Le diadème de la famille Rothschild qui a échappé aux Nazis
Lors de l’annexion de l’Autriche en 1938, les troupes allemandes ont saisi les biens de familles juives aisées mais ce diadème a réussi à leur échapper.

Image d'une peinture à l'huile sur toile représentant la baronne Clarice de Rothschild, membre de la famille de banquiers viennoise.
Image d'une peinture à l'huile sur toile représentant la baronne Clarice de Rothschild, membre de la famille de banquiers viennoise.
Si les diadèmes peuvent être considérés comme des bijoux, il est important de noter qu'un diadème n'est pas une couronne. Une couronne est un symbole de statut royal, réservée aux monarques et portée lors de grandes occasions. Un diadème, en revanche, peut être porté par n'importe qui. Bien que ses origines remontent à l'Antiquité, époque à laquelle un bandeau ou une guirlande était remis aux athlètes ou aux guerriers victorieux, on voit aujourd'hui plus souvent le diadème porté par un membre de l'aristocratie européenne.
Un diadème important, ayant appartenu à la baronne Clarice de Rothschild, issue de la branche autrichienne de la célèbre famille de banquiers, est exposé au musée des beaux-arts de Boston. En mars 1938, la baronne et son mari, Alphonse, voyagèrent de Vienne à Londres pour assister à une exposition philatélique à laquelle il avait prêté plusieurs pièces. Le 12 mars 1938, lors de l'annexion brutale de l'Autriche connue sous le nom d'Anschluss, les troupes allemandes envahirent Vienne. Elles saisirent les biens de familles juives aisées, y compris les Rothschild, qui virent 3 500 œuvres d'art confisquées par les Nazis. Outre les œuvres d'art et autres biens pillés, la Gestapo utilisa le palace de la famille comme prison. C'était le début de l'œuvre antisémite de l'Allemagne nazie à travers l'Europe.
UNE FIN HEUREUSE
Comme la baronne avait emporté le diadème à Londres, il échappa à la confiscation. Sinon, comme le fait remarquer Bettina Burr, la petite-fille de la baronne, « il aurait pu orner la tête de madame Göring », la femme d'Hermann Göring, l'un des principaux dirigeants sous le régime nazi. La quête pour retrouver les pièces pillées prit plus de cinquante ans mais la baronne de Rothschild et sa fille, Bettina Looram de Rothschild, réussirent à récupérer la plupart des trésors confisqués à la famille. Cette épopée s'étendit jusqu'aux Alpes autrichiennes où Adolf Hitler avait caché des œuvres d'art volées aux Rothschild.
Celles-ci étaient destinées à rejoindre le Führermuseum, un projet ambitieux de centre culturel imaginé par Adolf Hitler. Les Monuments Men and Women qui œuvraient pour les Alliés, protégeaient et récupéraient les œuvres d'art, jouèrent un rôle essentiel, tout comme les lois de restitution mises en place par le gouvernement autrichien qui permirent de rendre ces œuvres volées à leurs propriétaires légitimes à la fin des années 1990.

Ce bijou peut être porté aussi bien comme un diadème que comme un collier. Il est entré dans les collections du Musée des Beaux-Arts de Boston il y a près de dix ans, dans le cadre d’une donation de la famille Rothschild. Il provenait de la branche autrichienne de la famille et appartenait à Clarice de Rothschild, qui se trouvait à Londres avec quelques uns de ses bijoux (dont ce diadème) au moment de l’Anschluss.
Ce bijou peut être porté aussi bien comme un diadème que comme un collier. Il est entré dans les collections du Musée des Beaux-Arts de Boston il y a près de dix ans, dans le cadre d’une donation de la famille Rothschild. Il provenait de la branche autrichienne de la famille et appartenait à Clarice de Rothschild, qui se trouvait à Londres avec quelques uns de ses bijoux (dont ce diadème) au moment de l’Anschluss.
Le diadème, dont la création est attribuée au joaillier français Boucheron, est serti de 570 diamants dans une structure en treillis de platine et a probablement été réalisé vers 1903. Il peut se transformer en collier et en boucles d'oreilles. Les héritiers de Bettina Looram ont offert au musée des beaux-arts de Boston cet objet de famille, ainsi que 185 autres pièces d'arts décoratifs et peintures restituées à la famille.
Bien qu'ineffablement sombre, « c'est une histoire qui se termine bien » affirme Bettina Burr, qui a supervisé ce don. « Au lieu de rester enfermé dans un coffre-fort ou d'être porté par une personnalité haut placée, il est exposé pour que tout le monde puisse l'admirer ».
COMMENT PORTER UN DIADÈME ?
Peu de personnes connaissent aujourd'hui les règles relatives au port du diadème mais il en allait tout autrement autrefois. « Au 19e et au début du 20e siècle, on savait que les diadèmes ne devaient être portés que dans des lieux privés et jamais à l'hôtel » explique Geoffrey Munn, spécialiste en joaillerie, basé à Londres.
« On attendait des femmes qui participaient à une soirée en robe de gala qu'elles portent un diadème... Je soupçonne que presque personne ne le sait aujourd'hui et que cela n'intéresse personne ». Cependant, il y a un glamour incontestable autour de cet objet.
« Aux États-Unis, un pays sans royauté où les rêves hollywoodiens nourrissent l'imagination, le diadème renvoie à un imaginaire singulier » explique Emily Stoehrer, responsable de la conservation de la joaillerie au musée des beaux-arts de Boston. « Les petites filles se transforment en princesses par le simple fait de poser un diadème sur leur tête » ajoute-t-elle. « Cette transformation prend peut-être fin à la fin de l'enfance mais, plus qu'aucun autre bijou, le diadème continue d'enchanter à l'âge adulte ».
Cet article a initialement paru le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
