Saint-Denis : la basilique qui a inspiré Notre-Dame retrouve son aura

Il aura fallu attendre 180 ans pour que la première église gothique du monde soit restaurée.

De Robert Kunzig
Publication 2 févr. 2026, 16:12 CET
Foudre, rivalités et autres péripéties ont privé la basilique de Saint-Denis de sa flèche de 91 ...

Foudre, rivalités et autres péripéties ont privé la basilique de Saint-Denis de sa flèche de 91 mètres pendant près de deux siècles. Mais sa reconstruction minutieuse est sur le point de rendre son intégrité à l’église.

PHOTOGRAPHIE DE Rebecca Hale, NGM STAFF (COLLAGE); LUCA LOCATELLI (PHOTO), ALAMY STOCK PHOTO (GRAPHIC)

Cet article a initialement paru dans le magazine National Geographic. S'abonner au magazine

La basilique de Saint-Denis, juste au nord de Paris, attire peu de visiteurs au regard de son importance historique considérable. Non seulement elle est le lieu de repos éternel de dizaines de rois et reines de France – on l’appelle la nécropole royale de France, mais Saint-Denis est aussi le berceau de l’architecture gothique. Les arcs brisés, les voûtes sur croisée d’ogives, la lumière qui pénètre par les grands vitraux, toutes ces innovations sont réunies ici pour la première fois au XIIe siècle et rapidement imitées dans les églises de France et d’Europe, notamment à Notre-Dame, située à 9 kilomètres au sud. On peut encore admirer ces prouesses aujourd’hui à Saint-Denis. Pourtant, il manque le plus emblématique élément gothique de la basilique : la tour nord, coiffée d’une flèche de pierre qui culminait jadis à près de 91 mètres. « C’est un monument scalpé », déclare l’éminent historien Jean-Michel Leniaud, auteur de plusieurs ouvrages sur Saint-Denis.

Après la transformation de Saint-Denis au XIIe siècle, ses voûtes d’ogives et ses immenses vitraux inondés ...

Après la transformation de Saint-Denis au XIIe siècle, ses voûtes d’ogives et ses immenses vitraux inondés de lumière sont rapidement imités, donnant naissance à 400 ans d’architecture gothique européenne.

PHOTOGRAPHIE DE Luca Locatelli

Depuis près de 180 ans, l’église comme la ville de Saint-Denis se passent de cette tour emblématique. Endommagée par les tempêtes, elle a été démontée en 1846, soi-disant pour être mieux reconstruite. Ce qui ne s’est jamais produit. Le Centre des monuments nationaux a toujours privilégié d’autres demandes jugées plus urgentes, malgré les appels à l’aide successifs des maires de Saint-Denis. « La perte de cette tour est restée dans la mémoire de la ville, comme une amputation », déplore l’architecte en chef des Monuments nationaux Jacques Moulin. Aujourd’hui, grâce à son projet, la blessure se referme.

Depuis un hangar derrière la basilique, le martèlement du maillet sur le ciseau et du ciseau sur la pierre se fait entendre contre les murs anciens. À l’intérieur, des artisans sculptent des blocs à la main. Tout en haut de la façade, sur le moignon de la tour disparue, des maçons posent les premiers blocs d’une réplique qui se veut la plus authentique possible. D’ici à 2030, Saint-Denis devrait retrouver sa flèche. 

La nouvelle tour surplombera un paysage profondément transformé. Saint- Denis, jadis un village centré sur son abbaye éponyme, est désormais une banlieue populaire avec une importante population d’immigrés, dont beaucoup sont musulmans. Mais la basilique reste l’attraction centrale de la ville – un moteur économique potentiel autant qu’un sanctuaire spirituel. Sans fi nancement disponible du gouvernement français, propriétaire du bâtiment, l’actuel maire de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, s’est surtout appuyé sur les collectivités régionales pour rassembler un budget de 38 millions d’euros pour la nouvelle tour et le centre d’accueil des visiteurs. « Nous faisons ce que nous aurions toujours dû faire », déclare l’historien de l’architecture Mathieu Lours, avec 180 ans de retard.

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    PHOTOGRAPHIE DE Luca Locatelli

    Jusqu'à sa retraite en 2024, Jacques Moulin faisait partie de la quarantaine d’architectes en chef des Monuments nationaux à superviser les projets de restauration sur des centaines de sites. Il a travaillé sur le château de Fontainebleau et les jardins de Versailles, ainsi qu’à Saint- Denis, où il a restauré la façade ouest et les vitraux. Selon lui, l’histoire de la perte de la tour est assez sordide. C’est un récit qui met en lumière « la dureté des hommes » et ce qu’il appelle le « crime originel » commis par le prestigieux Centre des monuments nationaux, auquel il a lui-même consacré toute sa carrière.

    Saint-Denis tient son nom du premier évêque de Paris, un martyr du IIIe siècle décapité pour avoir prêché l’Évangile aux Parisiens sceptiques. Selon la légende, Denis ramassa sa propre tête tranchée et marcha avec elle sur 6 kilomètres vers le nord jusqu’à ce qui deviendra son lieu de sépulture.

    Des artisans sculptent à la main les blocs de calcaire de la nouvelle tour. L’objectif est ...

    Des artisans sculptent à la main les blocs de calcaire de la nouvelle tour. L’objectif est de recréer l’apparence irrégulière de la maçonnerie médiévale.

    PHOTOGRAPHIE DE Luca Locatelli

    Au VIe siècle, une petite église s’élève au-dessus de la tombe, et au XIIe siècle, l’église fait partie d’une abbaye prestigieuse envahie par les pèlerins. C’est alors qu’elle connaît une transformation cruciale, sous l’impulsion d’un abbé visionnaire nommé Suger. En un peu plus d’une décennie, d’environ 1130 à 1144, Suger agrandit considérablement le bâtiment, ajoutant une façade massive et richement décorée à l’ouest et une abside gothique à l’extrémité est.

    Ses choix rompent audacieusement avec le style roman, alors dominant, constitué de murs massifs et de petites fenêtres. Suger croit que la beauté de ce monde peut mener vers un monde supérieur et que la lumièredu soleil inondant Saint-Denis montre le
    chemin vers « la vraie lumière », c’est-à-dire vers Dieu. Sa vision demeure intacte pendant près de sept siècles.

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