Le tétanos n’a pas disparu : pourquoi il reste une menace

Le vaccin contre le tétanos, extraordinairement efficace et sûr, a drastiquement réduit le nombre de cas depuis sa mise en circulation. Pourtant, ceux-ci se multiplient aux États-Unis.

De Meryl Davids Landau
Publication 8 juin 2026, 13:02 CEST
Les États-Unis enregistrent leur plus grand nombre de cas de tétanos depuis plusieurs années. Les spécialistes ...

Les États-Unis enregistrent leur plus grand nombre de cas de tétanos depuis plusieurs années. Les spécialistes pointent du doigt un taux de vaccination en chute libre.

Les États-Unis enregistrent leur plus grand nombre de cas de tétanos depuis plusieurs années. Les spécialistes pointent du doigt un taux de vaccination en chute libre.

Quand on pense au tétanos, on imagine facilement un ouvrier agricole marcher sur un vieux clou rouillé dans une grange et contracter cette maladie bactérienne. Mais de nos jours, la plupart des individus ne travaillent pas dans des exploitations agricoles et nous avons, pour beaucoup, tendance à considérer qu’il s’agit d’une maladie que l’on a peu de chances de rencontrer. En réalité, cette infection microbienne grave peut toucher tout le monde, et n’importe où. Et bien que cela ne soit pas le cas pour les Français, de plus en plus d’Américains meurent de ses suites.

En 2025, trente-huit personnes ont contracté le tétanos aux États-Unis, nombre le plus élevé depuis près de vingt ans. Les spécialistes imputent cette hausse à une baisse du taux de vaccination et craignent que le nombre de cas ne continue d’augmenter dans les années qui viennent si moins de personnes reçoivent les doses recommandées.

« Ces cas, bien que rares, sont très troublants, car le tétanos est totalement évitable », rappelle Larry Madoff, infectiologue du Centre des maladies infectieuses émergentes de l’Université de Boston. Le centre où évolue Larry Madoff a été le premier à signaler cette recrudescence inquiétante dans un rapport publié sur Internet à la fin de l’année dernière.

 

UNE MALADIE NEUROLOGIQUE GRAVE

Le tétanos est causé par la bactérie Clostridium tetani, qui est omniprésente dans les sols et qui entre généralement dans l’organisme par des plaies qui rompent la barrière cutanée. Cette bactérie s’épanouit dans les lieux privés d’oxygène, raison pour laquelle les coupures profondes constituent un terrain particulièrement propice.

Une fois dans cet environnement, les spores se multiplient rapidement. En l’espace de quelques semaines, elles émettent une toxine puissante, la tétanospasmine, qui empêche le système nerveux de fonctionner normalement. Des contractions musculaires douloureuses et des raideurs, y compris le trismus caractéristique de la maladie, ne tardent pas à apparaître. D’autres complications graves peuvent survenir : pneumonie, lésions rénales et caillots sanguins dans les poumons.

Cette maladie était autrefois répandue aux États-Unis ®France, et ce n’est pas dû au fait que davantage de personnes possédaient des granges. Ce fut le développement et le déploiement d’un vaccin hautement efficace dans les années 1930 qui fit plonger le nombre de cas annuels, qui passa, aux États-Unis, de près de 600 dans les années 1940 à dix-sept en 2020, et, en France, de plus de 500 en 1965 à moins de dix en 2021, selon Santé Publique France. La mortalité a chuté elle aussi après l’introduction du vaccin, de l’ordre de 99 %.

« Les Américains oublient toute la gravité de ces infections », car nous ne voyons plus de personnes autour de nous les contracter, prévient Kristin Moffitt, médecin spécialiste des maladies infectieuses pédiatriques au Children Hospital de Boston. Mais ailleurs dans le monde, cette maladie tue encore 50 000 personnes par an.

Aux États-Unis, le tétanos tue 12 % environ des patients qui le contractent, selon une analyse publiée en avril par les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) qui porte sur une période de quinze ans. La plupart des décès se produisent chez des personnes de plus de 70 ans et chez les nourrissons. Une autre analyse publiée l’an dernier dans la revue International Journal of Infectious Diseases conclut que les personnes atteintes de diabète et de cardiopathies sont exposées à un risque plus élevé de complications graves.

Une fois que la toxine s’est installée, il n’existe pas de remède. Les médecins administrent des antibiotiques et d’autres médicaments pour aider à neutraliser le poison, nettoient chirurgicalement la plaie qui abrite la bactérie et jugulent les spasmes musculaires à l’aide de médicaments. Comme les lésions nerveuses au niveau de la gorge sont fréquentes, la moitié environ des patients hospitalisés ont besoin de tubes pour respirer.

Ces traitements ont pour objectif de maintenir la personne en vie jusqu’à ce que le système immunitaire évacue les toxines de l’organisme, un processus qui prend plusieurs semaines, comme le rappelle Larry Madoff.

 

TOUTE PLAIE PROFONDE PEUT SERVIR DE PORTE D’ENTRÉE

Comme la bactérie C. tetani est omniprésente aux États-Unis, il est étonnamment facile d’entrer en contact avec ses spores. Il y a quelques années, des scientifiques ont testé le sol, des déjections canines et du métal rouillé et du béton dans le comté entourant Miami, en Floride. Ils ont alors mis en évidence la présence de la bactérie dans 18 % de leurs échantillons, les plus fortes concentrations se trouvant sur des panneaux, des rampes et des passerelles vieillissants. Si nous associons souvent les objets rouillés au tétanos, le risque vient de la durée pendant laquelle un objet a été exposé à l’environnement plutôt que de la rouille elle-même.

À la surface de la peau, la bactérie n’est pas dangereuse. Mais quiconque présente une plaie profonde, par exemple due à une morsure de chien, à une coupure causée par un objet tranchant, à un accident de voiture, voire à l’enfoncement d'une écharde, est susceptible de contracter la maladie. Les objets qui sont à l’extérieur depuis un moment, comme le proverbial clou rouillé, sont particulièrement susceptibles d’abriter les germes responsables de la maladie.

« Si vous marchez sur tout objet exposé à l’environnement qui transperce la peau ou si vous avez une plaie ouverte et que vous marchez pieds nus à l’extérieur et que la bactérie peut s’enfoncer à l’intérieur, alors vous êtes exposé à un risque », prévient Kristin Moffitt.

Heureusement, contrairement aux maladies hautement infectieuses comme la rougeole, le tétanos ne se propage pas d’une personne infectée à une autre.

Le rapport de l’Université de Boston passe en revue quelques cas qui invitent à la prudence. Un adolescent du Kansas a passé quarante jours en soins intensifs après que la bactérie a infecté son pied blessé et une femme du Nevada qui n’avait qu’une toute petite coupure au niveau de la jambe a lutté contre la maladie à l’hôpital pendant une semaine.

Aux États-Unis, les longs séjours à l’hôpital qui accompagnent souvent une infection par le tétanos peuvent être coûteux, rappelle le rapport. Les parents d’un jeune garçon de l’Oregon atteint de la maladie ont dû payer des frais médicaux s’élevant à près d’un million de dollars (860 000 euros environ).

 

PRÉVENEZ LE TÉTANOS EN RESTANT À JOUR DANS VOS VACCINS

Tout ce que les patients décrits dans le rapport de l’Université de Boston ont en commun est qu’ils n’étaient pas à jour dans leur vaccination antitétanique.

C’était également le cas de plusieurs infections chez des enfants signalées en avril par les CDC. Deux des enfants avaient consulté un médecin pour leurs blessures, mais leurs parents avaient décliné la vaccination, qui les aurait pourtant protégés. Les deux ont fini par contracter le tétanos, de même que deux autres jeunes non vaccinés dont les blessures étaient en apparence si bénignes qu’ils n’avaient pas consulté de professionnel de santé. L’ensemble de ces enfants ont été hospitalisés en raison du tétanos et, heureusement, aucun n’est mort.

Aux États-Unis, les vaccins contre le tétanos sont administrés sous trois formes que l’on appelle DTaP (DTCP en France), Tdap (dTcaP) et Td (dT). Les nourrissons et les enfants de moins de sept ans reçoivent une série de cinq doses de vaccin DTaP (DTCP), qui protège également contre la diphtérie et la coqueluche, selon les CDC. C’est le « T » dans le nom du vaccin qui protège contre le tétanos.

Vers l’âge de 11 ans, les enfants ont besoin d’un rappel unique, qu’on appelle Tdap (dTcaP), qui contient une plus faible dose des composants contre la diphtérie et la coqueluche.

Ensuite, tous les dix ans, les adultes ont besoin d’un rappel de vaccin contre le tétanos pour que la protection se maintienne. Cela peut se faire via un vaccin Td (dT) ou un rappel Tdap (dTcaP), qui comporte en plus une protection contre la coqueluche. On appelle parfois cette dernière injection le « vaccin des grands-parents », car les personnes qui passent du temps auprès de nourrissons se la font administrer pour mieux protéger les nouveau-nés qui n’y sont pas éligibles. On recommande également chaudement aux femmes enceintes de recevoir une dose de Tdap (dTcaP) au troisième trimestre de grossesse.

 

LES RÉTICENCES VACCINALES POURRAIENT CONTINUER À ÉRODER LA PROTECTION

À travers les États-Unis, les taux d’immunisation contre ces maladies sont en chute libre, notamment chez les jeunes enfants. Selon les CDC, le nombre d’élèves de maternelle ayant reçu le schéma DTaP (DTCP) complet est désormais de 92 %, soit trois points de moins qu’il y a dix ans. D’après une analyse de l’Université Stanford pour NBC publiée l’an dernier, aux États-Unis, 70 % environ des comtés ont des étudiants qui ne sont pas à jour.

Un État, la Floride, présente une couverture vaccinale de 89 %, selon le rapport de l’Université de Boston. Si cette tendance baissière se poursuivait, la couverture dans l’État plongerait à 85 % en l’espace de quelques années, ce qui laisserait 15 % des enfants sans protection contre le tétanos et d’autres maladies graves.

Les vaccins contre le tétanos sont sûrs, cela est documenté solidement, et depuis longtemps. De nombreuses études montrent que le Tdap (dTcaP) est sûr pour toutes les tranches d’âge. Un rapport publié le mois dernier par le Projet sur l’intégrité vaccinale de l’Université du Minnesota a confirmé sa sûreté pour les femmes enceintes et leurs bébés.

Après avoir soigneusement évalué quatre-vingt-onze études observationnelles et essais randomisés, « nous ne constatons pas d’augmentation significative des effets indésirables importants, quels qu’ils soient », que ce soit pour la mère ou pour le bébé, souligne Emily Senerth, spécialiste de santé publique qui a dirigé les recherches.

Sous toutes ses formes, le vaccin contre le tétanos possède « l’un des plus longs historiques de sécurité et d’efficacité de toute l’histoire américaine des vaccins », rappelle Kristin Moffitt.

Larry Madoff déplore le scepticisme croissant à l’égard d’un vaccin aussi précieux. Il se souvient avoir travaillé, au début de sa formation médicale, dans un hôpital en Inde. Il y avait tant de patients atteints du tétanos qu’ils avaient un service entier dédié.

« Ce souvenir me motive à encourager les gens à se faire vacciner, explique-t-il. C’est bien mieux que d’attraper le tétanos. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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