La recherche sur le cancer du sein aide à combattre le cancer de la prostate

Il y a des décennies, les médecins ont développé un test pour identifier quelles patientes atteintes de cancer ont besoin d’une hormonothérapie. Aujourd’hui, cette même technique est appliquée au cancer de la prostate.

De Connie Chang
Publication 27 janv. 2026, 09:06 CET
Une étude récente a validé le premier test génétique pour le cancer de la prostate. Ce ...

Une étude récente a validé le premier test génétique pour le cancer de la prostate. Ce test indique aux médecins quels patients ont besoin d’un traitement hormonal, et lesquels peuvent s’en passer sans risque.

PHOTOGRAPHIE DE 3DMedisphere, SCIENCE PHOTO LIBRARY

Pendant plusieurs décennies, les oncologues ont traité les patients atteints du cancer de la prostate à l’aveugle. Ils savaient qu’accompagner une radiothérapie d’une hormonothérapie pouvait tuer les cellules cancéreuses plus efficacement que le seul traitement par radiation. Mais, malgré cela, cette approche thérapeutique n’a pas permis à tous les patients de vivre plus longtemps, ni même d’améliorer leurs chances de rémission. De plus, ils ont subi des effets secondaires, similaires aux symptômes de la ménopause, liés à cette thérapie hormonale.

« Tous les cancers sont uniques, alors comment déterminer le traitement qui convient le mieux à chaque patient ? » interroge Daniel Spratt. Il est chaire du département d’oncologie radiothérapie de l’hôpital universitaire du Centre médical Cleveland.

À présent, pour la première fois, un test génomique pour le cancer de la prostate pourrait aider à répondre à cette question. Ce test peut prédire, chez les hommes ayant subi une ablation de la prostate en raison d’une récidive cancéreuse, qui pourrait tirer profit d’une hormonothérapie, et qui n’en aurait pas besoin. Pour développer ce test, Daniel Spratt et son équipe se sont inspirés des méthodes utilisées dans le traitement du cancer du sein.

 

COMMENT LES MÉDECINS TRAITAIENT-ILS HABITUELLEMENT LA RÉCIDIVE DU CANCER DE LA PROSTATE ?

Lorsque le cancer de la prostate revient après une intervention chirurgicale, les praticiens doivent choisir un traitement : une radiothérapie seule ou combinée à une thérapie hormonale. Jusqu’à présent, ils se fiaient à des facteurs cliniques, tels que le temps écoulé depuis l’opération, l’aspect de la tumeur sous un microscope et le taux de PSA, une protéine présente dans le sang, pour détecter un cancer de la prostate.

Mais cette approche peut être subjective. « Certains [médecins] la préconisent pour tous leurs patients, et d’autres ne l’appliquent qu’à très peu d’hommes », explique Daniel Spratt.

Par conséquent, les soins sont inconstants. De nombreux patients doivent endurer les effets secondaires désagréables de l’hormonothérapie (ostéoporose, prise de poids, dysfonctionnement sexuel et sautes d’humeur). Certains subissent ces symptômes alors même que le traitement est inefficace. La suppression hormonale sur le long terme augmente également les risques de maladies cardiovasculaires, de problèmes cognitifs et de maladies métaboliques. Ces problèmes se retrouvaient aussi chez les patientes atteintes de cancer du sein jusqu’à ce que les chercheurs découvrent comment catégoriser leurs tumeurs.

 

COMMENT LES SCIENTIFIQUES ONT TROUVÉ LA SOLUTION EN COMBATTANT LE CANCER DU SEIN

À l’instar du cancer de la prostate, le cancer du sein peut être provoqué par les hormones, en particulier par l’œstrogène et la progestérone. Ces hormones s’accrochent aux cellules cancéreuses, activant les gènes qui poussent le cancer à grandir et à se répandre plus vite. L’hormonothérapie bloque cette action, ce qui a pour effet de freiner la croissance du cancer.

Mais certains types de cancer du sein et de la prostate peuvent croître d’autres manières. L’hormonothérapie devient donc inefficace. Chez les patients qui présentent ces cancers, la thérapie ne fera qu’apporter des effets secondaires, sans aucun bienfait.

Les oncologues spécialistes du cancer du sein ont réglé la question de l’éligibilité à une thérapie hormonale il y a plusieurs décennies grâce à un test simple. Conçu par des pathologistes, le test se sert des anticorps qui s’accrochent aux récepteurs d’œstrogène ou de progestérone. Ces anticorps les marquent et les récepteurs deviennent ainsi visibles au microscope. « Nous recommandons à chaque patient qui présente une tumeur positive aux récepteurs d’hormones de suivre une hormonothérapie », déclare Jo Chien, oncologue et chercheuse spécialisée dans le cancer du sein de l’université californienne de San Francisco.

Résoudre le problème posé par le cancer de la prostate s’est avéré plus complexe. Jusqu’à 99 % des cancers de la prostate sont positifs aux récepteurs hormonaux, et pourtant, beaucoup ne dépendent pas des hormones pour croître. Ainsi, tester quelles cellules cancéreuses présentent des récepteurs hormonaux ne peut pas permettre de dire quels patients bénéficieraient le plus d’une hormonothérapie.

Au lieu de cela, les scientifiques ont décidé d’observer l’activité des récepteurs hormonaux des tumeurs pour les aider à déterminer la bonne efficacité d’une hormonothérapie. Ils cherchaient ainsi à voir à quel point les hormones stimulaient la croissance du cancer. Mais pour parvenir à le détecter, ils avaient besoin d’améliorer la technologie de dépistage, comme les tests génomiques qui ont rapidement commencé à affiner le diagnostic du cancer du sein. « Pour le cancer de la prostate, il nous a fallu beaucoup plus de temps pour arriver au même stade » que celui qu’avaient atteint les chercheurs contre le cancer du sein, explique Daniel Spratt.

COMPRENDRE : Le cancer

Depuis que les scientifiques testent les tumeurs à la recherche de récepteurs hormonaux, la catégorisation des cancers du sein a connu une évolution drastique. Les tests génomiques peuvent analyser quels gènes sont actifs au sein d’une tumeur, permettant de déterminer l’agressivité du cancer. Les tumeurs avec des activités génétiques similaires ont tendance à agir de la même façon. Ainsi, en examinant cette signature, les médecins sont en mesure de prédire le comportement du cancer d’un patient.

L’un de ces tests, développé en 2002, peut prédire la propagation d’une tumeur cancéreuse au sein sur une période de cinq ans. Les mesures traditionnelles, basées sur la taille de la tumeur et sur d’autres facteurs cliniques, étaient précises dans 60 % des cas. Ce test génomique a correctement classifié 83 % des tumeurs.

Et le traitement du cancer du sein est devenu de plus en plus personnalisé au cours des dix dernières années. « Nous dressons un profil complet des tumeurs, car les moyens de traitement changent avec chaque sous-type de sous-type du cancer du sein », explique Jo Chien.

PAM50, par exemple, est un autre test génomique qui analyse cinquante gènes afin de classifier les cancers du sein en cinq sous-types. Connaître le sous-type d’une tumeur permet aux médecins de prévoir le pronostic d’un patient et de modifier son traitement en conséquence. On prend ainsi en compte l’agressivité d’une tumeur et la probabilité qu’elle se répande.

 

QUELS TESTS SONT ADAPTÉS AU CANCER DE LA PROSTATE ?

Les médecins-chercheurs ayant remarqué les similitudes entre les cancers du sein et de la prostate ont réutilisé PAM50 pour différencier les tumeurs de la prostate. « Bien qu’ils ne s’y retrouvent pas tous, un certain nombre de gènes s’expriment de façon similaire dans le cancer de la prostate », explique Daniel Spratt. Ses collaborateurs et lui ont depuis affiné et optimisé le test afin qu’il corresponde parfaitement au cancer de la prostate.

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    PHOTOGRAPHIE DE Steve Gschmeissner, SCIENCE PHOTO LIBRARY

    « Nous tentons de déterminer la bonne quantité de traitement pour le bon patient », continue Robert Dess, oncologue spécialisé en radiation de l’université du Michigan et co-investigateur de l’étude sur PAM50. « Nous ne souhaitons pas leur fournir un traitement trop ou pas assez important. »

    Grâce à PAM50, les chercheurs ont identifié deux groupes distincts parmi les patients dont le cancer avait récidivé après l’ablation de leur prostate. L’un présentait des tumeurs à croissance rapide dont les récepteurs hormonaux étaient très actifs et addicts à la testostérone. « Ils sont plus dépendants à la testostérone, alors, en prescrivant une hormonothérapie qui la diminue, ces cellules en pâtissent plus que d’autres sous-types du cancer de la prostate », déclare Daniel Spratt. En revanche, les récepteurs hormonaux de l’autre groupe étaient beaucoup moins actifs, et leurs tumeurs réagissaient bien moins à la suppression hormonale.

    Au cours d’un essai clinique randomisé, des patients ont suivi soit une radiothérapie seule, soit une radiothérapie couplée à une hormonothérapie. Un point important : cet essai était réalisé en double aveugle. « Je ne connaissais pas les scores PAM50 de mes patients, ni le traitement qu’ils suivaient », se souvient Robert Dess.

    Lorsque les chercheurs ont, plus tard, analysé les résultats suivant les sous-types de tumeurs, ils ont identifié un motif précis. Les patients dont les tumeurs étaient dépendantes à la testostérone et qui avaient suivi une hormonothérapie en plus d’une radiothérapie se portaient beaucoup mieux. Parmi eux, 72 % étaient en rémission cinq ans après selon leurs examens sanguins, contre 54 % pour ceux qui n’avaient suivi qu’une radiothérapie. Mais pour les patients aux tumeurs moins sensibles aux hormones, l’immunothérapie n’a fait aucune différence. On comptait 70 % de rémission avec hormonothérapie et 71 % avec seulement une radiothérapie. Ajouter l’hormonothérapie n’a rien changé pour ce groupe.

    Cette année, au vu des résultats prometteurs de cet essai clinique, l’entreprise responsable de la fabrication de PAM50 prévoit de commencer à proposer ce test pour aider à guider les décisions de traitement. « Je pense que cela deviendra un test de santé standard aux États-Unis », déclare Daniel Spratt.

    D’autres experts se montrent également intrigués par les résultats. « C’est une grande avancée pour le domaine, car on associe souvent les hormonothérapies à leurs effets secondaires », commente Rahul Aggarwal, oncologue spécialisé dans le traitement des cancers génito-urinaires de l’université californienne de San Francisco, qui n’a pas pris part à la récente étude.

     

    LE REGARD TOURNÉ VERS L’AVENIR

    La prochaine étape sera de confirmer les découvertes de l’essai clinique chez d’autres populations de patients. Par exemple, est-ce que PAM50 peut aider à choisir des traitements qui conviennent à des patients dont le diagnostic est récent, avec une prostate intacte ? Ou ce test s’adresse-t-il à des patients dont le cancer s’est déjà propagé ?

    Bien que les tests génomiques soient une pièce importante du puzzle, les chercheurs évaluent également d’autres pistes, parfois plus rapides, pour analyser des tumeurs avec plus de précision. On peut penser, par exemple, à l’utilisation de l’intelligence artificielle afin d’analyser des clichés numériques de tissus cancéreux. Mais les méthodes d’évaluation traditionnelles du cancer de la prostate sont, elles aussi, toujours en vigueur. « Nous mettons tout en œuvre pour nous aider à prendre les bonnes décisions », affirme Robert Dess.

    Daniel Spratt envisage un futur où l’hormonothérapie disparaîtra totalement, remplacée par la théranostique. Il s’agit d’une forme injectable de radiation qui cherche et détruit les cellules du cancer de la prostate depuis l’intérieur du corps, tout en épargnant les tissus sains. C’est une forme plus précise de traitement que l’habituelle radiation externe, qui doit être soigneusement orientée vers la tumeur depuis l’extérieur du corps. Son équipe est actuellement en train de tester cette approche : un essai clinique est en cours et les premiers résultats sont prometteurs.

    Après des années d’options de traitement limitées, nous entrons dans une époque riche pour la recherche contre le cancer de la prostate. « L’utilisation de biomarqueurs génomiques et basés sur l’imagerie pour personnaliser les traitements est, sans aucun doute, la direction que le domaine a prise et continuera à prendre dans les années à venir », affirme Rahul Aggarwal.

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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