Trois épaves viennent d'être découvertes à Nassau, ancienne capitale de la piraterie

Des expéditions sous-marines menées près de Nassau, aux Bahamas, qui vibrait à l'âge d'or de la piraterie, ont permis la mise au jour de trois nouvelles épaves.

De Tom Metcalfe
Publication 3 juin 2026, 10:41 CEST
L’archéologue sous-marin Sean Kingsley documente une meule à aiguiser servant à affûter les épées sur une ...

L’archéologue sous-marin Sean Kingsley documente une meule à aiguiser servant à affûter les épées sur une épave du 18e siècle située à l’est du port de Nassau, aux Bahamas.

PHOTOGRAPHIE DE Chris Atkins, Wreckwatch TV

L’archéologue sous-marin Sean Kingsley documente une meule à aiguiser servant à affûter les épées sur une épave du 18e siècle située à l’est du port de Nassau, aux Bahamas.

PHOTOGRAPHIE DE Chris Atkins, Wreckwatch TV

Aux Bahamas, les eaux bleues et limpides de Nassau offrent un spectacle de toute beauté, mais la plongée peut y être dangereuse. En particulier durant les changements de marée, « les courants y sont violents », prévient l’archéologue Michael Pateman du musée maritime des Bahamas. « Et certains requins-taureaux vivent là. Ils ont tendance à être assez agressifs. »

Michael Pateman et d’autres chercheurs ont bravé les dangers du port moderne et animé de la ville à la fin de 2025 pour se mettre en quête d’épaves de ce que l’on appelle l’âge d’or de la piraterie, qui eut lieu entre les années 1650 et les années 1730 environ. En tant que plus grande colonie de l’île de New Providence, Nassau fut un havre tropical pour les forbans qui rejetèrent l’autorité britannique de 1713 environ jusqu’à 1718. À son apogée, plus de mille pirates vécurent là, menés par le « Flying Gang », la fameuse République des Corsaires, composée de capitaines entrés dans la légende : Barbe Noire, John Rackham dit Calico Jack, Anne Bonny et Sam Bellamy dit Black Sam.

L’équipe d’archéologie sous-marine a découvert les vestiges de plusieurs navires coulés liés à la piraterie, les premiers jamais découverts à Nassau. Pour Michael Pateman, natif de la capitale des Bahamas et co-directeur de la campagne de fouilles, la découverte d’une grande épave qui pourrait être celle du Fancy, une frégate de quarante-six canons capturée et dirigée par le « roi des pirates », Henry Avery, a été l’un des moments forts de celle-ci. Michael Pateman a grandi en entendant les récits des exploits des pirates de Nassau, qui lui ont inspiré sa carrière dans l’archéologie : « Mon rêve était de découvrir le Fancy », raconte-t-il.

Sean Kinglsey, Michael Pateman et leurs collègues ont récemment reçu la permission de plonger dans le ...

Sean Kinglsey, Michael Pateman et leurs collègues ont récemment reçu la permission de plonger dans le port de Nassau et dans les eaux environnantes dans le cadre de l’expédition New Providence Pirates.

PHOTOGRAPHIE DE Wreckwatch TV

Sean Kinglsey, Michael Pateman et leurs collègues ont récemment reçu la permission de plonger dans le port de Nassau et dans les eaux environnantes dans le cadre de l’expédition New Providence Pirates.

PHOTOGRAPHIE DE Wreckwatch TV

 

À LA RECHERCHE DU FANCY

En 1695, Henry Avery prit la tête du Fancy et d’une petite flottille composée d’autres navires lors d’un célèbre raid contre la flotte chargée de trésors de l’empereur moghol d’Inde. Avery aurait ensuite disparu avec le butin de cette attaque. Cependant, selon des archives historiques, le Fancy aurait été dépouillé et abandonné dans le port de Nassau en 1696, en partie pour verser un pot-de-vin au gouverneur corrompu des Bahamas.

L’équipe de recherche ignore encore si la grande épave est le Fancy d’Henry Avery. Des centaines d’épaves datant du 17e siècle à la Seconde Guerre mondiale jonchent aujourd’hui le port de Nassau et les chances de découvrir le Fancy sont minces. Mais les quelques débris qui subsistent montrent que la taille et l’âge correspondent et que les techniques de construction sont compatibles avec ce que l’on sait du Fancy. L’équipe de recherche n’a découvert aucun artefact sur le site de l’épave, ce qui indique que l’on a dépouillé le navire de ses canons et de ses autres équipements, exactement comme dans le cas du Fancy. De plus, son enquête montre qu’on l’a « brûlé jusqu’à la ligne de flottaison » avant qu’il ne finisse par couler, une tactique fréquemment utilisée par les pirates pour faire disparaître les preuves.

« Elle est au bon endroit, date de la bonne période, et la construction de la coque est la bonne », explique Sean Kingsley, archéologue maritime indépendant et co-directeur de la campagne de fouilles, qui vit en Angleterre. Sean Kingsley est le rédacteur en chef du magazine Wreckwatch, qui publie un compte-rendu de ces découvertes dans son dernier numéro. L’expédition a permis la mise au jour de six nouvelles épaves au total, dont trois datent de l’âge d’or de la piraterie, parmi lesquelles l’épave qui pourrait être celle du Fancy. Les fouilles réalisées dans un cimetière d’épaves côtier à l’est de Nassau ont également révélé un canon en fer, des balles de mousquets et un pierrier, un armement normal pour les pirates, bien que la coque en bois du navire se soit en grande partie décomposée.

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Des pipes à tabac recueillies sur une épave des années 1740 dans le port de Nassau, ...

Des pipes à tabac recueillies sur une épave des années 1740 dans le port de Nassau, aux Bahamas, portant les armoiries du roi d’Angleterre.

PHOTOGRAPHIE DE Sean Kingsley, Wreckwatch TV

Des pipes à tabac recueillies sur une épave des années 1740 dans le port de Nassau, aux Bahamas, portant les armoiries du roi d’Angleterre.

PHOTOGRAPHIE DE Sean Kingsley, Wreckwatch TV

La motivation de Sean Kingsley pour le projet provenait en partie de la crainte qu’on ne voie plus les pirates de Nassau que par le prisme de la franchise Pirates des Caraïbes : « Les pirates célèbres d’Hollywood sont des caricatures en carton-pâte », lance-t-il.

 

LA VIE DE PIRATE ÉTAIT RUDE

Les vrais pirates étaient davantage poussés par le désespoir que par le goût de l’aventure. Nombreux étaient les marins qui avaient fui la pauvreté chez eux, mais la vie en mer n’était pas moins dure. Certains avaient été enrôlés de force dans la Royal Navy et la piraterie leur offrait une chance de s’échapper. Cette dernière payait en outre des centaines, voire des milliers, de fois mieux, relève Sean Kingsley.

C’était aussi une époque où la traite transatlantique se développait : certains pirates échangeaient des esclaves et certains anciens esclaves devenaient des pirates. La piraterie et le commerce triangulaire « fonctionnaient en relation l’une avec l’autre », rappelle Justin Dunnavant, archéologue de l’Université de Californie à Los Angeles et explorateur National Geographic. « La traite négrière impliquait non seulement le transport de personnes, mais aussi celui d’une grande quantité de richesses générées par cette traite. Cela rendait beaucoup de navires bien plus précieux et en faisait des cibles de choix pour les pirates. »

L’esclavage contribua à l’essor de Nassau, mais ce n’était pas le principal repaire de pirates dans les Caraïbes. Port Royal, en Jamaïque, était jadis si infestée de pirates éméchés et regorgeait tant de maisons closes qu’un membre du clergé anglais en visite la surnomma la « Sodome du Nouveau-Monde ». Selon ses dires, il aurait été si heurté qu’il serait retourné sans attendre en Angleterre. Cela n’empêcha pas Port Royal de prospérer durant la première partie de la période de la flibuste, celle qui vit les corsaires anglais s’en prendre principalement aux navires espagnols chargés de trésors et la ville être en partie contrôlée par les autorités anglaises.

Cependant, une génération plus tard environ, le nombre de pirates explosa et Nassau, une quasi zone de non-droit où l’on soudoyait les autorités, devint le centre de leur existence hors-la-loi. On a même pu décrire la ville comme une démocratique « République des Pirates », mais la plupart des historiens pensent désormais qu’il s’agit d’un mythe. Michael Pateman et Sean Kingsley que leurs travaux archéologiques sur les épaves datant de cette époque permettront de mieux révéler la véritable histoire de la piraterie.

L’équipe a découvert six épaves de la période que l’on appelle « l’âge d’or de la piraterie ».

L’équipe a découvert six épaves de la période que l’on appelle « l’âge d’or de la piraterie ».

PHOTOGRAPHIE DE Wreckwatch TV

L’équipe a découvert six épaves de la période que l’on appelle « l’âge d’or de la piraterie ».

PHOTOGRAPHIE DE Wreckwatch TV

 

HISTOIRES DE TRÉSORS ENGLOUTIS

Certains experts craignent que la recherche de preuves de l’existence de pirates historiques n’encourage les rêves de trésors engloutis, quoique rien n’indique la présence d’un quelconque butin sur les épaves situées près de Nassau. Néanmoins, « les pirates sont passionnants » et peuvent susciter l’intérêt de chasseurs de trésors, explique Roberto Junco, archéologue sous-marin de l’agence culturelle mexicaine INAH et explorateur National Geographic. Lors des recherches qu’il a dirigées à Port Royal en 2021 et 2022, un aspect important a été, selon lui, de faire en sorte que les habitants aient un rôle à jouer dans tout développement futur : « Notre approche consistait en fait à donner aux populations locales les moyens de raconter l’histoire, plutôt que de la raconter nous-mêmes. » 

Dans le même esprit, Sean Kinglsey affirme que l’expédition menée à Nassau a également été l’occasion de former une équipe bahamienne de plongeurs et d’archéologues en vue d’investigations futures. Selon lui, il y a au moins une dizaine d’épaves supplémentaires à découvrir dans les eaux du port et de ses environs, et il a bien l’intention de revenir sur place afin de poursuivre les fouilles à l’aide de drones sous-marins.

La recherche d’épaves pirates près de Nassau pourrait également créer des opportunités patrimoniales : « Il existe sans aucun doute un potentiel pour les Bahamiens de développer cet aspect de l’histoire bahamienne à travers la recherche et surtout de la mettre en valeur dans une économie dont le tourisme est le moteur », explique Grace Turner, archéologue de la Société des antiquités, des monuments et des musées de Nassau. Elle souligne qu’il subsiste à terre peu de vestiges de l’époque où Nassau était la capitale des pirates en dépit de sa renommée, car elle ne le fut que quelques années jusqu’à ce que la Couronne britannique ne reprenne le contrôle de l’île en 1718. « Les épaves […] sont la plus importante source potentielle de matériaux culturels datant de cette période », conclut-elle.

Tom Metcalfe est journaliste indépendant. Il vit à Londres. Il écrit régulièrement sur l’archéologie, l’Histoire et les océans pour National Geographic.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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