L’enfant de Taung : quand un fossile devient un hologramme

Il y a près d’un siècle, la découverte d’un crâne vieux de 2,5 millions d’années a contribué à révolutionner notre compréhension des origines de l’humanité.

De Rachel Slade
Publication 28 sept. 2026, 13:48 CEST
Une épreuve sur feuille holographique, conservée dans les archives de National Geographic, témoigne des expérimentations du ...

Une épreuve sur feuille holographique, conservée dans les archives de National Geographic, témoigne des expérimentations du magazine avec l’holographie à une époque où cette technologie était à la pointe de l’innovation.

Une épreuve sur feuille holographique, conservée dans les archives de National Geographic, témoigne des expérimentations du magazine avec l’holographie à une époque où cette technologie était à la pointe de l’innovation.

Cette feuille à l’aspect métallisé, fixée sur un support en carton, a contribué à la réalisation d’une couverture de magazine extraordinaire au plus fort de l'engouement pour les hologrammes dans les années 1980. Il s’agissait de l’une des trois images de ce type commandées par National Geographic au cours de cette décennie.

Pour la créer, le spécialiste de l’optique Kenneth Haines a passé six semaines dans un laboratoire plongé dans l’obscurité à Pretoria, en Afrique du Sud, où il projeta des faisceaux lumineux concentrés sur le crâne fossile d’Australopithecus africanus, un ancien hominine.

Ce crâne, aujourd’hui connu sous le nom de l’enfant de Taung, a une histoire remarquable. Découvert en 1924 dans une carrière de calcaire de Taung, en Afrique du Sud, on sait désormais qu'il date d'environ 2,5 millions d’années. Sa découverte a toutefois suscité un débat long de plusieurs décennies quant à son âge et son importance scientifique. Les recherches ultérieures ont contribué à réfuter les théories ethnocentriques selon lesquelles les premiers ancêtres de l’humanité seraient apparus en Europe ou en Asie plutôt qu’en Afrique.

Réaliser un hologramme de ce fossile représentait un défi de taille.

L’holographie exige des conditions extrêmement rigoureuses : un laboratoire parfaitement immobile, plongé dans l’obscurité et doté d'un laser, ainsi qu’un objet présentant le moins possible de reflets de surface.

Le procédé commence par la division d’un faisceau laser en deux. L’un est dirigé directement vers une plaque de verre photosensible, tandis que l’autre est réfléchi par l’objet étudié. Lorsque les deux faisceaux se rejoignent, leurs ondes interfèrent les unes avec les autres, créant un motif enregistré sur la plaque.

Linda Law, spécialiste de l’holographie qui a assisté Kenneth Haines, explique que tout déplacement de l’objet supérieur au centième de la largeur d’un cheveu humain suffit à brouiller ou à effacer totalement l’image. Même le passage d’un camion dans la rue adjacente peut provoquer une vibration assez forte pour anéantir toute une journée de travail.

À son arrivée dans le laboratoire de Pretoria, Kenneth Haines s'était d'ailleurs heurté à plusieurs problèmes : le local n’était pas totalement étanche à la lumière, la structure maintenant le fossile vibrait excessivement et le fossile lui-même avait été recouvert d’un produit de conservation brillant.

Pis encore, le laser du laboratoire tombait régulièrement en panne, l'obligeant à faire venir son propre matériel depuis New York.

Après de nombreuses tentatives, il parvint à obtenir une image acceptable du crâne : une succession microscopique de crêtes et de creux gravés sur une plaque photosensible.

Ces empreintes furent ensuite transférées sur une matrice en nickel, puis converties en plaques de production servant à embosser des feuilles de plastique avec un relief microscopique.

Ces feuilles furent recouvertes d’une fine couche d’aluminium réfléchissante, ce qui permettait aux couleurs de varier, comme une pellicule d’huile à la surface de l’eau, et créait ainsi une illusion de profondeur.

La production de 11 millions de ces hologrammes constitua un véritable exploit industriel.

Mais lorsque le numéro de novembre 1985 arriva dans les boîtes aux lettres du monde entier, l’enfant de Taung semblait flotter au-dessus de chaque couverture, observant les lecteurs depuis les profondeurs du passé.

Cet objet fait partie des collections du National Geographic Museum of Exploration, à Washington. Plus d’informations sur natgeo.org/moe.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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