GLP‑1 : ces médicaments ne calment pas seulement la dépendance, ils la préviennent

Cette découverte pourrait réduire de moitié les décès liés à la dépendance.

De Emily Sohn
Publication 23 mars 2026, 18:14 CET
À mesure que les scientifiques démêlent le lien entre les médicaments GLP-1 et l'addiction, cela pourrait ...

À mesure que les scientifiques démêlent le lien entre les médicaments GLP-1 et l'addiction, cela pourrait aider à développer un médicament capable de traiter toutes sortes d'addictions, de l'alcool aux opiacés. 

PHOTOGRAPHIE DE Kristina Kuptsevich, Alamy Stock Photo

Il y a trois ou quatre ans, Ziyad Al-Aly, néphrologue au VA Health Care System, a commencé à remarquer quelque chose d'étrange dans son cabinet. Ses patients qui prenaient une nouvelle classe de médicaments pour le traitement du diabète, les GLP-1 (Glucagon Like Peptide 1, les peptides 1 de type glucagon), rapportaient une perte d'appétit qui ne concernait pas seulement la nourriture.

« Ils me disaient : "vous savez, j'ai commencé ces médicaments GLP-1 et, tout à coup, j'ai perdu le goût pour l'alcool" » se souvient-il. « Je ne bois plus, je ne fume plus. »

Il aurait pu ne pas y prêter attention mais les témoignages se sont accumulés dans sa clinique, et au-delà. Oprah Winfrey a un jour déclaré au magazine People être capable de boire dix-sept shots de tequila d'un seul coup. Après avoir commencé un traitement par GLP-1, elle a complètement arrêté de boire de l'alcool. 

La recherche rattrape rapidement son retard. Ces dernières années, des études ont fait le lien entre les médicaments GLP-1, tel que l'Ozempic et le Wegovy, et une diminution des envies d'alcool, ainsi qu'une réduction des risques de troubles liés à la consommation d'alcool, de cannabis et de tabac. Même les singes boivent volontairement moins d'alcool lorsqu'on leur administre des médicaments GLP-1. 

Néanmoins, selon une nouvelle étude menée à grande échelle par Ziyad Al-Aly et ses collègues, les bienfaits liés à la dépendance pourraient avoir une portée bien plus large que ne le suggèrent les recherches précédentes.

Les chercheurs ont découvert que les personnes qui prenaient des médicaments GLP-1 pour traiter leur diabète étaient moins susceptibles de développer une dépendance. Chez celles qui souffraient déjà de troubles liés à la consommation de substances, le risque d'overdose a diminué de 39 % et le risque de décès liés à une dépendance a diminué de moitié. Ces résultats s'appliquent à une longue liste de substances addictives, pas seulement à l'alcool ou à la cigarette. Pour certaines de ces substances, c'est la première fois que ces effets sont observés chez l'humain. 

Les traitements actuels contre la dépendance ont tendance à être spécifiques à chaque substance : des patchs de nicotine pour la cigarette, de la méthadone pour la dépendance aux opiacés. La nouvelle étude suggère que les médicaments GLP-1 pourraient aider à développer un médicament capable de traiter toutes sortes d'addictions, affirme Ziyad Al-Aly, épidémiologiste clinique à l'université Washington de Saint Louis. 

Puisque ces médicaments sont efficaces contre des nombreuses addictions, ils pourraient également donner un aperçu de la biologie de la dépendance dans le cerveau. 

« Il ne s'agit pas seulement de nicotine, d'alcool, d'héroïne, de cocaïne ou d'opiacés » dit-il. « Il s'agit de toutes ces substances. »

 

UN HEUREUX HASARD

Les agonistes du récepteur de peptides 1 de type glucagon, ou de GLP-1, imitent l'hormone GLP-1 produite par notre corps lorsque nous mangeons. Cette hormone stimule la production d'insuline qui réduit le taux de sucre dans notre sang et l'appétit dans notre cerveau. 

Initialement approuvé en 2005 par l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) comme traitement injectable deux fois par jour pour le diabète, le premier médicament GLP-1 a attiré l'attention car il entraînait également une perte de poids conséquente. Une nouvelle formule, appelée sémaglutide, nécessitait des injections moins fréquentes. Après des essais cliniques aux résultats spectaculaires, la FDA a approuvé son utilisation pour la perte de poids en 2021. Selon un sondage de KFF Health Tracking, une organisation indépendante axée sur la politique sanitaire, à la fin de l'année 2025, environ 12 % de la population adulte américaine indiquait prendre des GLP-1 pour perdre du poids ou pour une maladie telle que le diabète ou une maladie cardio-vasculaire. 

À mesure que le nombre de personnes prenant des GLP-1 augmentait, les témoignages faisant état d'une diminution des comportements addictifs se multipliaient. Les scientifiques ont commencé à étudier ce lien. Les premières études avaient tendance à se concentrer sur quelques substances principales, en particulier sur l'alcool, le tabac et le cannabis. 

Pour étudier un éventail plus large de troubles, l'équipe de Ziyad Al-Aly a analysé les dossiers médicaux de plus de 606 000 vétérans atteints du diabète de type 2. En trois ans, ils ont constaté que ceux qui prenaient des GLP‑1 avaient 14 % de risques en moins de développer un trouble lié à l'usage de substances que ceux qui prenaient un autre type de médicaments contre le diabète, appelés inhibiteurs du sodium-glucose cotransporteur 2 (SGLT2). 

Sur mille patients, cela représente six personnes qui auraient pu développer un problème de consommation d'alcool, de cannabis, de cocaïne, de nicotine ou d'opiacés mais qui ne l'ont pas fait grâce au médicament amaigrissant. 

Les bienfaits ont été encore plus spectaculaires chez les personnes souffrant déjà d'un trouble lié à l'usage de substances. Les chercheurs ont associé les médicaments GLP-1 à une réduction de 39 % des overdoses, à une réduction de 31 % des consultations aux urgences liées à la dépendance, une réduction de 26 % des hospitalisations liées à la dépendance et une réduction de 25 % des pensées suicidaires ou des tentatives de suicide. Le risque de décès liés à la dépendance a diminué de moitié. Dans l'ensemble, le médicament a permis de réduire de vingt pour mille le nombre d'événements dangereux. 

« Ce que nous observons dans les données, y compris dans cette étude et de façon anecdotique à la clinique, c'est que, pour certaines personnes, [les médicaments sont] très utiles pour réduire globalement l'appétit, ce qui est vraiment intéressant » indique Anna Lembke, psychiatre et médecin addictologue à la faculté de médecine de l'université de Stanford qui n'a pas pris part à l'étude.

 

DÉCODER LA DÉPENDANCE DANS LE CERVEAU 

Selon les experts, la recherche sur le lien entre les médicaments GLP-1 et l'addiction offre de plus en plus d'informations intéressantes sur la biologie du cerveau dépendant, laissant entendre qu'il pourrait y avoir une nouvelle génération de médicaments conçus pour s'attaquer à la source du problème de la dépendance. 

Des études menées sur des animaux, notamment sur d'autres primates, suggèrent que les récepteurs du GLP-1 abondent dans certaines régions du cerveau liées au traitement des récompenses, à la satiété, au contrôle des impulsions et à des processus associés. Ces mécanismes doivent encore être étudiés chez l'être humain mais les personnes qui prennent ces médicaments décrivent souvent un apaisement du « bruit alimentaire », ces ruminations incessantes liées à la nourriture. Ziyad Al-Aly pense que c'est également le cas des ruminations liées à des produits addictifs.

Selon Anna Lembke, la libération de la charge mentale que représentent les envies constantes doit expliquer pourquoi des études commencent également à montrer que les GLP-1 soulagent la dépression et améliorent l'humeur. Elle mène une étude sur une population de non-vétérans qui fait écho aux conclusions du groupe de Ziyad Al-Aly, à savoir que le médicament pourrait traiter de nombreux types de dépendance. Des chercheurs étudient également leur utilisation pour traiter des addictions comportementales telles que l'addiction aux jeux d'argent et au sexe. 

Anna Lembke explique que les GLP-1 ne sont pas bénéfiques pour tout le monde. Dans son expérience clinique sur l'addiction, elle a démontré que les médicaments sont très efficaces chez certaines personnes et pas du tout utiles chez d'autres. Elle ajoute toutefois que cette nouvelle vague d'études est une avancée positive. 

Des millions de personnes en France souffrent d'une addiction et ce nombre est en augmentation. Mais les options de traitement sont limitées et la mise sur le marché de nouveaux traitements est très lente. De nombreux traitements contre les addictions peuvent entraîner une prise de poids, ce qui pousse les gens à les éviter. Les médicaments GLP-1 ne créent pas de dépendance et, pour la majorité des gens, la perte de poids est un avantage supplémentaire. 

 

L'AVENIR DU TRAITEMENT DE LA DÉPENDANCE 

D'après les experts, il est encore trop tôt pour utiliser les GLP-1 comme traitement de première intention car il reste trop d'inconnues. De nombreuses personnes arrêtent de prendre le traitement après l'avoir commencé et les scientifiques n'ont pas encore pu estimer le risque de rechute. 

« Les addictions ou les envies reviennent-elles avec une soif de vengeance ? » se demande Ziyad Al-Aly. « C'est une question importante parce que cela pourrait annuler les bienfaits ou conduire à des problématiques plus complexes. »

Cependant, si un patient atteint de diabète se présente à sa clinique, Ziyad Al-Aly prévoit de prendre en compte son risque de consommation de substances addictives dans son choix de traitement. 

« Admettons qu'il me dise "Docteur, j'essaie d'arrêter de fumer depuis dix ans et je n'y arrive pas" » dit Ziyad Al-Aly. « Je sais qu'en lui prescrivant des médicaments GLP-1, je ferai d'une pierre deux coups. »

Anna Lembke en appelle à la prudence compte tenu des effets secondaires potentiels ou d'autres conséquences indésirables qui doivent être étudiés. Elle ajoute cependant que si une personne a essayé d'autres méthodes plus courantes sans succès, elle estime que cela pourrait valoir la peine d'essayer un agoniste du GLP-1 pour traiter la dépendance. Elle les utilise actuellement pour traiter divers troubles addictifs, principalement liés à l'alcool et à la nourriture.  

« C'est formidable d'avoir un nouvel outil » affirme-t-elle. « Le fait que nous n'ayons pas eu de nouvel outil depuis longtemps rend cette proposition très intéressante. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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