Les origines des Vikings révélées par de nouvelles analyses ADN

Alors que notre vision moderne des Vikings est celle d'un groupe très homogène de robustes guerriers scandinaves aux cheveux blonds, la réalité était tout autre.

Publication 17 sept. 2020 à 14:24 CEST
Des acteurs en armure se préparent au combat rapproché pendant le Festival des Slaves et des Vikings ...

Des acteurs en armure se préparent au combat rapproché pendant le Festival des Slaves et des Vikings à Wolin, en Pologne. Alors que les Vikings continuent de nous fasciner, leur histoire est plus complexe qu'on ne le pensait.

Photographie de David Guttenfelder, Nat Geo Image Collection

Dans l'imaginaire populaire, les Vikings étaient de robustes guerriers scandinaves aux cheveux blonds qui pillaient les côtes du nord de l'Europe. Mais malgré les récits et autres sagas qui célèbrent ces farouches marins aux lignées complexes, il demeure un mythe moderne persistant et pernicieux selon lequel les Vikings auraient été un groupe ethnique ou régional distinct de personnes avec une lignée génétique « pure ». Comme l'emblématique casque « Viking », c'est une fiction qui a surgi dans les mouvements nationalistes de l'Europe de la fin du XIXe siècle. Ce mythe reste célébré aujourd'hui parmi divers groupes suprémacistes blancs qui utilisent la prétendue supériorité des Vikings comme un moyen de justifier la haine.

Une étude tentaculaire d'ADN ancien vient d'être publiée dans la revue Nature ; elle révèle la grande diversité génétique de ceux que nous appelons les Vikings, confirmant et enrichissant ce que les preuves historiques et archéologiques suggéraient déjà sur ce groupe cosmopolite de commerçants et d'explorateurs.

 

DES ORIGINES TROUBLES

Qui étaient les Vikings ? La réponse n'a jamais été claire. Le terme « Viking » est lui-même contesté ; il est dérivé de víking, un mot de langue nordique avec une variété de significations qui vont du raid à l'exploration en passant par la piraterie. Il décrivait des groupes de marins scandinaves qui parcouraient les mers entre 750 et 1 050 après J.-C. - la période maintenant connue sous le nom d'ère viking.

L'ADN d'un squelette féminin nommé Kata, trouvé sur un site funéraire viking à Varnhem, en Suède, a été séquencé dans le cadre de l'étude publiée dans Nature .

Photographie de MUSÉE VÄSTERGÖTLANDS

L'étude publiée dans Nature rassemble des données génétiques tirées des restes de 442 individus distincts, datés d'environ 2 400 avant J.-C. à 1 600 après J.-C. - enterrés dans des zones où les Vikings ont vécu comme le Groenland ; d'autres ont été enterrés le long d'artefacts de style scandinave comme des pièces de monnaie, des armes et même des bateaux entiers.

Rassembler les centaines d'échantillons anciens a été un véritable défi logistique. Ils provenaient de plus de 80 sites archéologiques du nord de l'Europe, de l'Italie et du Groenland. Venait ensuite la lourde tâche d'analyser le volume d'informations extraites de ces restes humains. « Je n'aurais pas pu imaginer les défis informatiques que pouvait générer cet ensemble de données », déclare le généticien évolutionniste Eske Willerslev, professeur d'écologie et d'évolution à l'Université de Copenhague et directeur du centre de recherche génétique qui a dirigé le projet de génome Viking.

 

DE LOINTAINES CONNEXIONS

Les analyses ADN ont révélé que les Vikings étaient un groupe diversifié, avec des ancêtres chasseurs-cueilleurs, agriculteurs et des populations de la steppe eurasienne. La recherche identifie également trois principaux points chauds génétiquement diversifiés où les Vikings se sont mélangés avec des personnes originaires d'autres régions : un point chaud au niveau du Danemark moderne, et un dans chacune des îles de Gotland et d'Öland, en Suède moderne. On pense que ces trois endroits étaient à l'époque des carrefours commerciaux.

Mais si les Vikings ont quitté la Scandinavie et dans certains cas sont rentrés chez eux, l'analyse génétique révèle qu'ils ont plus interagi à l'extérieur qu'à l'intérieur de la région scandinave, se mêlant à un large éventail de peuples rencontrés durant leurs voyages.

« Il est assez clair d'après l'analyse génétique que les Vikings ne sont pas un groupe homogène de personnes », déclare Willerslev. Beaucoup ont des ancêtres originaires du sud de l'Europe et de la Scandinavie, par exemple, ou même un mélange d'ascendance sami (natifs scandinaves) et européenne.

Une fosse commune d'environ 50 Vikings sans tête dans le Dorset, au Royaume-Uni. Certains de ces restes ont été utilisés pour l'analyse ADN récemment publiée dans Nature.

Photographie de Dorset County Council, Oxford Archaeology

« Nous avons même mis au jour des restes humains enterrés en Écosse avec des épées et des éléments de combat vikings qui ne sont pas du tout scandinaves d'un point de vue génétique », ajoute-t-il.

Willerslev indique par ailleurs que les résultats prouvent que la vague viking n'était pas purement scandinave. « Elle trouve ses origines en Scandinavie, mais elle s'est répandue et s'est associée à d'autres peuples à travers le monde. »

 

ABSENCE DE LIEN ETHNIQUE

Les sujets étudiés ne présentaient pas non plus autant de points communs avec les Scandinaves modernes que nous pourrions le penser. Seuls 15 à 30 % des Suédois modernes partagent un capital génétique semblable aux individus étudiés qui vivaient dans la région il y a 1 300 ans, ce qui suggère encore plus de migrations et de mélanges de peuples après l'ère viking. Les habitants de la région sous l'ère viking ne se conformaient pas non plus à l'apparence scandinave stéréotypée : les anciens étudiés, par exemple, avaient en moyenne les cheveux et les yeux plus foncés qu'un groupe de Danois modernes sélectionnés au hasard.

Les nouvelles données génétiques confirment ce que les chercheurs et les archéologues soupçonnaient depuis longtemps : les Vikings étaient un groupe diversifié non lié par la nationalité ou l'ethnie. « C'est une étude merveilleuse », déclare l'archéologue Jesse Byock, professeur à l'Université de Californie à Los Angeles, qui dirige le projet archéologique Mosfell en Islande et n'a pas pris part à la présente étude. « Elle fournit de nouvelles informations, mais renforce presque tout ce que nous savions déjà sur l'ère viking. »

Davide Zori, professeur adjoint d'histoire et d'archéologie à l'Université Baylor, qui n'a pas pris part à l'étude, le rejoint. « Nous commençons à penser que les Vikings n'étaient pas un groupe d'hommes blonds et barbus qui se ressemblaient tous », dit-il. « Nous le savions déjà d'une certaine manière. »

Pour Miguel Vilar, ancien responsable des programmes de la National Geographic Society, il n'est pas surprenant que les résultats brossent un tableau aussi complexe de l'héritage viking, qui va à l'encontre des notions modernes de nationalisme et d'identité culturelle. « L'ADN ne rentre pas toujours bien dans les boîtes [préconçues] », dit-il. 

 

FRERES D'ARMES

Si on l'a compris, les Vikings avaient des origines diverses et mêlées, l'étude a également révélé des liens de parenté étroits entre certains des individus étudiés. Dans une sépulture de Salme, en Estonie, où 41 individus suédois ont été excavés avec deux bateaux et leurs armes, quatre frères ont été identifiés, couchés côte à côte. Les chercheurs ont également découvert un lien familial au deuxième degré entre un Viking dans un cimetière danois et un autre à Oxford, en Angleterre, preuve de la mobilité des membres d'une même famille à l'époque.

Les vestiges des cimetières vikings, comme ce site funéraire en forme de bateau près d'Aalborg, au Danemark, fournissent des preuves génétiques importantes pour comprendre qui étaient ces anciens marins.

Photographie de Keenpress, Nat Geo Image Collection

La question à laquelle cette impressionnante étude ADN ne peut cependant pas répondre est la suivante : comment le phénomène viking a-t-il commencé en premier lieu ? Si l'appartenance ethnique n'était pas le lien qui les unissait, quel était-il ? Était-ce la capacité technologique de construire des bateaux et de mener des attaques navales redoutablement efficaces, ou d'autres facteurs étaient-ils en jeu ?

« Les gens peuvent adopter et s'adapter aux modes culturels dominants de survie », dit Zori. « Pour une raison quelconque, être un Viking était l'un des principaux moyens de survivre et de réussir économiquement et politiquement. »

Avec cette nouvelle confirmation qu'au moins 442 Hommes de l'ère Viking étaient génétiquement diversifiés, les historiens peuvent maintenant élargir leurs recherches. « Il s'agit d'une étude d'une grande ampleur, mais il ne s'agit en réalité que de 450 squelettes », déclare Byock. « C'est une grande étape, mais une étape initiale. » Il espère que ce n'est que le début d'un examen plus large de l'histoire génétique de l'époque.

« On peut sans doute dire que la génétique est un peu plus crédible que les sagas vikings », ajoute Zori. Mais seuls le temps et des recherches supplémentaires, dit-il, peuvent compléter nos connaissances.

Maintenant, le travail consistant à étudier les implications de cette nouvelle étude - et à combiner des preuves textuelles et archéologiques avec les nouvelles analyses ADN - peut commencer. Il reste encore beaucoup à apprendre sur la façon dont les Vikings ont vécu et se sont déplacés, étendant leur influence au gré de leurs aventures. « La migration a toujours été un facteur de l'histoire humaine », déclare Zori. 

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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