Ces sites historiques jettent une lumière nouvelle sur le royaume perdu d’Alexandre le Grand

Un nouveau musée ainsi que des sépultures reconnues par l’UNESCO révèlent les mystères royaux et la vie quotidienne de la Macédoine antique.

De Julia Buckley
Publication 4 janv. 2024, 17:03 CET

Buste romain à l’effigie d’Alexandre le Grand exposé aux Musées du Capitole, à Rome. Les touristes peuvent explorer le monde du guerrier macédonien du 4e siècle avant notre ère dans un nouveau musée du nord de la Grèce qui comporte plusieurs sites archéologiques.

PHOTOGRAPHIE DE Stefano Baldini, Bridgeman Images

On ne présente plus Alexandre le Grand, roi de l’ancien royaume grec de Macédoine au 4e siècle avant notre ère. Connu pour avoir conquis des territoires jusqu’en Inde et pour avoir pris des mesures en faveur de la création du premier empire multiculturel du monde, Alexandre fut une légende de son vivant, et ce alors qu'il mourut à l’âge de 32 ans. Mais jusqu'à récemment, il n’existait que peu de lieux historiques où l’on pouvait se rendre pour se renseigner sur sa vie.

En ce moment même, la ville antique où Alexandre fut couronné se refait une beauté dans le nord de la Grèce. Le Musée polycentrique d’Aigai, qui a ouvert fin 2022, ressuscite la capitale originelle de la Macédoine antique, située à une heure de route à l’ouest de Thessalonique. La région de la Macédoine grecque, qui a intégré la Grèce en 1913, comprend une partie du pays bien distinct de Macédoine du Nord, frontalier de la Grèce.

Les Macédoniens avaient eu beau déplacer leur capitale vers Pella, à 50 km environ au nord-est, la vieille ville d’Aigai (près de l’actuelle Vergina) n’en demeurait pas moins le centre de la vie politique et religieuse à l’époque de la naissance d’Alexandre. C’est d’ailleurs là que Philippe II de Macédoine, père d’Alexandre, fut assassiné en 336 avant notre ère. On couronna Alexandre à la hâte au palais et Philippe fut enterré non loin de là.

Aigai tomba dans les oubliettes de l’Histoire durant 2 000 ans environ, jusqu’en 1997, année où l’archéologue Manolis Andronikos découvrit le tombeau de Philippe. Ouverts au public depuis 1997, les Tombeaux royaux font partie d’un site inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO dont le tumulus (un tertre funéraire antique) comporte un musée souterrain et notamment quatre tombes royales, dont celle de Philippe.

Les visiteurs peuvent déambuler entre les tombes dans l’obscurité et admirer la porte du tombeau de Philippe, ornée d’une fresque vieille de 2 360 ans représentant le roi et Alexandre à la chasse. Non loin de là, des artefacts funéraires sont exposés : canapés en ivoire, riches textiles ayant autrefois enveloppé des os, et couronnes et ossuaires dorés et raffinés. On y trouve même une armure étincelante ayant appartenu à Philippe.

La sépulture d’Alexandre n’a jamais été découverte, son emplacement est l’un des plus grands mystères du monde antique. Mais les Tombeaux royaux offrent un aperçu saisissant de l’aristocratie macédonienne antique, ce qui contraste avec le nouveau musée adjacent qui se donne pour mission d’explorer la vie roturière au sein du royaume.

 

UN MUSÉE POUR LES PERSONNES ORDINAIRES

Les sites d’Aigai sont supervisés par Angeliki Kottaridi, directrice de l’Éphorat des antiquités de l’Imathie. Elle a toujours souhaité raconter l’histoire des roturiers de la ville. Et c’est précisément ce qu’accomplit le nouveau Bâtiment central du musée qui transforme les vestiges d’Aigai en un vaste site « destructuré » (ou polycentrique). Contrairement aux Tombeaux royaux faiblement éclairés, ce nouveau lieu de visite est fait de pierre blanche étincelante et est inondé de lumière naturelle.

« Je voulais qu’on ait là un concept différent », confie Angeliki Kottaridi pour expliquer la différence entre les deux musées. « Le blanc est la lumière de l’au-delà, donc il s’agit d’un endroit où [les morts] peuvent transmettre leur histoire. »

On entre dans le nouveau musée par un atrium exposant des parties du péristyle à colonnes du Palais royal d’Aigai – un vaste édifice dont la double colonnade aurait, selon Angeliki Kottaridi, influencé l’architecture d’Athènes jusqu’à l’Asie – avant d’admirer des sculptures de la cité antique, parmi lesquelles une impressionnante statue au visage sévère, celle d’Eurydice, la grand-mère d’Alexandre.

 

DONNER VIE À « CE QUI N’A PAS DE VALEUR »

La salle principale du musée illustre encore davantage la vie des citoyens ordinaires en exposant des objets tout à fait banals (lampes, clés, pots, figurines et simples clous en fer) dans des vitrines éclairées, comme des œuvres d’art.

« Pour la première fois, il n’y a pas de tabou concernant le fait d’exposer des objets "sans valeur" », affirme Athina Tsakiri, guide touristique qui conduit des visiteurs sur le site depuis son ouverture. « Ce sont des choses de quatre sous auxquelles personne ne fait généralement attention. » 

Poteries antiques exposées comme des chefs-d’œuvre au nouveau Musée polycentrique d’Aigai, dans le nord de la Grèce.

PHOTOGRAPHIE DE Alexander Poeschel, imageBROKER, Alamy

« Dans d’autres musées, vous avez juste des chefs-d’œuvre ; ici nous avons des choses normales, la réalité de la vie », ajoute Angeliki Kottaridi.

Une des vitrines ne contient rien d’autre que des tessons de carreaux en terre cuite, de toute évidence troublés alors qu’ils étaient encore humides, sur lesquels furent apposés une empreinte de main humaine et des empreintes de pattes et de griffes de chiens, de chats et de coqs.

Un autre espace présente la vie domestique des femmes, avec des vitrines contenant bijoux, épingles à cheveux, pots de maquillage et un métier à tisser reconstitué sur une armature en plastique à laquelle ont été accrochés des dizaines de poids en terre cuite.

Une vitrine abritant des clés en fer faites à la main témoigne de ces vies passées. « Les maisons ne sont plus là, mais dans la clé réside l’idée de la maison », explique Angeliki Kottaridi.

Dans la dernière galerie de ce petit musée se trouvent des reliques des crémations des ancêtres de Philippe et d’Alexandre datant de 580 à 300 avant notre ère. Les membres de la famille royale (uniquement les hommes à l’origine) étaient incinérés sur des bûchers funéraires surmontés de structures en forme de maison. Des tessons de poterie, des clous et même des heurtoirs à moitié fondus sont empilés ensemble, laissés dans l’état où ils se trouvaient après la crémation. Des bijoux placés sur les dépouilles de neufs reines macédoniennes ont été reconstitués dans neufs vitrines grandeur nature, notamment ceux de la « Dame d’Aigai », femme du 5e siècle avant notre ère dont le corps, vêtu d’or, fut exhumé par Angeliki Kottaridi en 1988.

Selon Athina Tsakiri, le musée permet également de contextualiser les prouesses de Philippe et d’Alexandre. « C’est particulier, car vous pouvez retracer l’histoire et la culture de ces personnes depuis le tout début, explique-t-elle. Philippe n’est pas sorti de nulle part, ce qu’il a fait, et ce que son fils a fait, cela avait de très solides fondations. »

 

RESSUSCITER UNE VILLE

De nombreux objets exposés au sein du nouveau musée proviennent de fouilles récentes réalisées à Aigai, et l’on prévoit une rotation fréquente des expositions afin d’exposer les nouvelles découvertes. À ce jour, moins d’un dixième de la ville a été fouillée, selon Angeliki Kottaridi. « Nous avons du pain sur la planche. »

Les Romains détruisirent le Palais royal d’Aigai après avoir conquis la Macédoine en 168 avant notre ère. Ce mois-ci, après deux décennies de fouilles, ses ruines vont ouvrir et former la quatrième section de ce site polycentrique, qui comprend une église voisine en plus des deux musées.

« Nous avions besoin d’un espace pour montrer la ville. C’est une nouvelle idée d’approcher le site dans son ensemble comme un grand musée avec des unités situées en différents points géographiques, se réjouit Angeliki Kottaridi. Je suis très fière que nous ressuscitions les Macédoniens. »

Comprendre : la Grèce antique

Julia Buckley est journaliste voyage. Elle vit à Venise. Suivez-la sur X. Cet article a été créé avec le concours de Discover Greece, il a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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