Salvador : au pays des guerres de gangs

Pauvreté et criminalité gangrènent le pays. Résultat : des milliers de Salvadoriens fuient vers les États-Unis. Mais la politique de Donald Trump pourrait les renvoyer dans le chaos.

De Rédaction National Geographic
Des hommes du gang MS-13 s’entassent dans leur cellule de la prison de Chalatenango, dans le nord du pays. Les membres de gangs rivaux sont incarcérés dans des établissements séparés pour éviter les émeutes mortelles, mais l’extrême surpopulation pousse le système carcéral à ses limites.

Selon le gouvernement du Salvador, les gangs criminels du pays regroupent environ 60 000 membres actifs. Leur guerre de suprématie a divisé ce petit État de 6,4 millions d’habitants selon des lignes de fractures invisibles où coule le sang. En 2017, le taux d’homicides y était de 61 pour 100 000 habitants, contre environ 1,2 en France.

Deux clans rivaux emblématiques se sont formés à Los Angeles, aux États-Unis, parmi les réfugiés de la guerre civile salvadorienne de 1980-1992 : la MS-13 et le 18th Street. À la fin des années 1990, les États-Unis ont commencé à expulser des milliers de détenus issus de ces réseaux délinquants vers le Salvador. À la faveur du vide laissé par la pauvreté et la faiblesse étatique, les gangs y ont recréé leurs structures et leurs tactiques sociales. Ils ont alors connu une croissance exponentielle.

Face aux violences, une trêve a été négociée par l’État entre les deux gangs rivaux, mais celle-ci a été rompu en 2013. Les autorités ont lancé, à partir de 2015, une campagne de “mesures exceptionnelles” : création d’unités de police d’élite, participation de l’armée à l’effort sécuritaire, et facilités pour mener perquisitions et saisies. Elles ont également autorisé les policiers à tirer sur les délinquants “ sans craindre les conséquences de leurs actes ”. Ce tournant tactique s’est accompagné d’une hausse des exécutions extrajudiciaires et de la torture, ramenant le pays à la brutalité des années de guerre civile.

En réaction à ces violences, plusieurs caravanes de migrants se sont formées pour prendre la route du nord, vers les États-Unis. La dernière en date, composée de plus de 5 000 personnes, s’est mise en marche à l’automne 2018. Mais les immigrés restent très souvent bloqués à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. L’administration Trump ne veut plus les accueillir et menace d’expulser une multitude de Salvadoriens, qui seraient alors renvoyés aux horreurs qu’ils fuient.

Dans le numéro de mars 2019 du magazine National Geographic, zoom sur la situation des migrants salvadoriens.

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