Lire des livres pourrait vous permettre de vivre plus longtemps

"En vous perdant dans un livre, vous entrez souvent dans un état de transe, similaire à la méditation. Cet état a des vertus protectrices."

De Daryl Austin
Publication 20 janv. 2026, 18:09 CET
La lecture pourrait avoir des effets plus puissants que vous ne le pensez. De plus en ...

La lecture pourrait avoir des effets plus puissants que vous ne le pensez. De plus en plus de preuves suggèrent qu’elle peut diminuer le stress, protéger du déclin cognitif et même prolonger votre vie.

PHOTOGRAPHIE DE Daniel Garrido, Getty Images

En janvier, beaucoup sont ceux qui prennent la résolution de lire davantage. Un nouveau livre est posé sur votre table de chevet, vous téléchargez un livre audio ou retrouvez votre vieille carte de bibliothèque. Si nous continuons de revenir à la lecture, c’est parce qu’elle rime avec calme et curiosité, et qu’elle offre une échappatoire.

De plus en plus d’études suggèrent que la lecture aurait des effets encore plus puissants qu’on ne le pensait. Les personnes qui lisent régulièrement sont moins stressées, leur mémoire est plus performante et la lecture les protègerait contre le déclin cognitif et la démence. Leur vie pourrait même être plus longue.

« En vous perdant dans un livre, vous entrez souvent dans un état de transe, similaire à la méditation. Cet état a des vertus protectrices », explique Zoe Shaw, psychothérapeute de Los Angeles, qui étudie la lecture et la longévité.

Si vous avez pris la résolution de lire plus, vous pourriez faire bien plus qu’agrémenter vos étagères. Vous investissez dans l’architecture de votre cerveau, dans votre ténacité émotionnelle et votre durée de vie.

 

L’EFFET DE LONGÉVITÉ : POURQUOI LES LECTEURS VIVENT PLUS LONGTEMPS

L’idée que la lecture vous aiderait à vivre plus longtemps a l’air d’être presque trop belle pour être vraie. Mais une étude marquante menée par des scientifiques de la faculté de santé publique de l’université Yale semble valider cette théorie.

Les chercheurs ont suivi 3 635 adultes de plus de cinquante ans durant douze ans et ont examiné le lien entre leur vie et leurs habitudes de lecture. Ils ont découvert que les personnes qui lisaient régulièrement vivaient, en moyenne, vingt-trois mois de plus que celles qui ne lisaient pas du tout. Au cours de leurs études, les scientifiques avaient pris en compte des facteurs tels que le niveau d’éducation, le niveau de revenus, la santé générale, la dépression et les capacités cognitives. En d’autres mots, la lecture elle-même était associée à une plus grande longévité, ainsi qu’à tous les avantages qui accompagnent souvent le fait d’être un lecteur.

Elizabeth A. L. Stine-Morrow, enseignante-chercheuse en psychologie de l’éducation de l’université de l’Illinois, Urbana Champaign, qui n’a pas pris part à l’étude de Yale, affirme la citer « dès qu’elle en a l’occasion ».

Le mécanisme de l’étude qui explique le mieux pourquoi la lecture prolonge la vie, et sur lequel elle souhaite attirer l’attention, concerne ses effets socio-émotionnels. Ce facteur est repris par Raymond Mar, professeur de psychologie de l’université de York, au Canada, et coauteur de nombreuses études sur les bienfaits de la lecture sur la santé.

« La connexion sociale est d’une incroyable importance pour bien vieillir », explique-t-il. « Et lire de la fiction nous fournit un substitut de liens sociaux. » Il explique que, lorsque nous lisons, « nous nous entraînons mentalement à entretenir des relations, à éprouver des émotions et à prendre du recul, même lorsque nous sommes physiquement seuls ».

La solitude est à présent considérée comme un facteur de risque sérieux de mort prématurée. Elle est même comparable au fait de fumer ou à l’obésité. Les livres aident à combattre la solitude en offrant de la compagnie sans pression et une intimité sans vulnérabilité. Et les lecteurs qui font partie d’un club de lecture profitent encore plus d’un bienfait social.

La lecture semble être un très bon moyen de réduire le stress ; une autre raison pour laquelle elle permettrait de vivre plus longtemps. « En lisant, on entre souvent dans un état mental concentré et contemplatif », explique Raymond Mar. Pour certains, cela devient même une sorte de méditation, continue-t-il, « et, comme toute autre forme de méditation, le calme qui l’accompagne pourrait aider à diminuer le stress et à vivre une vie plus longue ».

Tout ceci est logique, car le stress est l’un des plus puissants accélérateurs de vieillesse. Des études montrent qu’il aggrave les inflammations, perturbe le sommeil, affaiblit les fonctions immunitaires et met le système cardiovasculaire à rude épreuve, même à l’échelle moléculaire.

En résumé, « lire apaise le système nerveux pour le remettre en ordre, explique Zoe Shaw. Le cerveau est stimulé et permet au reste du corps de prendre du repos. »

 

LA LECTURE, UNE BARRIÈRE CONTRE LE DÉCLIN COGNITIF

Vivre plus longtemps ne fait pas tout : la plupart des personnes souhaitent que leur cerveau reste en bonne santé en vieillissant. Et c’est là que l’influence de la lecture pourrait être encore plus grande.

Par exemple, une étude menée durant quatorze ans et publiée en 2020, a montré que le déclin cognitif était plus lent chez les adultes qui stimulaient régulièrement leur cerveau avec des activités comme la lecture. Ce bienfait ne se retrouvait pas chez les adultes qui lisaient peu ou ne lisaient pas.

Une autre étude majeure, parue la même année, a révélé que lire et écrire tout au long de la vie ralentissait la perte de la mémoire, même chez les personnes dont le cerveau montrait des signes d’Alzheimer.

Dans ces études, les experts expliquent qu’il est important de remarquer que la lecture ne semble pas arrêter les processus biologiques liés à la démence, mais aide le cerveau à mieux fonctionner malgré eux.

L’une des raisons pour cela est que « les activités liées à la lecture activent plusieurs réseaux cérébraux en même temps : le langage, l’attention, la mémoire et l’imagination. Cela renforce la réserve cognitive au cours du temps », explique Zoe Shaw. La réserve cognitive est la capacité du cerveau à compenser les dommages liés à l’âge ou au changement. Elle aide le cerveau à rester souple et tenace avec l’âge.

« Nous savons tous que si l’on n’entretient pas une compétence, on est susceptibles de la perdre », ajoute Raymond Mar. « Et lire entraîne notre imaginaire en nous faisant vivre de nouvelles expériences, et en nous faisant endosser d’autres identités. La lecture nous transporte vers de nouveaux mondes fascinants qui stimulent notre curiosité et nous force à nous rappeler de nombreuses informations. »

 

LA LECTURE RENFORCE LA MÉMOIRE, L’ATTENTION ET L’INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE

La lecture peut aussi contribuer à aiguiser l’esprit de plusieurs autres façons. En 2022, Elizabeth Stine-Morrow a mené une étude, dans laquelle des adultes plus âgés étaient aléatoirement répartis en deux groupes. L’un devait lire des romans tandis que l’autre devait pratiquer des puzzles verbaux, le tout durant huit semaines. Le groupe assigné à la lecture a montré de meilleures améliorations à la fois au niveau de la mémoire de travail et à long terme.

« La mémoire de travail est la capacité de concentration nécessaire à la mémoire », explique la scientifique. « C’est ce qui vous permet de garder des informations à l’esprit tout en apprenant un nouveau concept. Et la lecture l’exige constamment. »

Des recherches en neurosciences ont montré que lire un roman augmentait les connexions cérébrales dans les régions associées au langage et à la gestion des sens. Et ces changements peuvent persister plusieurs jours après avoir terminé un livre.

De façon similaire, on associe la lecture à des améliorations de la vitesse de compréhension et du temps de concentration. « Les lecteurs apprennent à diriger leur attention pour comprendre ce qu’ils lisent », intervient Maryanna Wolf, directrice du centre pour la dyslexie, les apprenants divers et la justice sociale de l’université californienne UCLA. « Et cela demande le développement, l’amélioration de procédés linguistiques et affectifs hautement sophistiqués et plus chronophages pour le cerveau. »

D’un point de vue émotionnel, la lecture est, là encore, puissante. L’équipe de Raymond Mar l’a démontré au cours d’une étude. Les scientifiques ont relié le fait de lire de la fiction à une meilleure performance au cours d’un test de reconnaissance des émotions basé sur l’empathie.

« Notre étude s’est concentrée sur le potentiel qu’a la fiction de susciter de l’empathie », explique-t-il. « Les histoires nous font prendre la place d’autres personnes avec un bagage différent. Pour les comprendre, nous puisons dans nos propres souvenirs émotionnels. Et cette pratique renforce notre capacité à comprendre les autres dans le monde réel. »

Nick Buttrick, professeur-assistant de psychologie sociale au sein de l’université Wisconsin-Madison, explique plus en détail ces effets. « Les personnes qui lisent plus ont tendance à visualiser le monde social à travers un prisme plus complexe », explique-t-il. Ce qui les aide à « comprendre leur quotidien d’une façon plus riche et moins stéréotypée ».

 

LES LIVRES AUDIO ET L’AMOUR DU CERVEAU POUR LES MOTS

Si vous vous inquiétiez de savoir si les livres audio permettent de bénéficier des mêmes bienfaits, les neurosciences sont là pour vous rassurer. Une étude parue dans la revue scientifique The Journal of Neuroscience, a révélé que le cerveau réagissait aux histoires de la même manière, qu’on les lise ou qu’on les entende. « En écoutant un livre audio, nous construisons des représentations mentales des personnages et de l’histoire », affirme Raymond Mar. « Ainsi, bon nombre des mêmes procédés sont activés. »

Nick Buttrick abonde et remarque que « la question n’est pas de savoir si vous déplacez vos yeux le long d’une page, mais de pouvoir gérer la différence, le défi et la nouveauté ».

Les livres audio pourraient même offrir un avantage unique. « Ils permettent à ceux qui les écoutent d’associer ces histoires à des mouvements, par exemple la marche ou le sport », déclare Zoe Shaw. « Et cette combinaison peut apporter d’autres bienfaits pour la santé, tout en amplifiant la rétention d'informations. »

Pour conclure, peu importe le support, « la lecture est une activité qui implique le cerveau tout entier », affirme Elizabeth Stine-Morrow. « Elle stimule en même temps la mémoire, l’attention, la compréhension, l’émotion et l’imagination. »

 

COMMENT LIRE PLUS ?

Pour bénéficier des bienfaits de la lecture, vous devez faire en sorte qu’elle devienne une habitude. Mais vous n’avez pas besoin d’accomplir des changements drastiques. Dix à trente minutes par jour sont suffisantes pour apporter des bienfaits sur le temps long. Alors, « le meilleur conseil à suivre, c’est tout simplement de commencer », déclare Nick Buttrick.

Raymond Mar le rejoint et conseille de dédier une partie de votre journée à la lecture. « Notez-le dans votre agenda, comme tout autre événement qui est important pour vous. »

Il est également important de s’assurer que cette habitude reste amusante pour vous. « Choisissez des livres qui vous intéressent vraiment plutôt que de lire ce que vous pensez devoir lire », suggère Zoe Shaw.

Parce qu’en fin de compte, la lecture est bien plus qu’un passe-temps. Peu importe quand vous commencez à lire, « il n’est jamais trop tard, affirme Raymond Mar, pour découvrir, ou redécouvrir les joies et les bienfaits de la lecture sur le long terme ».

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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