Histoire

Histoire (et avenir) de la monarchie japonaise

L'empereur Akihito est devenu le premier souverain à abdiquer le trône du chrysanthème. Quel avenir pour ce rôle symbolique ? Mardi, 30 avril

De Erin Blakemore

Pendant plus de 2600 ans, la même famille a régné sur le Japon. Cette dynastie héréditaire continue la plus ancienne du monde - autrefois révérée pour son lien avec les dieux shintoïstes - existe depuis environ 660 av. J.-C. et les preuves matérielles de son règne remontent à environ 300 après J.-C. Aujourd'hui, la Maison impériale du Japon a un rôle symbolique mais n'exerce aucun pouvoir exécutif ou militaire au sein de l'État japonais. Même si elle n'a pas la réalité du pouvoir, la monarchie japonaise a une signification traditionnelle importante.

C'est l'empereur Jinmu qui aurait fondé le royaume en 660 av. J.-C. après s'être battu avec les chefs locaux. Cependant, Jinmu est largement considéré comme une figure symbolique et légendaire. Les spécialistes supposent que Jinmu, un descendant de la déesse solaire, représente la façon dont la culture Yayoi, l'une des quatorze subdivisions traditionnelles de l'histoire du Japon, s'est répandue dans la région de Yamato. Le jour de l'accession au trône de Jinmu, le 11 février, est un jour de fête appelé Journée de la fondation nationale.

Les descendants de Jinmu régnèrent ensuite sur un royaume en expansion. Au cours des siècles, l'importance des pouvoirs de l'empereur du Japon a varié. À partir du 6e siècle après J.-C., l'empereur était supposé être en contact avec des dieux, mais ce pouvoir ne se traduisait pas en pouvoir politique. À différents moments de l'histoire japonaise, l'empereur était perçu comme une manifestation des dieux, mais n'était pas vénéré comme un dieu en soi.

À mesure que l'élite des samouraïs grandissait au Japon, à partir du 10e siècle après J.-C., l'influence de sa monarchie diminua en partie à cause de l'incapacité des empereurs à diriger leur peuple depuis Kyoto, le siège traditionnel de la monarchie. Le shogunat, une dynastie de shoguns qui dirigèrent le Japon de 1603 à 1867, statuait de fait au nom de l'empire jusqu'au 19e siècle.

Pendant la restauration de Meiji en 1868, la fonction de l'empereur changea. L'empereur Meiji a transféré la monarchie à Tokyo, le shogunat a pris fin et les empereurs ont gouverné sous un État plus centralisé. L'empereur du Japon était passé d'un rôle essentiellement symbolique à un rôle doté d'un pouvoir impérial direct.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont forcé l'empereur Hirohito, au nom duquel le Japon avait combattu les Alliés, à renoncer à tout lien avec la divinité. Hirohito a également contribué à donner une légitimité à la nouvelle constitution japonaise de 1947, qui abolissait l'aristocratie japonaise, tournait le dos au concept d'expansion impériale et faisait de l'empereur une simple figure symbolique.

La famille impériale du Japon ne compte plus que 18 membres et est menacée par une loi sur les successions interdisant aux femmes d'accéder au trône. Bien que les empereurs japonais règnent traditionnellement jusqu'à leur mort, l'empereur Akihito, fils de Hirohito, a abdiqué ce 30 avril 2019 pour des raisons de santé. L'ascension du prince héritier Naruhito sur le trône ne laissera ensuite la place qu'à trois héritiers.

Un certain nombre de femmes de la famille impériale japonais ont quitté la monarchie en épousant des roturiers. Bien qu'il y ait eu des impératrices du Japon, la règle de succession réservée aux hommes est toujours en vigueur - et bien que le gouvernement japonais ait été chargé de trouver des solutions à ce qui est perçu comme une crise croissante, rien n'indique pour l'instant qu'il sera disposé à faire fi de la tradition.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Lire la suite