Les analogues du GLP-1 pourraient-ils ralentir le vieillissement biologique ?
Déjà utilisés contre le diabète et l'obésité, les analogues du GLP-1 semblent protéger le cœur, les reins et le cerveau. Une nouvelle étude chez la souris suggère qu'ils pourraient aussi agir sur certains mécanismes du vieillissement.

Après avoir constaté que le sémaglutide a une durée de vie prolongée chez les souris, les scientifiques se demandent si les médicaments à base d'analogues du GLP-1 pourraient également ralentir le vieillissement.
Après avoir constaté que le sémaglutide a une durée de vie prolongée chez les souris, les scientifiques se demandent si les médicaments à base d'analogues du GLP-1 pourraient également ralentir le vieillissement.
Les chercheurs essaient de trouver des médicaments gérothérapeutiques depuis des décennies, en vain. Ce type de médicament ne cible pas les voies d’une maladie spécifique, mais ralentit le processus de vieillissement biologique. Mais ces dernières années, les médicaments à base d'analogues du GLP-1 comme l’Ozempic et Wegovy ont conduit les chercheurs à repenser la manière dont pourrait fonctionner un médicament anti-âge.
Ces médicaments, mis au point pour réduire la glycémie, ont bien d’autres bénéfices que la gestion du diabète et la perte de poids. Des études ont fait le lien entre les médicaments à base d'analogues du GLP-1 et une amélioration des maladies cardiovasculaires et des insuffisances rénales. Et des travaux préliminaires suggèrent qu’ils pourraient également avoir un effet sur le déficit cognitif léger, l’inflammation chronique, la fonction immunitaire et certains aspects du vieillissement épigénétique.
L’allongement de la liste des effets bénéfiques potentiels a attiré l’attention des géroscientifiques. Ces derniers tentent désormais de savoir si ces médicaments traitent plusieurs pathologies liées à l’âge séparément ou s’ils agissent sur quelque chose que ces pathologies ont en commun.
Une nouvelle étude parue dans la revue Nature abonde en ce sens. Les chercheurs ont découvert que le sémaglutide, l’ingrédient actif que l’on retrouve dans l’Ozempic et le Wegovy, a ralenti plusieurs signes du vieillissement et a allongé la longévité chez des souris âgées en bonne santé. Les résultats de l’étude n’ont cependant pas démontré que les médicaments à base d'analogues du GLP-1 ralentissent le vieillissement chez les humains. Mais ils posent une question plus pressante encore : pourraient-ils faire plus que simplement traiter les maladies liées à l’âge, et vraiment ralentir le vieillissement ?
UNE DÉCOUVERTE PASSIONNANTE
Les médicaments à base d'analogues du GLP-1 ont attiré l’attention des chercheurs, car ils semblent être bénéfiques à plusieurs organes en même temps. En plus de leurs effets sur la glycémie et la perte de poids, ils auraient également des effets positifs sur la santé cardiovasculaire et rénale. Ces médicaments semblent particulièrement bénéfiques aux personnes souffrant d’inflammation importante.
« Chez les personnes séropositives, l’utilisation de médicaments contre le diabète comme le sémaglutide a démontré une réduction de certaines mesures liées à l’âge biologique », explique Raghav Sehgal, ingénieur de recherche scientifique sur le vieillissement humain à la Yale School of Medicine. « Par conséquent, ils pourraient être plus utiles lorsque la charge métabolique et inflammatoire est déjà élevée ».
Les médicaments à base d'analogues du GLP-1 ne sont pas les seuls médicaments contre le diabète à être efficaces contre plusieurs pathologies liées à l’âge. Les inhibiteurs du SGLT-2, un autre type de médicament développé pour réduire la glycémie, améliorent la fonction cardiaque et protègent de l’insuffisance cardiaque en activant une enzyme clé qui améliore l’efficacité et la fonction contractile du cœur. Ils peuvent également ralentir la progression de la maladie rénale chronique chez les patients souffrant de pathologies connexes comme le diabète, l’obésité ou l’insuffisance cardiaque. Leur utilisation chez les patients atteints de cette maladie et qui ne sont souffrent ni de diabète ni d’obésité est cependant moins concluante.
Les travaux sur les animaux vont plus loin encore. Dans l’étude parue dans la revue Nature mentionnée précédemment, les chercheurs ont administré du sémaglutide à des souris femelles âgées de 20 mois. Après trois mois, les souris ont obtenu de meilleurs scores lors des tests de mémoire, de fonction motrice, de force musculaire et de contrôle de la glycémie. Des améliorations de plusieurs marqueurs du vieillissement, comme l’inflammation chronique, la sénescence cellulaire, la fonction mitochondriale et le déclin des cellules souches, ont également été observées. Dans un groupe distinct qui a continué à recevoir du sémaglutide, la longévité médiane est passée de 742 jours à 834 jours, soit un allongement de 12 %.
Matt Kaeberlein, biogérontologue dont les travaux portent sur les mécanismes biologiques responsables du vieillissement, se dit impressionné par ces résultats. Pourtant, ils ne prouvent en rien que ces médicaments ralentissent le vieillissement. Ils sont simplement cohérents avec ce qui est attendu d’un médicament qui ralentit le vieillissement du fait de son effet sur plusieurs maladies liées à l’âge.
QUELS ENSEIGNEMENTS TIRER DES ÉTUDES SUR LES ANIMAUX ?
Pour l’heure, l’allongement de la longévité a uniquement été observé chez les rongeurs. Les spécialistes sont partagés quant au degré d’exactitude avec lequel les études sur les animaux peuvent se transposer au vieillissement humain. Matt Kaeberlein souligne toutefois que les souris et les rats figurent parmi les modèles de laboratoire les plus utiles pour l’étude du vieillissement tout au long de la vie. D’après lui, les scientifiques spécialistes de la longévité peuvent mettre au point « de solides éléments de preuve visant à étayer l’idée selon laquelle ces médicaments affectent la biologie du vieillissement », même sans attendre la réalisation d’une étude sur la longévité humaine.
Prouver qu’un médicament allonge vraiment la longévité chez les humains est bien plus difficile, puisqu’une étude définitive pourrait prendre des décennies. Pour l’heure, les preuves d’un ralentissement du vieillissement chez l’homme induit par ces médicaments sont « bien plus spéculatives », ajoute le biogérontologue.
Raghav Sehgal, auteur d’une étude de 2026 parue dans la revue Nature Medicine, se montre également sceptique. Au cours de ces travaux, les chercheurs se sont intéressés à l’âge biologique et aux biomarqueurs du vieillissement au travers de 51 interventions sur la longévité, notamment les changements de mode de vie, les compléments alimentaires et les médicaments, comme le sémaglutide. Bien que les médicaments, en tant que groupe, aient été associés à des réductions de l’âge biologique, le sémaglutide n’a pas eu cet effet chez les personnes âgées en bonne santé inclus dans l’analyse, rapporte Raghav Sehgal. « C’est un très bon médicament contre l’obésité et le diabète, c’est indéniable, mais perdre du poids ou améliorer le contrôle de la glycémie n’est pas la même chose que démontrer un ralentissement du vieillissement ».
QUEL IMPACT SUR LE VIEILLISSEMENT ?
Si les médicaments à base d'analogues du GLP-1 sont bénéfiques pour de nombreuses pathologies liées à l’âge, c’est sans doute parce qu’ils réduisent l’appétit, ce qui entraîne une réduction du nombre de calories consommées. « Lorsque vous vous intéressez aux études scientifiques, tout du moins celles réalisées sur les animaux de laboratoire, vous constatez que la restriction calorique est de loin la référence absolue pour ralentir le vieillissement et allonger la longévité », observe Matt Kaeberlein. Une étude de 2026 parue dans la revue Clinical Nutrition a démontré que deux années de restriction calorique ralentissaient l’augmentation des mesures relatives à l’âge biologique sur différents organes, les effets les plus importants ayant été observés sur les systèmes métabolique et cardiovasculaire.
L’une des principales questions qui se posent est de savoir si les médicaments GLP-1 peuvent avoir une influence sur le vieillissement ou si l’état de santé des patients s’améliore parce que ces derniers ont perdu du poids, indique Mia Lussier, maître de conférences en enseignement clinique à l’université de Birmingham.
La nouvelle étude menée sur des souris a tenté de distinguer ces effets en comparant le sémaglutide à une réduction de calories équivalente. Les deux groupes de souris ont consommé des quantités similaires de nourriture et ont perdu le même poids. Si les deux interventions ont contribué à la préservation de la fonction physique des rongeurs à mesure qu’ils devenaient plus âgés, le sémaglutide a donné lieu à des améliorations plus importantes de la mémoire spatiale, du comportement exploratoire et du contrôle de la glycémie.
Ces résultats laissent à penser que le médicament n’aiderait pas seulement à manger moins. Mais la partie de l’étude qui porte sur la longévité ayant comparé des souris prenant du sémaglutide à des souris qui n’en prenaient pas (et non à un groupe consommant une quantité de calories limitée), elle n’a pas pu démontrer si l’allongement de la longévité était lié ou non à la réduction de l’apport calorique.
Ceci peut s’expliquer par le fait que les médicaments sont susceptibles d’avoir un effet sur les marqueurs du vieillissement, c’est-à-dire des changements biologiques associés au déclin cellulaire et aux maladies liées à l’âge, notamment l’inflammation chronique, les altérations d’origine épigénétique et le dysfonctionnement mitochondrial. « En vieillissant, certaines choses se dérèglent, mais une fois que vous les traitez, c’est l’organisme tout entier qui va mieux », explique Nir Barzilai, directeur de l’Institut de géroscience du Albert Einstein College of Medicine. « Chez les animaux, cela se traduit par un allongement de la longévité ».
Selon lui, c’est cela qui distingue les traitements gérothérapeutiques potentiels des médicaments qui préviennent une seule maladie liée à l’âge. Prenez les statines, par exemple, ces médicaments qui font baisser le cholestérol. Ils peuvent réduire le risque de maladie cardiovasculaire sans nécessairement affecter les processus plus globaux associés au vieillissement. Un vrai traitement gérothérapeutique devrait agir sur plusieurs de ces processus et réduire le risque de développer plusieurs maladies liées à l’âge.
En revanche, les chercheurs ignorent encore comment ces marqueurs fonctionnent ensemble et lesquels, le cas échéant, sont les plus importants. Nir Barzilai, qui est également président de l’Academy of Geroscience, supervise une équipe de scientifiques qui cherche à comprendre ces marqueurs. « Ils aiment dire que leur marqueur est l’intermédiaire. Mais les marqueurs du vieillissement ne vous disent pas lequel est le principal mécanisme du vieillissement. Nous ignorons encore toute la vérité ».
DES MÉDICAMENTS QUI CIBLENT LE VIEILLISSEMENT ?
Cette incertitude façonne également la manière dont les chercheurs réfléchissent à l’utilisation potentielle de ces médicaments chez les personnes âgées. Ni les médicaments à base d'analogues du GLP-1 ni les inhibiteurs du SGLT2 ne sont homologués pour ralentir le vieillissement, et aucune donnée probante ne démontre que des personnes en bonne santé devraient les prendre à cette fin.
Si les médecins peuvent prescrire ces médicaments hors AMM, les spécialistes ne sont pas d’accord quant aux cas où ils pourraient s’avérer pertinents pour la prévention des maladies ou le vieillissement en bonne santé. Matt Kaeberlein affirme qu’il n’hésiterait pas à recommander ces médicaments hors AMM dans certaines circonstances. Mia Lussier précise quant à elle qu’elle n’envisagera pas de prescrire des analogues du GLP-1 à des patients non-diabétiques, sauf si leur IMC est supérieur à 27.
Bien que ces médicaments soient étudiés depuis des années chez les personnes atteintes de diabète ou souffrant d’obésité, nous en savons très peu sur les effets de leur prise sur des décennies, en particulier chez les personnes en bonne santé. « Nous ignorons quelles seront les conséquences pour les millions de personnes qui prennent ces médicaments pendant des décennies », explique Matt Kaeberlein. « Nous devons admettre qu’il existe encore certaines zones de flou ».
Les médicaments à base d'analogues du GLP-1 peuvent entraîner une perte de la masse maigre en plus d’une perte de poids importante, ce qui peut être particulièrement inquiétant chez les personnes âgées, souligne Mia Lussier. Les chercheurs tentent encore de déterminer la quantité de perte musculaire que cela représente et si les médicaments ont une incidence sur la densité osseuse. « Si vous tombez et que vous vous cassez une hanche, ce n’est déjà pas une bonne nouvelle », déclare-t-elle. Mais que se passe-t-il lorsque ce risque est aggravé par une perte musculaire et une perte osseuse ? Le maître de conférences hésite à prescrire ce type de médicament chez les personnes âgées, la réduction de l’appétit pouvant rendre plus difficile la consommation de protéines et d’autres nutriments en quantité suffisante.
Pour lutter contre ces risques, certains chercheurs étudient si des doses plus faibles, ou des « micro-doses » des médicaments pourraient produire moins d’effets indésirables. D’autres tentent de savoir s’ils pourraient être associés à des médicaments à base d'analogues du GLP-1 pour préserver la masse musculaire.
Pour Matt Kaeberlein, les chercheurs doivent répondre à la question suivante : est-il possible de trouver une dose ou un protocole dont les bénéfices l’emportent de manière significative sur les risques potentiels ? « Je pense que c’est possible », estime-t-il.
Hannah Singleton vit à New York. Elle est journaliste et rédactrice indépendante, et est spécialiste des sujets de santé et bien-être.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
