Activité physique : des bénéfices plus importants observés chez les femmes
Selon de nouvelles études, le système cardiovasculaire des femmes réagirait davantage à la pratique d’une activité physique que celui des hommes. Ceci soulève des interrogations quant à la manière dont sont fixées les recommandations en matière d’exercice

Des études récentes suggèrent que les bienfaits cardiovasculaires de l’activité physique chez la femme seraient comparables, voire supérieurs, à ceux constatés chez l’homme, parfois même à des niveaux d’exercice hebdomadaires plus faibles.
Depuis plusieurs décennies, les recommandations en matière d’activité physique considèrent le corps des hommes et des femmes comme sensiblement le même. Pourtant, des études récentes laissent à penser que cette supposition pourrait être erronée. L’arrivée de nouvelles données probantes démontre que l’activité physique réduit de manière plus importante le risque de maladie cardiovasculaire et de décès prématuré chez les femmes que chez les hommes. Qui plus est, les femmes auraient besoin de faire moins d’exercice par semaine que les hommes pour profiter de ces bienfaits. Ces découvertes poussent les chercheurs à réexaminer la procédure d’établissement des recommandations en matière d’exercice et à déterminer si ces dernières reflètent réellement la manière dont différents corps réagissent à l’exercice.
DES BÉNÉFICES DIFFÉRENTS SELON LE SEXE
Deux études de grande envergure publiées au cours des deux dernières années suggèrent que les hommes et les femmes pourraient tirer des bénéfices différents de l’activité physique, en particulier en ce qui concerne le risque de maladie cardiovasculaire et de mortalité globale. Toutes deux ont mis en évidence une tendance, à savoir que les femmes semblent gagner davantage de l’activité physique que les hommes à des niveaux d’exercice comparables. Ces études se sont appuyées sur les recommandations en matière d’activité physique de l’American Heart Association : 150 minutes d’exercice à intensité modérée ou 75 minutes d’exercice intense par semaine pour les deux sexes.
Dans une étude parue en 2024 dans la revue Journal of the American College of Cardiology (JACC), des chercheurs ont passé en revue les données d’une enquête sur la pratique d’une activité physique pendant les loisirs menée auprès de plus de 400 000 adultes. Après avoir effectué un suivi de près de 40 000 décès de toutes causes pendant la durée de l’étude, ils ont découvert qu’une activité physique régulière était associée à un risque de mortalité chez les femmes inférieur de 24 %, contre seulement 15 % chez les hommes.
Pour réduire au maximum le risque de mortalité, les hommes ont dû pratiquer 300 minutes d’activité modérée à intense par semaine. Les femmes ont obtenu un bénéfice similaire avec seulement 140 minutes d’exercice physique. Et leur risque de mortalité a diminué davantage encore, bien plus que pour les hommes à quelque niveau que ce soit, si elles faisaient 300 minutes de sport par semaine. Ces résultats étaient cohérents entre l’activité aérobie et le renforcement musculaire.
Les chercheurs ont pris en compte des facteurs aggravants, tels que l’âge, l’IMC, la consommation d’alcool, le tabagisme, l’état de santé autodéclaré et l’accès aux soins médicaux.
Comme le soulignent les cardiologues, la comparaison n’est pas entre des hommes et des femmes, mais entre des personnes qui font du sport et celles qui n’en font pas. « Entre une femme qui pratique une activité physique et une autre qui n’en pratique pas, le bénéfice relatif semble plus important qu’entre un homme qui fait du sport et un autre qui n’en fait pas », explique Carolyn Lam, cardiologue spécialiste de la santé des femmes et consultante principale auprès du National Heart Centre de Singapour, qui occupait le poste de rédactrice adjointe de la revue JACC au moment de la publication de cet article. « Les comparaisons sont effectuées entre un même sexe, pas entre les sexes ».
Plus récemment, une étude parue en 2025 dans la revue Nature a fait écho à ces conclusions en utilisant les données des montres connectées de plus de 85 000 participants au Royaume-Uni pour évaluer l’incidence de la maladie coronarienne. Les femmes pratiquant 150 minutes d’activité physique par semaine comme recommandé présentaient un risque inférieur de 22 % d’être atteintes de la maladie coronarienne, contre 17 % chez les hommes.
Plus le niveau d’activité physique hebdomadaire augmentait, plus l’écart se creusait. Le risque de maladie coronarienne chez les femmes diminuait de 30 % lorsque ces dernières s’adonnaient à 250 minutes de sport par semaine, tandis que les hommes avaient besoin de faire 530 minutes de sport pour obtenir une réduction du risque similaire. Les chercheurs ont également constaté que le risque de mortalité était plus faible chez les patients déjà atteints de la maladie coronarienne.
Considérées dans leur ensemble, ces conclusions suggèrent que les recommandations actuelles en matière d’activité physique pourraient ne pas tenir entièrement compte de la manière dont chaque corps réagit à l’exercice. Les scientifiques ont également découvert que les femmes avaient tendance à sous-estimer le temps consacré à une activité physique par rapport aux hommes ; ils ont donc dû réaliser une seconde analyse pour prendre ceci en compte et sont parvenus à des résultats similaires.
DES BÉNÉFICES SUPÉRIEURS CHEZ LA FEMME
Bien que les chercheurs n’en comprennent pas encore les mécanismes, Carolyn Lam avance que les cardiologues ont quelques théories. « Ces mécanismes impliquent sans doute plusieurs systèmes qui travaillent de concert », suppose-t-elle, qui pourraient inclure des stimulations plus importantes du cholestérol HDL (le « bon » cholestérol), une fonction accrue des vaisseaux sanguins (la fonction endothéliale) et des adaptations métaboliques gagnant en efficacité à chaque séance de sport.
Les œstrogènes joueraient également un rôle. « Certaines données montrent que les œstrogènes, l’hormone sexuelle féminine, ont des vertus cardioprotectrices », poursuit la cardiologue. « Ils pourraient amplifier les effets de l’exercice sur ces adaptations au niveau de nos vaisseaux sanguins et de notre cœur ».
En 2017, une analyse documentaire a expliqué que les œstrogènes (en particulier l’estradiol, ou E2) contribuaient à protéger le cœur en améliorant la circulation sanguine et en réduisant les dommages. Ils y parviennent en encourageant la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins (l’angiogenèse), en favorisant la circulation sanguine grâce à la vasodilatation et en diminuant les sous-produits néfastes, tels que le stress oxydatif et l’inflammation, qui peuvent endommager les tissus et les organes, et notamment le cœur.
Cela étant dit, cela ne signifie pas que les femmes devraient suivre un traitement hormonal. « Ce sont des théories », souligne Carolyn Lam. « Pour l’heure, les études prospectives doivent encore démontrer que le traitement hormonal substitutif offre ce bénéfice ».
Les bénéfices uniques que les femmes tirent de l’activité physique dépendraient également de leur taille, ajoute la cardiologue. Le système cardiovasculaire des femmes est conçu pour être efficace malgré une pompe cardiaque plus petite et un arbre vasculaire plus ramassé, les femmes étant en général plus petites et plus légères que les hommes.
Carolyn Lam insiste cependant sur le fait que les chercheurs ont encore beaucoup à apprendre sur le sujet, notamment sur le mécanisme moléculaire précis impliqué, la manière dont ces effets varient tout au long de la vie et à la ménopause, et quels types d’exercices s’avèrent les plus efficaces pour tirer le plus de bénéfices.
DES ÉTUDES D’UNE GRANDE IMPORTANCE
Attention : les résultats de ces études ne signifient pas que les femmes devraient faire moins de sport parce qu’elles en tirent davantage de bénéfices que les hommes à un niveau d’activité physique moindre, loin de là. Ils mettent plutôt en évidence les opportunités qui sont toujours à notre disposition. Selon les CDC (Centers for Disease Control, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies états-uniens), seuls 20 % des femmes respectent la recommandation de pratiquer 150 minutes d’activité physique par semaine, contre 28 % des hommes. Et si les femmes réduisent déjà leur risque de mortalité en faisant du sport à petite dose, elles pourraient tirer davantage de bénéfices d’un niveau d’activité supérieur à celui recommandé.
Pour Carolyn Lam, ces résultats sont également importants au sens clinique. Les femmes souffrant de maladies telles que la maladie coronarienne sont moins susceptibles que les hommes de se voir prescrire une rééducation cardiaque axée sur l’exercice que les hommes. « Nous devons vraiment faire passer le message que l’exercice est également bénéfique aux femmes », indique-t-elle.
Ce type de recherche démontre la nécessité de fixer des recommandations plus nuancées et adaptées au sexe. Pour l’heure, elles sont les mêmes pour les hommes et les femmes. Mais les premiers pourraient avoir besoin de faire plus de sport que le minimum recommandé pour en tirer les mêmes bénéfices que les femmes.
« Ce qui est remarquable, c’est qu’il y a 60 ans, nous pensions que l’exercice était mauvais pour la santé. Nous découvrons aujourd’hui que le système cardiovasculaire des femmes serait parfaitement réceptif à l’activité physique », rapporte la cardiologue. « Mais nous commençons seulement à comprendre que la physiologie de l’exercice chez la femme est un domaine à part entière, et pas seulement un détail sans importance par rapport à la physiologie masculine ».