Histoire

Le mystère de la Reine Rouge de Palenque

Entourée de trésors et recouverte de poussière rouge-sang, la reine rouge a été découverte dans un tombeau maya datant du 7e siècle. Sa véritable identité reste encore inconnue.

De Ana García Barrios

Encerclé par la jungle, Palenque est l'un des anciens sites mayas les plus impressionnants et les plus mystérieux du Mexique. Connues par les peuple mayas comme la cité de Lakamha, les ruines de Palenque, aujourd'hui classées au patrimoine de l'humanité par l'UNESCO, se situent dans l'État mexicain du Chiapas, près du fleuve Usumacinta. 

L'âge d'or de Palenque remonte au 7e siècle de notre ère, quand sous le règne de K'inich Janaab' Pakal Ier, la cité est passée d'une relative obscurité à la grandeur d'une capitale maya. Ses palais imposants, ses bâtiments administratifs étendus et ses temples aux bas-reliefs richement sculptés font de Palenque l'un des plus beaux sites mayas du Mexique. La cité rivalise même avec la grandeur de Tikal, l'un des plus grands sites archéologiques et centres urbains de la civilisation maya précolombienne, situé au Guatemala.

Ses secrets ont été un à un découverts par les archéologues, y compris la sépulture de K'inich Janaab' Pakal Ier et plus récemment celle d'une femme de haute noblesse recouverte de poudre rouge.

 

DES CHAMBRES FUNÉRAIRES SECRÈTES

Les ruines les plus remarquables de Palenque sont sans doute celles de la Pyramide des inscriptions, s'élevant sur 27 mètres de hauteur et renfermant certains des hiéroglyphes mayas les plus détaillés jamais découverts. L'édifice a été considéré comme un centre religieux jusqu'en 1952 et la découverte du tombeau de K'inich Janaab' Pakal Ier dans une chambre funéraire secrète par l'archéologue franco-mexicain Alberto Ruz.

En 1994 le directeur des fouilles archéologiques sur le site de Palenque, Arnoldo González Cruz, a décidé l'excavation du temple XIII, une structure longeant la Pyramide des Inscriptions. Un long tunnel a été creusé depuis les escaliers de la façade principale dans le but d'accéder au cœur même de la structure. L'équipe d'archéologues a alors découvert un immense couloir desservant trois chambres funéraires, dont deux étaient ouvertes et vides. L'entrée de la troisième chambre était la seule scellée par un mur. Les archéologues ont pressenti qu'ils pouvaient faire là une découverte exceptionnelle. 

Avant de pénétrer dans la chambre funéraire, ils savaient qu'ils devaient prendre de nombreuses précautions pour n'endommager ni les ornements ni aucun objet pouvant se trouver à l'intérieur. La première étape a donc été de faire un petit trou dans le mur, à travers lequel ils pouvaient avoir un aperçu de l'intérieur de la chambre mortuaire.

 

UNE MACABRE DÉCOUVERTE

En éclairant le tombeau à travers le trou fait dans le mur, González Cruz a pu déterminer que la salle voûtée faisait environ 4 mètres sur 2,5 mètres. Elle était presque entièrement occupée par un sarcophage en roche calcaire dure, entourée d'artefacts en céramique. Les archéologues ont alors pris la décision de déplacer avec précaution l'énorme pierre qui bloquait le passage et ont pénétré dans la chambre funéraire qui était restée scellée pendant plus de 1 300 ans.

Les archéologues ont été accueillis par deux squelettes. L'un appartenait à un adolescent, d'environ 11 ou 12 ans. Son corps avait été allongé sur le dos. Des traces de coupures et de coups au niveau de la cage thoracique sont sans doute les stigmates d'un sacrifice rituel.

L'autre squelette qui reposait à côté du sarcophage était celui d'une femme adulte âgée d'une trentaine d'années. Elle avait aussi été couchée sur le sol, et ses os portaient les traces de blessures fatales. Les deux personnes ont sans doute été sacrifiées pour accompagner l'occupante du tombeau dans son voyage dans l'au-delà.

 

L'OUVERTURE DU TOMBEAU

Le sarcophage lui-même n'était fermé que par un simple bloc de roche calcaire couverte d'une lourde dalle. Lorsqu'il a été refermé, le sarcophage a sans doute été peint en rouge. Au dessus de la partie supérieure du tombeau les archéologues ont découvert une petite ouverture circulaire. Les Mayas croyaient que ce trou permettait à l'âme de communiquer avec le monde des vivants. 

Les chercheurs ont inséré une petite caméra à travers le petit trou pour analyser l'intérieur du tombeau avant de tenter de l'ouvrir. En observant qu'il s'agissait là de restes humains, ils ont pris la décision d'ouvrir le cercueil. 

Grâce à un mécanisme incluant des bouts de bois, de métal et un cric de voiture, l'équipe est parvenue à soulever la lourde dalle qui surplombait le tombeau. À leur grande surprise, ils ont réalisé que tout à l'intérieur, y compris le masque funéraire verdi par le temps, était couvert d'une poudre rouge, analysé plus tard comme étant du cinabre, un minéral composé de sulfure de mercure.

On ne sait toujours pas pourquoi l'intérieur du tombeau, le corps et le masque funéraire ont été délibérément couverts de poudre toxique. Le cinabre était utilisé comme pigment par les artistes maya et sa couleur rouge était considérée comme sacrée. La preuve de son utilisation dans les rites funéraires avait déjà été faite sur d'autres sites mayas. La couleur aurait pu représenter le soleil levant, symbole de résurrection et de vie après la mort. Son utilisation est l'un des nombreux indicateurs du statut élevé de l'occupant du tombeau, que l'on connaît désormais sous le nom de Reine Rouge.

 

À LA RECHERCHE DE LA REINE

Des analyses complémentaires des restes de la Reine Rouge ont été conduites par des chercheurs mexicains de 1997 à 2002. Elles montrent qu'ils étaient ceux d'une femme âgée de 50 à 60 ans qui mesurait environ 1,52 mètre. Sa tombe richement décorée et la chambre funéraire intégralement faite de roche calcaire suggèrent que cette femme appartenait à l'aristocratie de Palenque. Elle devait être une contemporaine du roi K'inich Janaab' Pakal Ier ;  les deux personnages d'importance ont été inhumés dans des temples juxtaposés, et dans les deux cas, des sacrifices humains avaient eu lieu au moment de leur inhumation.

Bien que l'étude ne soit pas concluante, l'équipe de chercheurs a élaboré un portrait convaincant de la Reine Rouge. Les résultats de sa reconstruction faciale ont été comparée au masque vert malachite qui recouvrait son visage, ainsi qu'aux sculptures représentant des femmes mayas. Les analyses ADN ont prouvé qu'il n'y avait aucun lien de parenté entre la Reine Rouge et K'inich Janaab' Pakal Ier, mais les analyses de ses dents ont révélé qu'elle était originaire de la région de Palenque.

Toutes ces conclusions correspondent avec l'identification de ce corps comme étant celui de l'épouse de K'inich Janaab' Pakal Ier, Ix Tz’akb’u Ajaw, qui était originaire d'une ville près de Palenque et a épousé le roi maya en 626. Si les tombeaux de ses fils, qui ont ensuite régné sur Palenque, peuvent être mis au jour et que les prélèvements ADN correspondent aux prélèvements faits dans le tombeau, la Reine Rouge de Palenque pourra enfin retrouver son nom.

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