Espagne : Cette grotte de l’âge de glace a été découverte par hasard par des spéléologues amateurs

Découverte en 1968, la grotte de Tito Bustillo a été occupée pendant 26 000 ans par des humains du Paléolithique qui ont recouvert ses couloirs sinueux et ses parois rocheuses de centaines d’œuvres saisissantes.

De Julius Purcell
Publication 27 sept. 2022, 08:45 CEST
The main panel

Sur le pan principal de la grotte de Tito Bustillo, on peut admirer près de cent portraits saisissants d’animaux, dont beaucoup sont en couleur. La plupart de ces images représentent les cerfs, les chevaux et les rennes qui peuplaient la région au Magdalénien, il y a 10 000 à 17 000 ans.

 

PHOTOGRAPHIE DE Alberto Morante, EFE

Le massif d’Ardines, sur la côte septentrionale de l’Espagne, est criblé de grottes calcaires. Dans un diamètre de quelques kilomètres se trouvent certaines des grottes paléolithiques les plus célèbres au monde, comme celles d’Altamira, découverte en 1868, ou d’El Castillo, découverte en 1903. Les jeunes spéléologues qui partirent explorer ce massif au printemps 1968 ignoraient qu’ils étaient sur le point d’en découvrir une nouvelle.

Paré d’un équipement sommaire, le groupe était en expédition dans une grotte connue dans la région sous le nom de Pozu’l Ramu. Au cours de leur descente, ces spéléologues amateurs firent une halte près d’une source souterraine et l’un d’entre eux s’aventura à l’écart de ses compagnons. « Des peintures ! », l’entendirent-ils soudain s’écrier. En allant le rejoindre, leurs lampes révélèrent la jambe d’un animal peinte sur la paroi. Ils avaient beau ne pas être archéologues, ils savaient qu’il s’agissait là d’une découverte importante et ils alertèrent les autorités le lendemain.

Peu après la découverte, l’un d’eux, Celestino Fernández Bustillo, surnommé « Tino », trouva la mort dans un accident et on décida de nommer la grotte en son honneur. Des décennies de fouilles ont permis de mettre au jour une pléthore de peintures, de gravures et de sculptures dans la grotte de Tito Bustillo. Celles-ci font partie des plus anciennes formes d’expression artistiques d’Europe et reflètent de manière saisissante l’évolution des sujets et des techniques durant l’âge de glace.

(Découverte des plus grandes œuvres d’art rupestre d’Amérique du Nord.)

 

ART PRIMITIF

Orientée d’est en ouest, la grotte de Tito Bustillo mesure près de 500 mètres de longueur. Ses couloirs étroits relient des salles spacieuses à des niches en hauteur comportant des alcôves plus petites. À certains endroits, ses parois sont presque entièrement recouvertes d’images peintes et gravées qui retracent d’une certaine manière le cours de la Préhistoire sur des milliers d’années.

Les plus anciennes peintures rupestres connues ont été produites en Espagne il y a plus de 65 000 ans par Neandertal, qui disparut il y a 40 000 ans environ. Les centaines d’œuvres de la grotte de Tito Bustillo sont en revanche toutes le fait d’humains modernes (Homo sapiens). Les plus anciennes datent d’il y a 36 000 ans environ. La datation des œuvres et des artefacts a révélé que des humains ont vécu, travaillé et créé à l’intérieur cette grotte pendant plus de 26 000 ans.

L’entrée originale de la grotte, à l’extrême-ouest du réseau, s’est bouchée à la suite d’un glissement de terrain survenu il y a 9 500 ans qui a mis fin à l’occupation humaine du site (les spéléologues du printemps 1968 étaient entrés par une autre chatière). L’entrée actuelle a été percée à l’extrémité orientale de la grotte. C’est par là que les visiteurs entrent de nos jours.

(Les plus anciennes peintures rupestres seraient l’œuvre de Néandertaliens.)

 

UN CHEF-D’ŒUVRE DE L’ÂGE DE GLACE

Les premières fouilles réalisées à Tito Bustillo eurent lieu en 1971 et s’articulèrent autour du « Pan Principal » situé près de l’entrée originale de la grotte. Situé sur les parois de la plus grande salle de la grotte, le Pan Principal est orné de nombreuses représentations d’animaux ainsi que de symboles gravés, peints et dessinés à la surface de la roche. Les examens approfondis réalisés par les spécialistes au fil des années ont révélé la présence de trente cerfs, treize chevaux, neuf rennes, cinq chèvres, quatre bisons, un aurochs, ainsi que d’autres animaux, lignes et symboles non identifiés.

En 1973, une étude plus poussée de la grotte fut entreprise sous la direction de Rodrigo de Balbín Behrmann de l’Université d’Alcalá. Lui et son équipe ont depuis mené de nombreuses recherches sur le site et exploré le complexe de Tito Bustillo dans son entièreté. D’autres études ont été réalisées afin d’établir les liens qui existent entre les zones habitées et les zones artistiques de la grotte.

Les datations au carbone 14 effectuées dans le cadre des recherches de Rodrigo de Balbín Behrmann confirment que les œuvres présentes sur le Pan Principal et autour ont été réalisées au Magdalénien, il y a 10 000 à 17 000 ans, alors que l’Europe émergeait lentement de son dernier âge de glace. C’est à cette période que l’activité fut la plus intense à Tito Bustillo.

Depuis la grande salle où se trouve le Pan Principal, la galerie centrale s’enroule vers l’est pour atteindre l’autre extrémité du système. Tout le long, on trouve des salles secondaires et des grottes plus petites renfermant des œuvres de différentes périodes.

Des harpons sculptés dans des os ont été découverts dans la grotte de Tito Bustillo.

 

PHOTOGRAPHIE DE ORONOZ / ALBUM, Album

À l’extrémité orientale de la grotte se trouve la « salle des vulves », dont les ornements représenteraient des organes génitaux féminins. Non loin, dans une salle plus petite, ont été peintes en rouge de très diffuses silhouettes humaines, l’une masculine, l’autre féminine. Ces œuvres d’art sont les plus anciennes de Tito Bustillo, elles auraient été créées il y a 36 000 ans. D’après certains spécialistes, ces portraits pourraient refléter un intérêt primitif pour la fertilité humaine et pour la procréation.

(Les artistes de la Préhistoire étaient-elles principalement des femmes ?)

Les œuvres réalisées plus tard au Magdalénien, comme celles du Pan Principal, révèlent un intérêt moindre pour les formes humaines et une attention particulière portée à la représentation animale. Comme on peut le voir sur d’autres sites du Paléolithique dans la région, le style magdalénien se caractérise par son aspect bicolore, par une préférence pour la gravure sur roche et pour la peinture, mais également par un intérêt pour les grands animaux locaux, en particulier les chevaux et les cerfs. Ces animaux revêtaient à l’évidence une importance symbolique en plus de leur importance pratique en tant que sources de nourriture.

 

LE PRATIQUE ET LE SPIRITUEL

Les archéologues ont retrouvé sur le site une quantité d’artefacts qui reflètent les habitudes quotidiennes des chasseurs-cueilleurs qui y vivaient : pointes de flèches, harpons, lances, aiguilles et instruments en tout genre fabriqués à partir de coquilles, de pierres, d’os et de ramures. Grâce à cela, on sait comment ces humains chassaient, pêchaient et fabriquaient leurs vêtements.

En plus de ces objets pratiques, de nombreux artefacts reflètent l’univers symbolique des habitants de la grotte. Les pendentifs dont ils se paraient et les os sur lesquels ils ont gravé des animaux et des symboles esquissent la nature de leurs rites et de leurs liens sociaux.

Les différents types d’espaces présents dans la grotte complexifient toutefois les fouilles. Certains indices tendent à montrer que ses habitants du Paléolithique ont essayé de mettre en place un « système de marquage topographique » en apposant des symboles sur la roche et, à certains endroits, en érigeant de bas murs pour délinéer différents espaces.

(Prenez part à une expédition et partez sur les traces de l’histoire humaine en Espagne et en France.)

Bien que ce type d’environnement semble mystérieux aux visiteurs d’aujourd’hui, Rodrigo de Balbín Behrmann et ses collègues sont persuadés que le royaume de la vie courante et celui des activités artistiques n’étaient pas séparés comme on le pensait auparavant. Si la grotte de Tito Bustillo avait clairement une dimension spirituelle, ses habitants voulaient également, pour reprendre les mots de Rodrigo de Balbín Behrmann, « humaniser ses espaces sombres et profonds ».

Cette tête de cheval, dessinée avec un bout de charbon noir il y a des milliers d’années, est l’un des cent portraits d’animaux présents sur le Pan Principal de la grotte.

 

PHOTOGRAPHIE DE Marcos García-Diez

La plupart des salles de la grotte de Tito Bustillo sont inaccessibles au public afin de protéger ces œuvres anciennes. Toutefois, la salle du Pan Principal demeure ouverte aux visiteurs qui peuvent admirer cette ménagerie primitive à distance. La majorité des animaux du Pan peuvent être difficiles à distinguer de la masse d’images superposées qui surnagent tout autour d’eux. Mais les lignes noires des chevaux les plus imposants et les teintes violettes et noires des rennes ressortent malgré tout avec une clarté saisissante des dizaines de milliers d’années plus tard.

En 2008, la grotte de Tito Bustillo a été inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO. L’organisation la décrit comme l’une des dix-huit grottes du nord de l’Espagne qui « représentent l’apogée de l’art rupestre paléolithique ».

(Voici une réplique précise d’une grotte française et de ses œuvres d’art vieilles de 36 000 ans.)

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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