Photographie

Instagram s'engage contre la maltraitance animale

Grâce à des outils d'ordinaire utilisés pour lutter contre les suicides et l'auto-mutilation, Instagram met désormais en garde ses utilisateurs contre les comportements mettant en danger les animaux sauvages.

De Natasha Daly

Instagram est le réseau social le plus prisé par les adorateurs d'animaux mignons - y compris les animaux exotiques et menacés d'extinction. Une photo d'une personne tenant un paresseux dans ses bras ou s'exhibant avec un tigreau peut rapidement se propager sur le réseau social qui compte plus de 800 millions d'utilisateurs.

Mais à partir d'aujourd'hui, les recherches pour la plupart des hashtags se rapportant à des animaux sauvages déclencheront automatiquement une notification informant les utilisateurs de la maltraitance animale qu'induisent ces mises en scène en apparence innocentes.

Instagram délivrera désormais le message suivant à qui quiconque cherchera à utiliser par exemple le hashtag #koalaselfie « La maltraitance animale et la vente d'animaux en voie de disparition ou de certaines parties de leur corps n'est pas autorisée sur Instagram. Vous recherchez un hashtag qui pourrait être associé à des publications encourageant des comportements nuisibles pour les animaux ou l'environnement. »

Les utilisateurs peuvent ensuite, s'ils le souhaitent, cliquer sur une page d'explication portant sur l'exploitation des animaux sauvages publiée sur le centre d'aide d'Instagram. Le réseau social usera des mêmes méthodes pour les recherches comme #exoticanimalforsale (#animauxexotiquesàvendre) et tout autre hashtag auquel les utilisateurs recourent pour promouvoir la vente d'animaux ou de parties d'animaux.

« Nous voulons prendre soin de notre communauté, y compris des animaux, domestiques ou sauvages, qui ont une place importante sur notre plateforme, » a annoncé Emily Cain, porte-parole d'Instagram. « Je pense qu'il est important pour la communauté d'être sensibilisée à ce type de comportements. »

La décision d'Instagram fait suite aux investigations de National Geographic sur le commerce des animaux braconnés près du fleuve Amazone. Selon nos informations, plusieurs espèces animales sont régulièrement capturées de manière illégale dans la forêt tropicale, gardés en cage et destinés au commerce de selfies.

Plusieurs centaines de hashtags provoquent l'avertissement d'Instagram, principalement en anglais et en langue locale dans les pays comme la Thaïlande et l'Indonésie, où ce type de pratiques est de plus en plus courant.

Instagram développe cette liste depuis plusieurs mois, se basant notamment sur les rapports de World Wildlife Fund (WWF), TRAFFIC, un partenaire de la WWF qui trace le trafic d'espèces sauvages, et de la Société mondiale de protection des animaux qui avaient listé les hashtags les plus souvent associés à des cas de maltraitance animale.

Cassandra Koenen, qui est à la tête des campagnes de la Société mondiale de protection des animaux et a travaillé sur cette liste avec Instagram, espère que cet avertissement fera réfléchir les utilisateurs. « Si votre comportement d'utilisateur est interrompu, peut-être commencerez-vous à réfléchir et à vous dire "Peut-être que ça va plus loin qu'un selfie, peut-être que je ne devrais pas partager ce genre d'images ou même les reposter puisque Instagram me dit que cette photo n'est pas conforme." »

Instagram se refuse à diffuser la liste de hashtags en question pour que les utilisateurs ne puissent pas contourner ces nouvelles règles de manière organique. Il en va de même pour les braconniers et les trafiquants d'espèces sauvages.

CE QUE ÇA CHANGE POUR LES ANIMAUX SAUVAGES

Les avertissements concernent surtout les selfies avec les animaux sauvages, dont la prévalence sur les réseaux sociaux a bondi de 292 % depuis 2014, selon la Société mondiale de protection des animaux.

Qu'y a-t-il de mal à se prendre en photo avec un paresseux ou un koala dans les bras ? Selon les experts du monde animal, il s'agit d'une interaction subie. De nombreux animaux sont très affectueux et se prêtent volontiers aux câlins, comme les paresseux, mais ils vivent mal le fait d'être sans cesse manipulés. Cela peut provoquer un grand stress chez les animaux, comme le confirme Koenen, mais il est rare que les touristes restent suffisamment longtemps sur place pour observer ce que subissent ces petites ou grandes bêtes. Une récente étude a montré que la plupart des touristes ne se rendent pas compte si l'interaction qu'ils ont eu avec un animal lui a causé du stress ou non. 

C'est par ailleurs ce que la photo ne montre pas qui est visé par cette nouvelle interdiction. « Même si vous n'êtes pas directement témoin de cruauté animale, il y a bien des comportements cruels derrière cette mise en scène. »

Dans bien des cas les animaux sauvages pris en photo avec des touristes ont été capturés illégalement dans la nature et sont gardés en captivité dans des conditions déplorables. D'autres animaux sont populaires pour les selfies, comme les lionceaux et les tigreaux, qui sont pris très tôt à leurs mères et élevés en captivité. 

Des activités touristiques populaires comme nager avec des dauphins ou monter sur le dos d'éléphants font par ailleurs souffrir les animaux en question, leur infligeant des douleurs physiques réelles.

La décision d'Instagram pourrait aider à réduire l'utilisation que les trafiquants d'espèces sauvages font des réseaux sociaux pour vendre des animaux vivants ou des parties d'animaux tués. Contrairement aux sites d'e-commerce traditionnels comme eBay, les plateformes comme Facebook et Instagram permettent la connexion et la mise en place de communications - et de négociations - dans des conversations privées, comme l'explique Giavanna Grein, directrice du programme de lutte contre le trafic d'espèces sauvages de TRAFFIC. 

« Peut-être qu'une personne qui souhaite vendre un animal et qui voit cet avertissement pensera "Ça va être de plus en plus dur d'utiliser ce réseau" » estime-t-elle.

LA PHASE 1

Instagram avait déjà mis en place des avertissements pour les hashtags liés au suicide, à l'auto-mutilation et aux troubles alimentaires. « Beaucoup d'autres comportements méritent notre attention, » estime Grein. « Il est donc important de voir que la maltraitance animale est traitée de la même manière que ces autres sujets graves. Cela nous donne de l'espoir pour l'avenir. »

Instagram avait par ailleurs interdit les posts qui décrivaient toute forme de maltraitance physique d'animaux et la vente d'espèces menacées. La porte-parole de la société indique que cette initiative n'est que la première phase d'une campagne plus importante visant à limiter les pratiques de maltraitance animale.

Cassandra Koenen, de la Société mondiale de protection des animaux, estime qu'il faudra par ailleurs former les employés d'Instagram à repérer les comportements d'utilisateurs dangereux, notamment dans le cadre de trafic d'espèces sauvages. « C'est un signe fort, Instagram et ses 800 millions d'utilisateurs est une plateforme incroyable pour changer l'opinion publique. »

Retrouvez l'ensemble des enquêtes National Geographic sur la vie sauvage ici : Wildlife Watch. Envoyez-nous des éléments d'informations et signalez-nous des cas de maltraitance animale à l'adresse suivante ngwildlife@natgeo.com.

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