Ces deux hommes ont survécu en pleine mer pendant 29 jours

Deux skippers expérimentés se sont perdus en mer après une panne de GPS au début du mois de septembre.

Publication 19 oct. 2021, 09:57 CEST, Mise à jour 26 oct. 2021, 17:33 CEST
Centre sud de l'océan Pacifique, zone protégée de l'île Phoenix.

Centre sud de l'océan Pacifique, zone protégée de l'île Phoenix.

Photographie de Brian Skerry, Nat Geo Image Collection

Leur dérive a duré vingt-neuf jours durant lesquels ils ont fait face aux conditions météorologiques extrêmes du Pacifique. Initialement partis pour parcourir 200 kilomètres, deux Salomoniens ont finalement été contraints d’éteindre leur moteur, faute d’essence, et de se laisser porter par les vagues. Le sauvetage a finalement eu lieu à 400 kilomètres de leur point de départ. Perdus au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, ils ont survécu grâce à l’eau de pluie, aux oranges et aux noix de coco.

Au micro de la télévision locale, les deux hommes expliquent avoir perdu la terre ferme de vue à cause de gros nuages noirs, de la pluie et du vent. Après plusieurs jours, les deux skippers ont eu l’idée de construire une sorte de mât avec leurs pagaies et une toile pour laisser le vent s’y engouffrer.

Pour s’hydrater, les miraculés se sont aidés de leur toile pour récolter l’eau de pluie. Pour se nourrir, ils ont progressivement écoulé le stock d’oranges qu’ils avaient emporté. Après avoir longuement prié et rallumé partiellement leur moteur dès qu’ils voyaient une noix de coco, ils ont aperçu une île : New Britain. C’était le 27e jour de leur dérive et l’île qu’ils n’ont finalement pas réussi à atteindre était l’une des plus grandes de l’archipel de Bismarck dans la région des îles de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Leur périple a pris fin au soir du 29e jour, lorsqu'un pêcheur les a aperçus depuis son canoë. Ils ont été pris en charge au centre de santé local, réhydratés et nourris. 

Les alentours des îles Salomon sont connus pour être dangereux, la mer très agitée et imprévisible. Au mois de juillet dernier, le ministre de la Santé de Bougainville, sa femme, son fils et trois autres personnes ont disparu en pleine mer. Ils se rendaient sur l’île de Nissan depuis Buka, la capitale de Bougainville. Une seule personne a été retrouvée. Elle a nagé quinze kilomètres jusqu’à l’île voisine. En avril 2020, un cyclone avait surpris un ferry au large des îles Salomon, emportant avec lui 28 passagers.

 

LES DIFFÉRENTS SERVICES DE SAUVETAGE EN MER

Le sauvetage en mer est assuré par les Maritime Rescue Coordination Centers (MRCC) au niveau mondial et par les Centres Régionaux Opérationnels de Surveillance et de Sauvetage (CROSS) en France. Ces derniers assurent la surveillance permanente de la navigation maritime. Selon les chiffres du gouvernement, les CROSS traitent environ 10 000 opérations de sauvetage en mer par an.

Il existe sept Cross et chacun a des missions communes à tous les Cross, ainsi que des missions propres à sa localité. Par exemple, pour un appel provenant de la haute mer, Laure-Anne Paris, responsable d’activité formation à la SNSM, explique que « pour tout ce qui est en pleine mer, en dehors des zones de responsabilité des CROSS, l’alerte de détresse est envoyée au Cross Griz-nez normalement. Ensuite, c’est lui qui re-dispatche au Cross disposant des moyens les plus adaptés pour aller porter secours ».

Marine nationale, Snsm, hélicoptère, avion… ces centres de surveillance engagent des opérations de sauvetage dès qu’ils reçoivent une alerte. La SNSM réaliserait près de 50 % des interventions que les Cross coordonnent.

Sur le littoral, pour contacter le CROSS, il suffit de composer le 196 depuis un portable. En pleine mer, depuis le matériel de communication, nommé VHF, il suffit d’utiliser le canal 16. Les Sauveteurs en Mer recommandent le VHF, considéré comme un outil viable et beaucoup plus sûr.

La SNSM en côte d'Opale

Photographie de AD Langlet pour SNSM

Lorsqu’une personne part en mer sans prévenir quiconque de son départ et qu’elle se retrouve dans une situation de détresse, sans moyen de communication, le délai de secours en cas de problème est très variable. En revanche, lorsqu’une information de détresse en mer est envoyée par un bateau, les moyens de sauvetage peuvent être engagés immédiatement. Dans le cas où le moyen de communication ne fonctionne plus, comme la radio, le téléphone satellitaire, les balises de détresse ou les signaux radars, le Service d'information et de relations publiques de la marine (SIRPA Marine) conseille d’utiliser des moyens qui facilitent le repérage visuel.

Les moyens pyrotechniques comprenant fusée parachute, feu à main, flash light, perche IOR, cyalume ou encore les fumigènes oranges, sont notamment reconnus comme signaux de détresse. Les fumigènes permettent aux hélicoptères de repérer le bateau. 

Les deux skippers des îles Salomon auraient pu, s’ils en avaient été équipés, activer l’un de ces signaux à la vue d'un pêcheur. « Cela ne sert à rien de tirer un feu à main ou une fusée parachute s’il n’y a personne dans le coin. Perdu en pleine mer, c’est du gaspillage. […] Si l’on n’a aucun moyen de communication, mais que l’on est équipé d’un transpondeur radar, d’une radio balise ou d’un autre moyen de localisation de détresse, il ne nous reste plus qu’à attendre que quelqu’un passe dans le coin et qu’il détecte notre émission » explique Laure-Anne Paris. 

 

SURVIVRE EN MER

La Marine nationale et la Gendarmerie maritime ont comptabilisé 37 personnes décédées au cours de l’année 2020, en mer. Cette même année, 1 176 personnes ont été secourues et 2 790 ont été assistées par leurs services.

Un bateau perdu en mer ne doit jamais être quitté s’il ne menace pas la ou les personnes à bord. Sans risque d’incendie ou de naufrage, la personne recherchée est plus visible lorsqu’elle est à bord de son embarcation et cela permet également de réduire considérablement le risque d'hypothermie.

Dans le cas où le bateau coulerait, les durées probables de survie varient selon l’âge, la corpulence, les vêtements, la condition physique et surtout, la température de l’eau. Sous 2°C, une personne n’a que quinze minutes devant elle avant de probablement perdre la vie, selon les chiffres donnés dans le cadre de la formation Technique individuelle de survie, par les lycées maritimes notamment. Plus les températures de l’eau augmentent, plus les chances de survivre augmentent. Entre 2°C et 4°C, la durée probable de survie s’élève à 30 minutes. Entre 4°C et 10°C, la survie est possible jusqu’à trois heures dans l’eau environ. Six heures pour une eau comprise entre 10°C et 15°C et enfin 12 heures pour une eau comprise entre 15°C et 20°C. La survie est indéfinie pour les températures supérieures à 20°C.

Certaines zones sont considérées plus dangereuses. Il est déconseillé de s’y aventurer, à moins d’être un professionnel et d’avoir averti d’autres équipes. Il s’agit, selon les données de la Sirpa Marine, des zones en haute latitude (Nord et Sud), où l’eau est très froide, ainsi que des zones tropicales et équatoriales. Les phénomènes climatiques y sont violents et trop imprévisibles.

Des formations de gestes de survie ou de sauvetage en mer sont proposées par différents organismes chaque année, portées par la SNSM pour ses bénévoles et réalisées dans les lycées maritimes ayant l’agrément Convention internationale sur les normes de formation des gens de mer, de délivrance des brevets et de veille (STCW). 

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