnérables face à la COVID-19. Ici, un pompier surveille l’énorme panache de fumée du Apple Fire, un incendie hors de contrôle à Cherry Valley en Californie.

PHOTOGRAPHIE DE Gina Ferazzi, Los Angeles Times/Getty Images

Selon une nouvelle étude, la fumée des feux de forêt de la Californie, de l’Oregon et de Washington l’année dernière aurait engendré une augmentation considérable du nombre de cas et de décès liés à la COVID-19 dans ces mêmes États.

« Les feux de forêt ont considérablement aggravé la pandémie », déclare Francesca Dominici, biostatisticienne et auteure de la nouvelle étude publiée le 13 août dans la revue Science Advances. L’étude a révélé que sans la fumée générée par ces incendies, 19 742 cas de COVID-19 et 748 décès dus à la maladie auraient pu être évités.

La fumée des feux de forêt contient des milliers de composés différents mais l’un des plus répandus sont les particules en suspension, aussi appelées particules fines, mesurant 2,5 micromètres de diamètre. On les appelle les PM2,5.

Il est reconnu que les PM2,5 constituent une menace pour la santé. Ces particules sont surveillées de près par l’agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA). Les données recueillies sur ce composé sont assez nombreuses pour évaluer ses conséquences sur la pollution.

Ces dernières années en France, les concentrations de PM2,5 à proximité du trafic routier et en fond urbain ont diminué. Mais dans d’autres parties du globe, les feux de forêt sont devenus une source de production majeure. Une récente étude a montré qu’au cours d’un incendie, la fumée peut compter pour près de la moitié de la pollution particulaire dans l’ouest des États-Unis et représenter un quart des taux nationaux lorsqu’elle est propagée dans tout le pays.

Les scientifiques étudient encore l’étendue des dégâts que peuvent causer les feux de forêt. Toutefois, des études préliminaires laissent suggérer que la fumée pourrait s’avérer plus toxique que ce qui était auparavant supposé.

La mesure dans laquelle les incendies de 2021 en Californie, dans le Nord-Ouest Pacifique et au Canada affecteront les taux de contamination à la COVID-19 reste à clarifier. Alors que les feux de forêt de 2020 ont battu tous les records en termes de superficie, cette année, le Dixie Fire, le deuxième plus grand incendie de Californie, a déjà consumé plus d’un million d’hectares. Des feux de forêt historiques font également rage en Turquie et en Grèce.

« L’inhalation des PM2,5 fragilise notre capacité à combattre le virus », explique Mme Dominici. « Actuellement, ce qui est très inquiétant, c’est que la variant Delta est encore plus contagieux. Les personnes non vaccinées deviendront encore plus sensibles [face à la COVID-19]. »

 

LES DANGERS DES PM2,5

Lorsque les PM2,5 pénètrent dans votre organisme, elles peuvent le fragiliser par deux moyens.

D’une part, « elles attaquent le système respiratoire supérieur », indique Sarah Henderson, directrice scientifique des services de santé de l’environnement au centre pour le contrôle et la prévention des maladies de Colombie-Britannique.

À l’instar des pattes d’un mille-pattes, certaines cellules de notre organisme possèdent des petites franges qui poussent les corps étrangers en dehors des organes. « C’est pour cette raison qu’il faut se moucher », souligne-t-elle.

Les PM2,5 peuvent inhiber le processus d'expulsion en détruisant et en paralysant certaines de ces cellules. Il serait ainsi plus facile pour le coronavirus de les infecter.

D’autre part, la fumée des feux de forêt distrait votre système immunitaire.

Contrairement aux particules plus grandes, les PM2,5 sont assez fines pour pénétrer en profondeur dans nos poumons. Cette invasion déclenche une réponse immunitaire de l’organisme. Le système immunitaire étant occupé, le corps est de fait plus vulnérable. Le risque d’infection à la COVID-19 est donc plus accru.

À l’échelle individuelle, le meilleur moyen de se protéger est de se faire vacciner, de porter son masque – qui offre d’ailleurs une protection contre le virus et les PM2,5 – ou encore d’utiliser des purificateurs d’air dans son domicile.

 

À LA POURSUITE DE LA FUMÉE

Pour leur nouvelle étude, Mme Dominici et ses collègues ont collecté des données en provenance de 92 comtés en Californie, en Oregon et à Washington, les régions les plus touchées par les incendies l’année dernière. Puisque la COVID-19 peut surgir sous plusieurs semaines, l’étude s’est penchée sur les cas positifs jusqu’à 28 jours après une exposition à la fumée des feux de forêt. Dans 52 comtés, soit plus de la moitié, il a été noté une augmentation du taux d’incidence de la COVID-19.

Sur l’ensemble des comtés étudiés, les PM2,5 dues aux feux de forêt ont été associées à une hausse de 11 % des contaminations et de 8 % des décès. Néanmoins, ces taux variaient fortement entre les comtés. 

Afin de déterminer quel type de particules fines se dégageait de la fumée des feux de forêt et lesquelles émanaient d’autres sources, comme des voitures, Mme Dominici a fait appel à Loretta Mickley, de l’université Harvard, spécialiste de la pollution de l’air et du changement climatique.

Grâce à des données satellites, Mme Mickley et son équipe ont pu localiser la source des panaches de fumée et la direction qu’ils ont prise. Les stations de contrôle de la qualité de l’air de l’EPA leur ont indiqué les régions où ces panaches augmentaient la pollution au sol.

En somme, les satellites ont indiqué les régions où chercher et les stations ont révélé ce qu’il s’y trouvait.

Grâce à des données sanitaires publiques et des estimations des taux de PM2,5 sans les feux de forêt, les chercheurs ont pu proposer un pourcentage probable de l'augmentation des cas de COVID-19. L’équipe a également pris en compte d’autres facteurs ayant pu influencer les taux de contamination : les températures, la prévalence locale avant les feux, la population du comté et la mobilité de la population. Ces données ont été récupérées grâce à Facebook.

Mme Dominici explique qu’ils ne peuvent pas être totalement certains qu’un cas donné de COVID-19 a été provoqué par l’exposition à la fumée des feux de forêt. Il existe sûrement d’autres éléments ayant pu influencer les données, que l’étude n’a pas examinés : le respect du port du masque, un rassemblement familial comptant une personne contaminée, le statut socioéconomique, les prédispositions du malade, etc. Il pourrait aussi arriver qu’une précédente source de PM2,5 ait augmenté les risques sanitaires d’une communauté, ce qui la rendrait plus vulnérable face au risque d’infection.

Certes, pour certains cas, la contamination pourrait s’expliquer par l’un de ces facteurs. Dans l’ensemble toutefois, le fort lien entre les pics de pollution de l’air et l’augmentation du taux de cas de COVID-19 ne peut être nié.

D’autres recherches étayent ce rapport. Selon une étude publiée en juillet par Daniel Kiser, statisticien au Desert Research Institute, à Reno dans le Nevada, l’exposition à la fumée des feux de forêt en 2020 a entraîné une augmentation de 18 % des cas de COVID-19. « Les niveaux de pollution de l’air que nous constatons lors d’un feu de forêt sont astronomiques », indique-t-il.

En outre, Mme Dominici estime que les taux annoncés dans son étude sont sous-estimés car son équipe ne s’est penchée que sur les comtés où les feux de forêt se sont réellement produits. Seulement, la fumée peut parcourir des centaines de kilomètres.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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