Histoire

La plus vieille tumeur du monde appartient à un homme de Neandertal

Des chercheurs ont découvert une tumeur osseuse chez un homme de Neandertal qui a vécu il y a plus de 120 000 ans.

De Melody Kramer

Une tumeur osseuse bénigne qui peut se développer chez les hommes et femmes actuels a été retrouvée chez l’un de nos ancêtres, un homme de Neandertal âgé de plus de 120 000 ans.

La dysplasie fibreuse découverte sur la côte d’un Néandertalien est la plus vieille tumeur jamais rencontrée, plus de 100 000 ans plus vieille que toutes les autres. La côte, retrouvée sur un site de fouilles de Krapina en Croatie, indique que les Néandertaliens étaient sensibles aux même types de tumeurs que les humains d’aujourd’hui, même s’ils vivaient dans un environnement remarquablement différent.

« Ils n’avaient pas de pesticides, mais ils dormaient probablement dans des grottes près de feux de camp », explique David Frayer, anthropologue à l’université du Kansas et auteur d’un nouvel article à ce sujet. « Il est fort probable qu’ils inhalaient beaucoup de fumée dans les grottes. Il y avait donc quelques polluants dans l’air. La seule certitude, c’est qu’ils ne fumaient pas de cigarettes. »

La tumeur a dû faire un long voyage pour parvenir de l’intérieur d’un os où elle a passé 120 000 ans aux pages de la revue PLOS ONE. Ce voyage a commencé en 1899, alors qu’un paléontologue, Dragutin Gorjanovic-Kramberger, faisait des recherches à proximité d’une grotte près du village croate de Krapina. Après avoir retrouvé une molaire humaine, un tas d’os d’animaux, et un petit outil de pierre, Gorjanovic-Kramberger et son équipe ont entamé des fouilles sur le site.

Ils se sont rapidement rendu compte qu’ils étaient tombés sur la plus grande collection d’artefacts néandertaliens au monde.

Parmi les trouvailles, on peut citer des os d’animaux, des outils de pierre ainsi que près de 900 restes d’hommes de Neandertal fossilisés âgés de plus de 120 000 ans. Voici comment Gorjanovic-Kramberger décrivit les os en 1918 : « Il est parfaitement logique de partir du principe que ces hommes de Neandertal, qui vivaient nuit et jour à l’extérieur et suivaient un régime alimentaire simple devaient être en pleine santé et moins sujets aux maladies que nous ne le sommes aujourd’hui. Ceci étant les accidents étaient bien plus fréquents dans leur lutte pour la survie, et ceux-ci blessaient voire mutilaient leurs corps. »

Mais les Néandertaliens souffraient aussi de maladies : des conditions telles que l’arthrite sévère, la périodontite et la tuberculose, dont des signes révélateurs sont restés visibles sur l’os pendant plus de 100 000 ans.

 

PREUVE PRIMITIVE

« Il existe de nombreuses traces de traumatismes liés à des chocs violents chez les Néandertaliens », commente Janet Monge, auteure principale de l’étude et anthropologue physique à l’université de Pennsylvanie. « Il y a également des signes d’amputation de l’avant-bras et d’arthrite. Mais c’est la plus ancienne preuve d’une tumeur. » Monge, qui travaille sur les os de Krapina depuis plusieurs décennies, fut l’une des premières anthropologues physique à étudier des radiographies de la collection d’os. Elle a commencé par regarder des simples scans pris dans les années 1980 par Morrie Kricun, radiologue de l’école de médecine de l’université de Pennsylvanie. Cependant, les os étaient si vieux qu'il était difficile de distinguer leur structure interne.

« C’étaient de très bonnes radiographies pour poser des diagnostics, mais on en tirait essentiellement des images noires des os », explique Monge. « Il manquait toute la structure interne de l’os. Nous avons donc pensé qu’il y avait une tumeur ; mais on ne peut pas se contenter de possibilité avec ces choses-là. Il faut pouvoir en être sûr. »

Alors Monge et Kricun firent une deuxième tentative, cette fois-ci avec un scanner de micro-CT, qui découpe l’image en sections transversales distinctes. Dans ce cas précis, la côte néandertalienne, longue d’environ 30 millimètres, a été découpée en près de 500 images distinctes. L’archéologue et le radiologue ont ainsi pu observer l’os par petits bouts.

« Nous avons pu affiner tous les petits détails en avançant micron par micron », se souvient Monge. « Cela nous a aussi permis de reconstituer des zones manquantes de l’os.

L’os a montré qu’au moins un des hommes de Neandertal souffrait de dysplasie fibreuse, une tumeur bénigne caractérisée par des zones de croissance anormales dans un ou plusieurs os.

« La plupart des cancers touchent les gens d’un certain âge » commente Frayer. « Les Néandertaliens et les populations antérieures mourraient généralement avant d’atteindre un âge avancé. C’est pour cela que c’était fantastique de pouvoir l’observer. »