Où trouver des châteaux, des reines guerrières et des fées en Écosse ?

Depuis des siècles, des contes de fées ont façonné l’île de Skye et restent profondément ancrés dans ses paysages.

De Connor McGovern
Publication 2 avr. 2021, 16:18 CEST, Mise à jour 7 avr. 2021, 13:01 CEST
The Old Man of Storr. Trotternish. Isle of Skye. Scotland UK

Un glissement de terrain survenu il y a plusieurs siècles à Totternish, une péninsule de l’île de Skye, a créé cette impressionnante formation géologique appelée Old Man of Storr. Selon la légende, il s’agirait des vestiges d’un géant.

Photographie de Peter Adams, Avalon/Universal Images Group/Getty Images

Le château de Dunscaith, une imposante forteresse du 12e siècle, semble se raccrocher à la colline pour rester debout. Ses murs en ruine s’alignent avec le ciel.

Sur l’autre rive du Loch Eishort, les crêtes sombres des montagnes de Cuillin se profilent à l’horizon. On pourrait les confondre avec des chapeaux de sorcières froissés, lévitant au-dessus des prairies en agrippant quelques nuages au passage. Aucune autre âme à l’horizon : la région que forme l’île de Skye en Écosse n’est habitée que par le vent qui caresse les hautes herbes dorées.

Il est facile de comprendre pourquoi la légendaire guerrière écossaise Scáthach a choisi ce lieu retiré du monde pour bâtir son impénétrable école d’arts martiaux. Les apprentis prometteurs venaient de contrées lointaines pour s’entraîner au combat et à la sorcellerie. Ils y apprenaient les secrets de l’une des plus grandes guerrières que les royaumes celtiques aient jamais connu. Toutefois, le sort de la puissante reine guerrière Scáthach reste un véritable mystère. L’absence de tombe ne fait qu’ajouter à son aura mystique. Depuis le Moyen Âge, on murmure qu’elle reviendra sur Terre le jour où les Hommes auront le plus besoin d’elle.

Des maisonnettes aux couleurs pastel bordent la ville côtière de Portree, la plus grande commune de Skye.

Photographie de Gordon Welters, laif/Redux

« C’est compliqué de séparer la mythologie de l’histoire à Skye », explique Ciaran Stormonth, un guide touristique. « Je suis certain qu’il a sûrement existé une femme qui s’appelait Scáthach mais à quel point [son histoire] est-elle vraie ? On ne le sait pas. »

Avec sa forme s’apparentant à une aile de corbeau qui s’étend dans la mer des Hébrides au large de la côte nord-ouest de l’Écosse, Skye est le théâtre de spectacles naturels où les légendes comme celles de Scáthach se jouent depuis des siècles. Il s’agit du cadre parfait pour les contes de guerriers et de sorcières avec ses montagnes menaçantes, ses landes, ses cascades vertigineuses et ses côtes limées par les lochs. Tous ces éléments témoignent d’un passé violent et sauvage. De fait, le climat qui règne sur la deuxième plus grande île d’Écosse est tout aussi dramatique que ses paysages et change en un clin d’œil, à l’instar des caprices d’un dieu. Après tout, son surnom, «  l’île des brumes », ne lui a pas été attribué par hasard.

« Les nations celtiques possèdent un héritage [culturel] riche en contes », explique M. Stormonth. « Prenez les fées : elles ont servi de justification pendant des siècles à certains phénomènes étranges que les gens ne comprenaient pas, par exemple les maladies. Vrai ou faux, c’était un moyen de se protéger des dangers du monde. »

À Skye, qu'il s'agisse de légendes ou de faits réels, tout semble fantastique.

 

LE LANGAGE DE LA TERRE

À la Duncan House, nichée à la sortie de la route menant jusqu’au village d’Elgol, Garth Duncan, un artisan, me dévoile ses bijoux celtiques décorés : des broches, des écussons et des bagues tous ornés de motifs complexes et entrelacés. Bien qu’originaire des États-Unis, pays où il a appris le travail de l’argent, M. Duncan s’est installé définitivement à Skye il y a près de vingt ans, guidé par des liens familiaux ancestraux. « J’ai des racines écossaises du côté paternel », explique-t-il, « même si je ne m’y suis jamais intéressé. Un jour, j’y ai prêté attention et j’ai réalisé que je souhaitais faire perdurer ces traditions ancestrales. Du jour au lendemain, j’ai commencé à fabriquer ces artefacts ».

Avec son fils Gareth, M. Duncan prépare des commandes du monde entier. Certains de ses articles sont présentés comme des trésors mystiques : des armures, des cannes élaborées, des bagues serties de joyaux et de marbre de Skye mais aussi des couteaux au manche taillé à la main dans du bois de chêne des marais vieux de 5 000 ans.

(À lire : Le pays qui abrite le plus de châteaux en Europe n’est pas celui qu’on croit.)

« Maintenant, je ne m’imagine nulle part ailleurs », déclare M. Duncan. « J’aime être ici, loin de tout. Je connais tous les potins d’Elgol sans avoir à y être. »

J’ai pris la direction de la petite ville portuaire d’Elgol afin de rencontrer Seumas et Sandy MacKinnon, père et fils. Ils sont les propriétaires de l’agence Misty Isle Boat Trips et [j’ai embarqué] pour une visite sur le Loch Coruisk, un lac isolé. Caché de l’autre côté de la rivière, le moyen le plus rapide pour atteindre le loch est d’emprunter un bateau. L’autre alternative, c’est de se lancer pour une randonnée de 16 km depuis Elgol en passant par un chemin d’escalade connu sous le sinistre nom de « Bad Step ». L’option du bateau reste alors sans doute l’itinéraire le plus sûr.

Équipé de ses jumelles, Seumas, avec ses cheveux flamboyants, repère les phoques et les fous de Bassan au cours de l’expédition.

« Regardez, là-bas, vite ! », s’écrie-t-il en pointant du doigt un couple de baleines de Minke, dont l’apparition fugace éveille l’étonnement des autres passagers. Il n’est pas garanti d’avoir la chance d’observer les cétacés, assure-t-il, et il en va de même pour certains des occupants les plus mystiques des eaux. « On dit qu’il y a un ùruisg au Loch Coruisk », avoue Sandy. « Moitié homme, moitié chèvre, et qui porte malheur. S’il vous trouve, ne le ramenez pas ici. Je ne veux pas avoir affaire à lui. »

Si l’ùruisg veut attirer mon attention alors il faudra qu’il rivalise avec le Loch Coruisk. Ce lac est fascinant, à la fois spectaculaire et serein. [Il s’apparente] à un miroir silencieux et sombre dans lequel se reflètent les sommets des montagnes Cuillin avec une clarté presque virtuelle. D’énormes blocs rocheux se détachent du paysage tels des presse-papiers et les cris ténus des pygargues résonnent dans les collines. L’atmosphère y est si particulière que l’écrivain écossais Sir Walter Scott a ressenti le besoin de livrer ses sentiments dans le poème The Lord of the Isles (Le Seigneur des Îles) en 1814. Il y écrit : « Rarement l’œil humain a-t-il contemplé une scène aussi austère que ce redoutable lac ». Le poète Alfred, Lord Tennyson, quant à lui, s’est avéré moins chanceux. Lors de sa visite, près de trente ans plus tard, il n’a été témoin que d’un « épais brouillard blanc et cotonneux ».

 

IMMERSION DANS LA NATURE

S’il y a bien une personne qui connaît les paysages de Skye par cœur, c’est Scott Mackenzie, le garde-chasse du domaine Eilean Iarmain situé sur un terrain de plus de 9 300 hectares. La propriété a fait les gros titres en 1746 lorsque Flora MacDonald y a été faite prisonnière (puis envoyée à la tour de Londres) pour avoir aidé Bonnie Prince Charlie à s’échapper après la bataille de Culloden. Aujourd’hui, M. Mackenzie, vêtu de son costume traditionnel des Highlands et coiffé d’un deerstalker, participe à la gestion d’un petit hôtel situé au sein du domaine et aide à la préservation d’une forêt ancestrale à Sleat, un village voisin.

En ayant dirigé la propriété ces dix dernières années, Scott Mackenzie jouit d’un point de vue unique sur l’île. « Le tourisme a changé les choses ici », déplore-t-il. « Jamais autant de monde n’avait visité Skye mais ils viennent principalement pour un jour ou deux. On voudrait qu’ils restent plus longtemps et qu’ils voyagent moins vite. Il y a assez [de choses à voir] ici pour rester une semaine en prenant son temps. »

Situé à l’extrême ouest de l’île de Skye, Neist Point est le lieu idéal pour l’observation des baleines, des dauphins, des marsouins et des requins pèlerins.

Photographie de Güven Purtul, VISUM/Redux

Sur la péninsule de Waternish, le Lookout est une ancienne station de garde-côtes aujourd’hui convertie en maison de location.

Photographie de Alexander Turner, Guardian/eyevine/Redux

Skye est l’un des derniers bastions gaéliques en Écosse et compte près de soixante-mille locuteurs natifs actuellement. Bien que le sort de cette langue traditionnelle soit incertain – le nombre de locuteurs a diminué de près de 30 % entre 1981 et 2001 – elle est toutefois fortement ancrée dans la vie de l’île et dans ses paysages.

« On peut voir du gaélique partout à Skye », explique Lady Lucilla Noble, propriétaire du domaine Eilean Iarmain. « Pas seulement sur les panneaux de circulation mais aussi les noms des montagnes, des îles et des incendies. Les gens ressentent des émotions dans ces paysages. Le nom des lieux est un moyen de les initier au gaélique. »

À une époque où les gens rêvent de découvrir le monde au-delà de leur salon, les îles sauvages d’Écosse illustrent parfaitement la distanciation sociale en pleine nature. Néanmoins, comme le dit M. Mackenzie, « Skye ce n’est pas une contrée aride et sauvage comme les gens le pensent. C’est une région pleine de vie en évolution permanente. »

 

UNE ÎLE MYSTIQUE

La péninsule la plus au nord de Skye, Totternish, est le parfait témoin du passage du temps. Les vestiges rocheux d’un ancien glissement de terrain qui forment le Quiraing divisent la terre telle une fracture osseuse. Encore aujourd’hui, il s’agit de l’une des régions les plus actives du Royaume-Uni en matière de phénomènes géologiques. Elle s’effondre petit à petit sous des couches de basalte volcanique. Les routes environnantes doivent être réparées chaque année du fait de l’affaissement progressif de la région.

Partout dans Totternish, on retrouve les traces d’un passé primitif. En approchant de Staffin, je me suis promené le long de la côte pendant la marée basse à la recherche de traces de pas de dinosaures veilles de 165 millions d’années. Au même instant, les chutes d’eau de Mealt Falls jaillissaient d’une falaise abrupte pour se jeter dans la mer, le tout dans une ambiance apocalyptique.

Des formations rocheuses naturelles, des collines en forme de cônes constellées d’étangs, des chutes d’eau dispersées çà et là... Tant d’éléments qui forment la région éthérée de Fairy Glen, à Skye.

Photographie de Ruben Galvez, Alamy

Le plus intriguant ici, c’est le Old Man of Storr, une formation géologique impressionnante qui, selon la légende, serait les vestiges d’un géant défunt. Après avoir quitté M. Mackenzie, j’ai décidé de m’y rendre à pied, en traversant des collines et en suivant les souches des pins abattus qui s’apparentent à des crânes immaculés. Le lieu est silencieux. On n’entend qu’un léger vent froid qui couvre les souffles rauques des autres randonneurs. Même les corbeaux qui virevoltent autour des affleurements ne font aucun bruit.

(À lire : Pourquoi en savons-nous si peu sur les druides ?)

Un peu plus loin se trouve Needle Rock qui s’apparente à un doigt solitaire de basalte émergeant de terre. Je me suis salis les mains pour grimper jusqu’à ses fondations, les éboulis s’écroulant sous mes pas. Très vite, les flancs rocheux et vieillis du Old Man sont apparus comme les murs d’une cathédrale, plongeant le paysage dans la pénombre. Au lieu de poursuivre mon ascension, je me suis assis pour contempler cette anomalie spectaculaire de la nature. Enveloppée dans son silence, elle est presque spirituelle.

Ici, Skye ne semble être qu’un lointain souvenir, assez loin pour s’apparenter à un mythe. Au-dessus de ma tête, les rayons du Soleil perçaient les nuages qui traversaient le ciel. Soudainement, à peine les avais-je remarqués qu’ils ont pris la fuite au gré du vent, à l’instar des ennemis cherchant à fuir une reine guerrière.

La pandémie de coronavirus a bouleversé le secteur touristique. Lorsque vous planifiez votre voyage, assurez-vous de rassembler toutes les informations sur votre destination et adoptez les mesures de sécurité avant, pendant et après votre déplacement.  Retrouvez les articles de National Geographic sur la pandémie ici.

Connor McGovern est rédacteur en chef pour National Geographic Traveller (Royaume-Uni). Retrouvez-le sur Twitter. Cet article est adapté d’un reportage publié à l’origine dans National Geographic Traveller UK.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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