L’avion d’Amelia Earhart a-t-il vraiment été retrouvé ?

La solution à l’énigme de la disparition de la célèbre aviatrice tiendrait-elle dans une image granuleuse réalisée récemment à l’aide d’un sonar ? Pour les spécialistes, il est encore trop tôt pour se prononcer.

De Rachel Hartigan
Publication 31 janv. 2024, 16:17 CET
Amelia Earhart et le navigateur aérien Fred Noonan ont disparu le 2 juillet 1937 dans l’océan ...

Amelia Earhart et le navigateur aérien Fred Noonan ont disparu le 2 juillet 1937 dans l’océan Pacifique lors de leur tentative de tour du monde à bord de ce Lockheed Electra 10e. Selon les spécialistes, il est trop tôt pour valider avec certitude les affirmations selon lesquelles on aurait retrouvé son épave.

PHOTOGRAPHIE DE PF-(aircraft), Alamy Stock Photo

Depuis la publication d’une image dorée et granuleuse où se profile un avion, les journaux du monde entier font leurs gros titres de la possible découverte du Lockheed Electra 10e d’Amelia Earhart, l’avion qu’elle pilotait ce jour de 1937 où, alors qu’ils effectuaient l’étape la plus périlleuse de leur tour du monde aérien, elle et son navigateur Fred Noonan disparurent.

Deep Sea Vision, entreprise fondée il y a peu par le pilote et investisseur en immobilier commercial Tony Romeo, est à l’origine de cette image sonar réalisée lors d’une expédition de cent jours dans le Pacifique central, région où Amelia Earhart disparut. « C’était vraiment un moment surréel pour nous tous », explique celui qui a vendu ses actifs immobiliers pour acquérir un robot autonome sous-marin (AUV) de pointe équipé de technologies de sonar hautement avancées.

L’Hercules, véhicule sous-marin téléopéré, est hissé hors de l’eau, au large de Nikumaroro, et revient sur le pont du E/V Nautilus, en 2019, après une journée passée à chercher l’avion disparu d’Amelia Earhart. Cela fait bien longtemps que des explorateurs cherchent à connaître le sort de la célèbre aviatrice.

PHOTOGRAPHIE DE Gabriel Scarlett, Nat Geo Image Collection

Il est néanmoins trop tôt pour savoir si cette découverte d’un objet gisant à 4 800 mètres de profondeur marque la fin d’un des grands mystères de l’Histoire. Voici ce que nous pouvons toutefois affirmer avec certitude à ce sujet.

 

1. L’IMAGERIE SONAR A DES LIMITES

Les images réalisées à l’aide de sonars ne sont pas des photographies. La fréquence des ondes sonores émises par les sonars est faible, ce qui se traduit par une faible résolution.

« Comme elle est particulièrement grosse, l’onde sonore ne permet pas d’avoir des détails fins », explique David Jourdan, ingénieur dont l’entreprise, Nauticos, a conduit trois expéditions pour retrouver l’avion d’Amelia Earhart. « Elle peut être déformée par des réflections, comme lorsque l’on prend une photo devant un miroir. » Lors d’un second examen, des images prometteuses peuvent révéler une chose totalement différente, une formation géologique par exemple.

 

2. DEEP SEA VISION N’A PAS CONFIRMÉ L’IDENTITÉ DE L’OBJET

Tony Romeo et son équipe ont découvert l’image dans leur base de données alors qu’ils étaient en train de passer à une autre expédition. Ils pensaient que les données récoltées lors d’une des précédentes sorties de l’AUV avaient été corrompues. Quand ils se sont aperçus que ce n’était pas le cas, et qu’ils étaient peut-être sur le point de faire une découverte majeure, il était trop tard pour retourner sur place.

« Nous n’avions plus le temps. Nous n’avions plus de ressources, se lamente Tony Romeo. Et nous n’avions pas de caméra sur notre [AUV]. Celle-ci s’est cassée très tôt lors de l’expédition. » Un retour sur site pour sonder de nouveau la cible à l’aide d’un unique sonar ne semblait pas valoir les centaines de milliers de dollars que cela aurait coûté, selon ses estimations. Deep Sea Vision prévoit un retour sur place cette année, cette fois-ci avec une caméra opérationnelle, pour confirmer la découverte.

 

3. L’AVION, SI C’EN EST UN, NE RESSEMBLE PAS À L’ELECTRA

« Les proportions ne sont pas vraiment les bonnes », prévient David Jourdan, qui fait remarquer que les ailes sont repliées vers l’arrière et non droites, comme l’étaient celles de l’Electra.

D’autres sont encore plus sceptiques. « Pour que les ailes de l’Electra se plient vers l’arrière comme on le voit sur l’image sonar, la section centrale tout entière aurait dû céder au niveau des jonctions aile/fuselage », selon un communiqué envoyé par e-mail par le Groupe international de récupération des avions historiques (TIGHAR), organisation qui avance la théorie qu’Amelia Earhart serait morte en naufragée sur une île située à l’est du site où a été réalisée l’image sonar. « Ce n’est tout simplement pas possible. »

Bob Ballard, explorateur National Geographic « At Large », pris en photo dans la salle de contrôle du Nautilus, a conduit en 2019 une expédition majeure pour trouver les restes de l’avion d’Amelia Earhart.

PHOTOGRAPHIE DE Gabriel Scarlett, Nat Geo Image Collection

Tony Romeo rejette cette critique. Selon lui, si les ailes et la queue ont l’air d’être repliées vers l’arrière, c’est à cause de la déformation provoquée par le déplacement de l’AUV dans l’eau. Il souligne d’ailleurs la présence de deux ailerons jumeaux à l’arrière de l’appareil. « C’est tout à fait caractéristique de son avion, affirme-t-il. Il n’y a que deux avions qui aient jamais été construits de la sorte. »

 

4. L’OBJET SE TROUVE À PEU PRÈS SUR L’ITINÉRAIRE DE VOL D’AMELIA EARHART

Amelia Earhart et Fred Noonan disparurent le 2 juillet 1937. Ils étaient partis de Lae, en Nouvelle-Guinée, pour rallier Howland, île de 2,5 kilomètres de long à 4 000 kilomètres environ. Après vingt heures de vol, Amelia Earhart, pensant être proche d’Howland, contacta par radio l’Itasca, le navire des garde-côtes qui les attendaient. « Nous devons être en train d’arriver sur vous mais nous n’arrivons pas à vous voir. » Sa voix était si forte que les opérateurs radio de la garde côtière pensèrent, eux aussi, qu’elle était tout près. Elle ne l’était pas, mais la puissance des signaux radios suggère qu’elle était tout juste hors de leur champ de vision.

La zone de recherche de Deep Sea Vision se trouvait à 160 kilomètres à l’ouest environ ; Tony Romeo ne souhaite pas révéler où exactement pour éviter que quelqu’un d’autre ne réalise cette découverte cruciale. Il reconnaît toutefois que l’équipe était guidée par une théorie selon laquelle Fred Noonan n’avait pas pris en compte l’effet de la ligne de changement de date sur ses calculs. Cette théorie n’explique toutefois pas la puissance des signaux radio d’Amelia Earhart.

 

5. D’AUTRES ONT DÉJA AFFIRMÉ AVOIR RÉSOLU CE MYSTÈRE

Au cours des neuf décennies ou presque qui se sont écoulées depuis la volatilisation d’Amelia Earhart et Fred Noonan, de nombreuses personnes ont affirmé disposer de preuves de ce qui leur est arrivé.

Des membres de l’expédition dirigée par Bob Ballard plongent dans la zone de recherche principale juste au large de Nikumaroro, atoll isolé doté d’un lagon central turquoise où Amelia Earhart aurait pu atterrir.

PHOTOGRAPHIE DE Gabriel Scarlett, Nat Geo Image Collection

Certains sont persuadés que les Japonais ont capturé puis tué les aviateurs et évoquent divers éléments pour étayer leur théorie : un générateur retrouvé dans un port de Saipan en 1960, une photographie sur un quai de l’atoll de Jaluit révélée en 2017… Au fil des années, le TIGHAR a quant à lui affirmé disposer de plusieurs preuves tangibles. Il affirme désormais qu’une multitude d’éléments probants, historiques et archéologiques, envoient Amelia Earhart à Nikumaroro, île située à 650 kilomètres au sud d’Howland, où elle serait, selon eux, morte de faim.

Puis demeure l’explication la plus simple : les aviateurs se sont simplement écrasés dans l’océan. Elgen Long, pilote de ligne qui, avec sa femme Marie, est à l’origine des recherches les plus approfondies sur l’endroit où un crash a pu se produire, a écrit un livre intitulé Amelia Earhart : The Mystery Solved. Lors de trois expéditions, David Jourdan s'est rendus sur les lieux suggérés par Elgen Long (et ailleurs) mais est revenu bredouille.

 

6. L’ÉNIGME N’A TOUJOURS PAS DE SOLUTION. CELA NE SIGNIFIE PAS QU’ELLE EST INSOLUBLE

L’équipe de David Jourdan estime avoir circonscrit l’endroit où l’Electra s’est écrasé en s’appuyant sur de récents tests ayant impliqué des signaux radio. Quand Deep Sea Vision retournera sur le site cette année, une équipe documentaire accompagnera l’équipage pour immortaliser le moment. « Il ne fait aucun doute que c’est une chose que nous devons retourner voir, déclare Tony Romeo. Nous devons y aller avant que… vous savez, qu’il y ait une urgence. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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