Les crabes de cocotier pourraient aider à percer le mystère Amelia Earhart

Le secret de la disparition de la célèbre aviatrice réside-t-il dans l'antre du plus grand invertébré terrestre au monde ?mardi 27 août 2019

De Rachel Hartigan Shea
Vue aérienne de l'île de Nikumaroro à Kiribati. Une théorie suggère qu'Amelia Earhart aurait effectué un atterrissage d'urgence sur cette île qui grouille de crabes de cocotier.
Vue aérienne de l'île de Nikumaroro à Kiribati. Une théorie suggère qu'Amelia Earhart aurait effectué un atterrissage d'urgence sur cette île qui grouille de crabes de cocotier.
photographie de ROB LYALL, NATIONAL GEOGRAPHIC CHANNEL

Les crabes de cocotier de l'île de Nikumaroro sont plus longs que le calepin d'un journaliste, plus larges qu'une truelle d'archéologue et plus hauts que les chaussures de marche d'un explorateur. En tant que plus grand invertébré de la planète, le crabe de cocotier peut atteindre une envergure d'un mètre et un poids de quatre kilos. Bref, ils sont massifs.

Les membres de l'expédition financée par National Geographic qui parcourent à l'île à l'heure actuelle à la recherche de traces du passage d'Amelia Earhart ont appris à garder un œil sur ces énormes crustacés : leurs pinces sont plus puissantes que la plupart des morsures animales.

De jour, période pendant laquelle les scientifiques réalisent la majorité de leur travail sur cet atoll du Pacifique, les crabes sont faciles à éviter. Ceux qui émergent de leur terrier sous une chaleur tropicale intense passent leur temps à l'ombre des cocotiers, par exemple, ou perchés dans les branches des veloutiers. Oui, ces crabes grimpent aux arbres.

Et la nuit ? « Les crabes se rapprochent de vous, » témoigne John Clauss, membre de l'organisation International Group for Historic Aircraft Recovery (TIGHAR) et vétéran de plus de dix expéditions organisées sur l'île par le groupe. « Si vous allumez votre lampe-torche, vous réalisez que des milliers de crabes se tiennent dans l'ombre. » C'est du moins l'impression que ça donne. Clauss a appris à ne pas dormir par terre.

Tom King, ex-archéologue en chef pour le TIGHAR, examine le sol récupéré sur l'un des sites de Nikumaroro où Earhardt pourrait s'être abritée.
Tom King, ex-archéologue en chef pour le TIGHAR, examine le sol récupéré sur l'un des sites de Nikumaroro où Earhardt pourrait s'être abritée.
photographie de Gabriel Scarlett, National Geographic

Les crabes de cocotier jouent un rôle clé dans l'hypothèse du TIGHAR sur ce qui est arrivé à Amelia Earhart et son navigateur Fred Noonan après leur disparition le 2 juillet 1937, au cours de leur voyage entre la troisième et la dernière étape de leur tour du monde en avion. Selon cette hypothèse, alors qu'Earhart et Noonan ne parvenaient pas à trouver Howland, l'île du Pacifique sur laquelle ils étaient censés atterrir, ils auraient opté pour Nikumaroro. À l'époque baptisée Gardner, cette île est entourée d'un récif qui aurait pu servir de piste d'atterrissage de fortune. Toujours d'après cette théorie, Noonan aurait fini par mourir et leur avion aurait dérivé au large du récif, laissant Earhart seule naufragée sur l'île.

Seule… à l'exception des crabes.

En 1940, les Britanniques avaient établi une colonie sur l'île. Cette année-là, l'administrateur colonial de l'île, Gerald Gallagher, avait envoyé un télégramme à ses supérieurs pour leur annoncer la découverte d'un squelette humain incomplet « qui pourrait bien être celui d'Amelia Earhardt [sic]. » Au nombre de treize, les os furent envoyés à Fiji pour être examinés avant d'être finalement égarés.

Un crabe de cocotier sur l'île de Nikumaroro.
Un crabe de cocotier sur l'île de Nikumaroro.
photographie de Gabriel Scarlett, National Geographic

Un squelette humain comporte deux-cent-six os, alors qu'est-il arrivé aux cent-quatre-vingt-treize os qui n'ont pas été retrouvés ? Certaines preuves semblent accuser les crabes de cocotier dont le surnom « crabes voleurs » est amplement mérité. Dans sa description du site de la découverte, Gallagher indiquait que « les crabes de cocotier avaient dispersé de nombreux os. » Ces crabes omnivores mangent des noix de coco (évidemment), des fruits tombés, des rongeurs et d'autres crabes… mais ce sont également des charognards.

TIGHAR a réalisé plusieurs expériences pour voir si les crabes étaient capables de traîner les os jusqu'à leur terrier. Pour une de ces expériences, ils ont apporté sur l'île une carcasse de porc et ont filmé ce qui lui arrivait. Les crabes de cocotier mais également les bernard-l'ermite « fraise », plus petits mais plus nombreux, s'étaient alors précipités sur le corps et avaient consommé la majorité de la chair au bout de deux semaines.

« Cela indique que les crabes sont capables de traîner les os, » indique Tom King, « mais pas sur quelle distance. » Un an après l'expérience, ils ont découvert que certains os avaient été traînés à près de 20 m de la carcasse mais ils n'ont pas pu retrouver la totalité des restes.

King pense qu'il est possible qu'Earhart soit morte sur l'île comme naufragée. Après sa mort, les crabes auraient dévoré son corps et traîné ses os dans leurs terriers, à l'exception des treize découverts par Gallagher.

Un chercheur balise un arbre de l'île de Nikumaroro sous le regard attentif d'un crabe de cocotier.
Un chercheur balise un arbre de l'île de Nikumaroro sous le regard attentif d'un crabe de cocotier.
photographie de Gabriel Scarlett, National Geographic

Au cours de cette expédition, King et son équipe concentrent leurs fouilles à la base d'un veloutier dans la partie sud-ouest de l'île de Nikumaroro, là où les chiens policiers avaient détecté il y a deux ans les traces d'un décès. À l'époque, aucun os n'avait été trouvé mais cette expédition a de nouveau choisi d'apporter des chiens de la Canine Forensics Foundation afin de sonder d'autre lieux voisins du site, à savoir : une cavité où aurait été découvert le crâne, un site où ont été trouvées des palourdes ouvertes et un autre près de l'endroit où l'avion aurait atterri.

L'équipe ne perd pas espoir et reste convaincue qu'elle finira par trouver la source de l'odeur qui avait alerté le premier groupe de chiens, peut-être le terrier d'un défunt crabe qui aurait emporté avec lui les restes d'Amelia Earhardt.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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