Qui était le premier roi d'Angleterre ? La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît

Si de nombreux éléments de preuves désignent Athelstan, plusieurs rois au règne plus ou moins long pourrait prétendre à ce titre.

De Melissa Sartore
Publication 4 mai 2023, 10:56 CEST
Portrait d'Athelstan qui fut roi d'Angleterre de 924 à 939. Bien que celui-ci soit généralement considéré ...

Portrait d'Athelstan qui fut roi d'Angleterre de 924 à 939. Bien que celui-ci soit généralement considéré comme le premier véritable roi d'Angleterre, un certain nombre de personnages historiques et facteurs rentrent en ligne de compte et compliquent l’attribution de ce titre dont l’histoire est particulièrement riche. 

PHOTOGRAPHIE DE Image by CBW, Alamy Stock Photo

Qu'est-ce qui fait un roi ? Est-ce l'autorité sur le peuple ? Sur la terre ? Une combinaison des deux ? 

Ou bien est-ce encore le port d'une couronne ? Ou simplement du titre ? 

Ce sont là des questions essentielles à se poser afin de déterminer quand et pourquoi une monarchie s’est développée. Paradoxalement, ces mêmes questions compliquent souvent l'identification du premier roi d'un royaume. Il suffit de jeter un œil à l’histoire de la monarchie anglaise pour comprendre pourquoi. 

Les spécialistes considèrent Athelstan, couronné roi des Anglo-Saxons en 925 après J.-C., comme le premier véritable roi d'Angleterre. 

Il est cependant nécessaire de comprendre qui d’autre prétend à ce titre, ainsi que l'histoire des royaumes disparates qui ont donné naissance à l'Angleterre, afin de pouvoir répondre à cette question faussement simple : qui était le premier roi d'Angleterre ? 

 

L'HISTOIRE COMMENCE AVEC LES ANGLES

Pour parvenir à déterminer qui était le premier roi d'Angleterre, il est nécessaire de partir des Angles. Le nom « Angleterre » vient en effet du mot « Englaland » qui signifie littéralement « terre des Angles » en vieil anglais. L'arrivée de ces tribus germaniques dans l'ancienne province romaine de la Bretagne (Britannia) eut lieu au cours du 5e siècle après J.-C. Aux côtés des Jutes, des Saxons et des Frisons, les Angles établirent des colonies dans le sud-est et l'est de l'Angleterre jusqu'au 6e siècle. 

Avec le temps, la langue et la culture germaniques se mêlèrent aux pratiques et traditions romano-britanniques existantes. En 600 après J.-C., des royaumes individuels se constituèrent dans l'ensemble des îles Britanniques. Ces royaumes germaniques furent fondés en fonction des peuples vivant dans la région, par opposition aux limites physiques ou aux frontières. Avec le temps, les petits royaumes s'unirent pour devenir plus grands et ce que l'on appelle l'Heptarchie des Anglo-Saxons vit le jour. 

Cette dernière, qui est une simplification excessive d'un cadre social, politique et religieux complexe en Angleterre, était constituée de sept royaumes : le Wessex, le Kent, le Sussex, la Mercie, l’Est-Anglie, la Northumbrie et l’Essex. Chaque grand royaume en comprenait des plus petits qui disposaient de leurs propres chefs. Nombre d'entre eux se disputaient le pouvoir au sein d'une sphère d'influence plus large. L’autorité était établie et maintenue grâce à des relations réciproques fondées sur la loyauté et la protection, ainsi qu'à un système économique basé sur des cotisations et des services coordonnés.

La légende raconte que le roi Athelstan aurait ordonné la traduction de la Bible en langue ...

La légende raconte que le roi Athelstan aurait ordonné la traduction de la Bible en langue anglo-saxonne. Ce décret est ici illustré.

PHOTOGRAPHIE DE Image by Hulton Archive, Getty Images

 

LE RÔLE DE LA MERCIE ET DU BRETWALDA

Les grands royaumes d'Angleterre cherchaient par tous les moyens ou presque de supplanter les autres. La Mercie domina ainsi les autres royaumes pendant une grande partie du 8e siècle. Cette situation s'apparente à celle décrite par Bède le Vénérable dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais, achevée en 731 après J.-C., à savoir un souverain qui « exerce son autorité » sur des peuples en dehors de son propre royaume. Dans la Chronique anglo-saxonne, une histoire des Anglo-Saxons écrite au 9e siècle, le terme bretwalda est employé pour représenter ce concept, l'appliquant rétroactivement aux rois anglo-saxons qui ont régné dès la fin du 5e siècle. 

L'hégémonie de la Mercie bascula sous le règne du roi Egbert de Wessex (r. 802-839 ap. J.-C.). En cette période, le Wessex vainquit les Merciens à la bataille d'Ellendune en 825, après quoi les principaux royaumes reconnurent sa suprématie. La Chronique anglo-saxonne identifie rétrospectivement le roi Egbert comme un bretwalda, ce qui en fait le meilleur candidat au titre de premier roi d'Angleterre. 

Un autre facteur a influencé ce qualificatif. Alors que la Mercie parvenait difficilement à une succession pacifique, ce ne fut pas le cas pour le Wessex. Après la mort d'Egbert, son fils Aethelwulf (mort en 850) monta sur le trône. Cette passation de pouvoir au fils à la mort de son père est à l'origine du principe de succession au trône, dite héréditaire, dans le Wessex. Après la mort du roi Aethelwulf, trois de ses fils occupèrent le titre de roi du Wessex. Un quatrième y accéda en 871 : Alfred, autre prétendant au titre de premier roi d'Angleterre. 

 

ALFRED LE GRAND ET LA GRANDE ARMÉE VIKING

Alfred n'était pas censé régner sur le Wessex. Lorsque son frère aîné, Aethelred Ier, mourut lors d'une campagne contre des Vikings, Alfred devint roi. À ce titre, il continua à défendre son royaume contre ce que la Chronique anglo-saxonne appelle la « Grande Armée viking ». Composée de Danois, de Norvégiens et de Suédois, elle débarqua pour la première fois en Est-Anglie en 865 après J.-C. et, en l'espace d'une décennie, le seul royaume qu'elle laissa debout fut le Wessex. Après avoir vaincu les forces scandinaves à la bataille d'Edington en 878, Alfred conclut un accord de paix avec leur chef, Guthrum l’Ancien, établissant formellement une frontière entre le Wessex et les zones contrôlées par les Vikings. Cette dernière sera connue sous le nom de « Danelaw », la « loi des Danois ». 

Cependant, cette présence scandinave permanente au nord, ainsi que les incursions et les raids continus des Vikings, incitèrent Alfred à prendre des mesures pour sécuriser le royaume. Il réforma l'armée, établit des site fortifiés appelées burhs et créa une marine pour défendre les côtes du Wessex contre les attaques. Parallèlement à ces efforts, Alfred entreprit des activités intellectuelles qui contribuèrent à créer l'identité culturelle et politique de l'Angleterre. Tout cela, ainsi que la désignation d'Alfred comme « roi des Anglo-Saxons » dans les chartes qui lui sont attribuées, le place en bon candidat pour le titre de premier roi d'Angleterre.

 

ATHELSTAN, PREMIER ROI D'ANGLETERRE

Alfred mourut en 899 et son fils, Édouard l'Ancien, monta sur le trône. Il régna jusqu'en 924 et, après sa mort, son fils Athelstan fut couronné en 925. Tout comme son grand-père et son père, il fut d'abord roi des Anglo-Saxons. Son domaine sera toutefois plus étendu, notamment après la bataille de Brunanburh en 937. 

Dans ce manuscrit enluminé du 14e siècle, Athelstan s'agenouille devant le légendaire héros anglais Gui de ...

Dans ce manuscrit enluminé du 14e siècle, Athelstan s'agenouille devant le légendaire héros anglais Gui de Warwick.

PHOTOGRAPHIE DE Illustration by Peter of Langtoft, Alamy Stock Photo

L'autorité d'Athelstan fut toujours plus ou moins contestée. Selon la Chronique anglo-saxonne, il contrôla York et la Northumbrie durant la décennie qui suivit son accession au trône. En 937, les rois des Écossais, des viking de Dublin et de certaines parties du Pays de Galles s'unirent contre Athelstan et affrontèrent finalement leur ennemi commun à Brunanburh. La localisation exacte de Brunanburh n'est pas claire mais le combat qui s'y est déroulé est considéré par de nombreux spécialistes comme l'un des événements déterminants de l'histoire britannique.

La Chronique anglo-saxonne contient un poème sur la bataille de Brunanburh qui conte la manière dont les Saxons de l'Ouest ont massacré leurs ennemis, dont cinq rois opposants et sept comtes. Le poème explique qu'aucun massacre sur cette île n'a égalé celui-là, ce qui montre à quel point le conflit a été dévastateur et néanmoins important. 

C'est la victoire d'Athelstan à Brunanburh qui lui permit d'étendre sa domination à l'Écosse et au Pays de Galles et consolida celle qu’il exerçait sur l'ensemble de l'Angleterre. Athelstan ne vécut que deux ans après ce combat mais, pour beaucoup, devint le véritable premier roi d'Angleterre grâce à cette victoire.

Karl Shoemaker, Robert F. et Sylvia T. Wagner, qui travaillent à la faculté de droit de l'université du Wisconsin, résument succinctement l'histoire : « Malgré les arguments en faveur [d'autres prétendants], les éléments de preuves dont nous disposons désignent Athelstan. C'est lui qui s'est rendu à York, a vaincu les Vikings qui y étaient installés et a placé le Nord sous la domination anglaise. À la fin de son règne, il avait davantage centralisé le pouvoir et l'administration que n'importe lequel de ses prédécesseurs ».

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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