Asthme : pourquoi les femmes sont-elles plus durement touchées ?

Des hormones féminines peuvent influencer le risque d’asthme et la sévérité des symptômes, de la puberté à la ménopause en passant par la grossesse.

De Caitlin Carlson
Publication 7 sept. 2026, 13:53 CEST
Les inhalateurs à base de corticoïdes, l’un des traitements les plus courants contre l’asthme, ne sont ...

Les inhalateurs à base de corticoïdes, l’un des traitements les plus courants contre l’asthme, ne sont pas toujours aussi efficaces chez les femmes. Les œstrogènes pourraient aggraver l’inflammation des voies respiratoires et modifier la manière dont les cellules réagissent à ces médicaments.

Les inhalateurs à base de corticoïdes, l’un des traitements les plus courants contre l’asthme, ne sont pas toujours aussi efficaces chez les femmes. Les œstrogènes pourraient aggraver l’inflammation des voies respiratoires et modifier la manière dont les cellules réagissent à ces médicaments.

Avant la puberté, les garçons sont plus susceptibles que les filles de souffrir d’asthme et présentent également plus souvent des symptômes sévères. Mais par la suite, la tendance s’inverse.

Les spécialistes ne savent pas encore exactement ce qui explique ce basculement. Selon les données de Santé publique France, l'asthme est souvent plus sévère chez les femmes adultes : le taux de mortalité liée à l'asthme est de 1,7 pour 100 000 chez les femmes contre 0,9 pour 100 000 chez les hommes. Elles sont également plus susceptibles de connaître des crises nécessitant un passage aux urgences ou une hospitalisation. En outre, certaines formes d’asthme plus fréquentes chez les femmes répondent mal aux traitements habituels, explique Patricia Silveyra, professeure à l’École de santé publique de l’université de l’Indiana à Bloomington.

La situation se complexifie encore avec l’âge. Les symptômes peuvent s’améliorer ou, au contraire, s’aggraver au cours de certaines phases du cycle menstruel, pendant la grossesse ou lors de la ménopause, explique Dawn DeMeo, pneumologue et spécialiste des soins intensifs au sein de Mass General Brigham.

Si les différences entre les hommes et les femmes présentant de l'asthme sont observées depuis plusieurs décennies, les chercheurs commencent seulement à comprendre les mécanismes qui les sous-tendent, souligne Patricia Silveyra. « Ce n’est pas propre à l’asthme. Cela reflète une histoire plus large de la recherche biomédicale, dans laquelle les femmes ont longtemps été sous-représentées ou n’ont pas fait l’objet d’analyses distinctes », explique-t-elle.

Pendant des décennies, de nombreux essais cliniques consacrés aux traitements de l’asthme aux États-Unis ont principalement été menés sur des hommes, rappelle Ayobami T. Akenroye, professeur adjoint d’allergologie et d’immunologie à la Harvard Medical School. Mais en 2016, les National Institutes of Health (NIH) ont mis en place leur politique Sex as a Biological Variable (SABV). « Cette politique a formalisé l’idée que le sexe biologique devait être pris en compte dans la conception, l’analyse et la publication des études. Depuis, l’attention portée aux différences entre les sexes a considérablement augmenté », explique Patricia Silveyra.

La bonne nouvelle, c'est que les progrès thérapeutiques se multiplient pour les hommes comme pour les femmes, avec l’arrivée de nouveaux traitements biologiques et des recherches explorant la possibilité que les médicaments de type GLP-1 puissent un jour faire partie de l’arsenal contre l’asthme.

 

HOMMES ET FEMMES NE SONT PAS ÉGAUX FACE À L'ASTHME

L’asthme n’est pas une maladie unique. Il s’agit d’un terme générique regroupant plusieurs formes de maladies pulmonaires chroniques caractérisées par un rétrécissement des voies respiratoires. Les chercheurs ont identifié plusieurs facteurs expliquant pourquoi les symptômes diffèrent selon le sexe : génétique, environnement, mode de vie et hormones sexuelles jouent tous un rôle distinct.

Certaines variantes génétiques, certains gènes spécifiques et certains microARN sont directement associés à la fonction pulmonaire, à l’inflammation des poumons et à l’asthme, selon une étude co-dirigée par Patricia Silveyra. « Cela ne signifie pas que les femmes possèdent des gènes de l’asthme entièrement différents », précise la professeure. « Cela signifie plutôt qu’un même gène ou une même variante génétique peut se comporter différemment dans un organisme masculin ou féminin. »

La génétique n’explique toutefois pas tout. Il pourrait également exister des différences dans le développement pulmonaire. Chez les filles, le rapport entre le diamètre des voies respiratoires et le volume pulmonaire total est plus faible que chez les garçons. À mesure qu’ils grandissent, les poumons des garçons augmentent davantage, ce qui peut contribuer à atténuer l’asthme infantile, indique Ayobami Akenroye. Chez les femmes, les poumons demeurent relativement plus petits.

Les facteurs environnementaux entrent également en jeu. Selon Akenroye, les femmes sont davantage exposées à certains irritants comme les fumées de cuisson ou les produits ménagers. Une importante étude de cohorte a montré que 13,7 % des femmes exerçant un métier impliquant le nettoyage avaient reçu un diagnostic d’asthme, contre 12,3 % de celles effectuant uniquement le ménage à domicile et 9,6 % de celles ne réalisant pas d’activités de nettoyage régulières.

Les hormones sexuelles constituent un autre élément majeur. « Les hormones féminines comme l’estradiol tendent à favoriser l’inflammation, tandis que les androgènes, souvent qualifiés d’hormones masculines, ont plutôt un effet anti-inflammatoire », explique Patricia Silveyra. Selon une étude publiée dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology, l’estradiol et la progestérone augmentent la production, par certaines cellules immunitaires, d’une molécule inflammatoire appelée IL‑17A, associée aux formes sévères d’asthme.

« Les variations des taux d’œstrogènes et d’androgènes qui apparaissent à la puberté, mais aussi au cours de la grossesse ou de la ménopause, jouent un rôle important dans la régulation de l’inflammation des voies respiratoires », explique Dawn Newcomb, professeure associée à l’université Vanderbilt, qui a mené l'étude en question.

Les hormones sexuelles peuvent également amplifier un autre facteur de risque : l’obésité. « L’obésité modifie fortement l’expression de l’asthme, particulièrement chez les femmes », souligne Patricia Silveyra, notamment parce que le tissu adipeux influence la signalisation des œstrogènes. L’obésité augmente non seulement le risque de développer une forme d'asthme, mais complique également son évolution en modifiant la mécanique respiratoire, les réponses immunitaires et l’efficacité des traitements, selon une étude parue en 2025 dans The Journal of International Medical Research.

 

LES SYMPTÔMES VARIENT AU COURS DE LA VIE

Pour compliquer encore les choses, les symptômes de l’asthme chez les femmes peuvent fluctuer au fil du temps, en fonction des différentes étapes de leur vie hormonale, notamment le cycle menstruel, la ou les grossesses, et la ménopause.

Ces fluctuations hormonales « peuvent influencer l’inflammation des voies respiratoires, l’hyperréactivité bronchique ou encore l’irritabilité des voies aériennes », explique Dawn DeMeo.

Selon une étude parue dans Journal of Allergy and Clinical Immunology, jusqu’à 40 % des femmes asthmatiques déclarent que leur cycle menstruel influence leurs symptômes. Patricia Silveyra estime même que cette proportion pourrait être sous-évaluée. En général, l’aggravation se produit quelques jours avant les règles ou au tout début de celles-ci. Les scientifiques pensent que cela est lié aux variations des taux d’œstrogènes et de progestérone après l’ovulation puis à leur chute avant les menstruations.

Certains experts avancent l’hypothèse que les fluctuations hormonales sont également responsables du fait qu’environ 40 % des femmes voient leurs symptômes d’asthme s’aggraver pendant la grossesse. « C’est au cours du deuxième et du troisième trimestre que survient la majorité des exacerbations de l’asthme », explique Patricia Silveyra. « Et cela coïncide avec des taux hormonaux plus élevés, des niveaux de cortisol plus importants, un abdomen plus volumineux et une prise de poids. »

Mais d’autres facteurs peuvent également entrer en jeu. Une étude publiée en 2025 dans l’European Respiratory Journal souligne que certaines femmes interrompent leur traitement contre l’asthme lorsqu’elles tombent enceintes ; l’aggravation observée chez certaines patientes pourrait donc être liée à cette rupture de traitement.

D’autres phénomènes associés à la grossesse sont également susceptibles d’aggraver l’asthme, ajoute Dawn DeMeo, notamment les modifications du système immunitaire, le reflux gastro-œsophagien et même la congestion nasale.

Malgré cela, 30 % des femmes asthmatiques qui tombent enceintes ne constateront aucun changement de leurs symptômes, et 30 % observeront même une amélioration, indique Patricia Silveyra. 

COMPRENDRE : LES POUMONS

De manière générale, les femmes qui présentent déjà des symptômes plus sévères avant leur grossesse sont davantage susceptibles de voir leur état se dégrader pendant celle-ci. Toutefois, les raisons précises de ce phénomène restent encore mal comprises. À mesure que les femmes avancent vers la ménopause et que leurs niveaux hormonaux continuent de fluctuer, les chercheurs observent généralement une diminution de l’asthme. Cependant, l’obésité, qui tend à augmenter au moment de la ménopause, ainsi que le recours à un traitement hormonal, compliquent considérablement l’interprétation des données.

Le traitement hormonal en particulier constitue une « arme à double, voire à triple tranchant », explique Dawn DeMeo, certaines études suggérant que ces traitements contenant des œstrogènes pourraient accroître le risque d’asthme ou aggraver les symptômes.

Une étude menée par la Mayo Clinic et publiée en 2025 a même suggéré qu’il n’existait aucun lien entre la ménopause et l’asthme, et que les associations rapportées auparavant étaient en réalité influencées par l’âge, l’obésité et les traitements hormonaux. « La littérature scientifique est vraiment déroutante, même pour nous, chercheurs et cliniciens », reconnaît Dawn DeMeo.

De fait, « certaines femmes n’ont jamais souffert d’asthme et commencent à en développer plus tard dans leur vie, tandis que d’autres sont asthmatiques et voient leur asthme disparaître à l’arrivée de la ménopause », explique Patricia Silveyra.

 

POURQUOI LES FEMMES RÉPONDENT MOINS BIEN AUX TRAITEMENTS

Parce que les femmes sont davantage susceptibles de présenter des formes plus sévères d’asthme, elles ont souvent besoin de traitements plus lourds que les hommes, ajoute Dawn Newcomb. Mais c’est précisément là qu’apparaît un problème. « Nous savons que les femmes peuvent moins bien répondre aux corticoïdes inhalés », explique Dawn DeMeo. Les inhalateurs à base de corticoïdes constituent l’un des piliers du traitement de l’asthme et sont utilisés pour réduire l’inflammation à l’échelle cellulaire. Or les œstrogènes pourraient aggraver l’inflammation des voies respiratoires et modifier la manière dont les cellules réagissent à ces médicaments.

Comme alternative aux corticoïdes, sept biothérapies sont actuellement disponibles sur le marché. Ces traitements ciblent et bloquent certaines cellules ou molécules responsables de l’inflammation, mais ils visent un type d’asthme qui n’est pas particulièrement plus fréquent chez les femmes. « Je suis enthousiaste à l’idée de voir arriver les autres biothérapies actuellement en développement, car elles ciblent des patients susceptibles de moins bien répondre aux traitements déjà disponibles », explique Ayobami Akenroye.

Malheureusement, jusqu’à présent, les études consacrées aux biothérapies n’ont pas été conçues pour évaluer les différences d’efficacité entre les sexes. Les chercheurs restent néanmoins optimistes. « La prise de conscience des différences de présentation entre les sexes a considérablement progressé. Nous ne sommes peut-être plus très loin du moment où les essais cliniques seront dimensionnés pour détecter ces différences », estime Dawn DeMeo.

Une autre catégorie de médicaments suscite également un intérêt croissant : les agonistes du GLP‑1, couramment utilisés dans le traitement du diabète et de l’obésité. « Si nous avons la possibilité de traiter simultanément l’obésité, qui est une comorbidité très fréquente chez les personnes asthmatiques, cela pourrait également bénéficier aux femmes », explique Ayobami Akenroye. Même si les médicaments de type GLP‑1 ne sont pas encore approuvés par les autorités de santé dans le traitement de l’asthme, Dawn DeMeo souligne que médecins et chercheurs suivent de très près les nouvelles données scientifiques.

Pour les femmes qui n’ont jamais reçu de diagnostic d’asthme, les spécialistes recommandent de prendre au sérieux tout symptôme respiratoire. « Il ne faut pas attribuer automatiquement un essoufflement survenant pendant la ménopause à de l’anxiété », insiste Dawn DeMeo. « Il faut consulter un médecin. » En matière de prévention, les experts soulignent l’importance d’éviter le tabac et le vapotage, de limiter les expositions professionnelles à la poussière ou aux fumées, et de lutter contre l’obésité. Ayobami Akenroye rappelle également que la santé mentale joue un rôle important, le stress psychosocial pouvant constituer un facteur déclenchant de l’asthme.

Les spécialistes s’accordent aussi sur l’intérêt du suivi des symptômes. Celui-ci peut aider les patientes, mais aussi leurs médecins, à mieux comprendre leur fonctionnement biologique individuel et à adapter leur prise en charge de manière personnalisée, qu’il s’agisse d’utiliser plus fréquemment un inhalateur, de redoubler de vigilance face à certains déclencheurs pendant la phase lutéale du cycle menstruel ou encore d’envisager le recours à des contraceptifs hormonaux ou à des traitements stabilisant les niveaux hormonaux.

À mesure que les recherches tenant compte des différences entre les sexes se développent, les experts espèrent que nous saurons bientôt pourquoi les femmes sont plus fréquemment touchées par l’asthme, et comment mieux traiter leurs symptômes.

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Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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