Tissu adipeux beige : cette graisse méconnue serait bénéfique pour le cœur

Une nouvelle étude menée sur des souris suggère que le tissu adipeux « beige » entourant les vaisseaux sanguins enverrait des signaux apaisants aux artères.

De Bethany Brookshire
Publication 19 janv. 2026, 13:46 CET
Une vue colorée prise au microscope électronique à balayage montre des amas de cellules de stockage ...

Une vue colorée prise au microscope électronique à balayage montre des amas de cellules de stockage des graisses, ou adipocytes. Les graisses blanches stockent principalement de l’énergie, les brunes la brûlent pour générer de la chaleur, tandis que les graisses beiges, qui se trouvent au sein des graisses blanches, peuvent alterner entre ces deux rôles. Les chercheurs découvrent à présent la manière dont ces différences influenceraient la pression sanguine et la santé cardiaque.

PHOTOGRAPHIE DE Steve Gschmeissner, SCIENCE PHOTO LIBRARY

On associe un surplus de graisse dans le corps à une pléthore d’effets négatifs, comme une pression sanguine trop élevée provoquant de l’hypertension, une condition qui touche près d’un adulte sur trois en France. On a tendance à croire qu’avoir moins de tissus graisseux rime toujours avec bonne nouvelle. Mais les effets de la graisse ne sont pas tout noirs ou tout blancs : ils sont blancs, bruns et beiges.

Au cours d’une nouvelle étude menée sur des souris, des chercheurs ont découvert que les graisses beiges, nichées autour de certains vaisseaux sanguins, semblaient envoyer des signaux apaisants aux artères. Cela aiderait à maintenir une pression sanguine plus basse.

Ces découvertes, publiées en janvier 2026 dans la revue scientifique Science, ont également montré que les humains présentant certaines mutations génétiques dans l’expression de ces tissus adipeux beiges étaient plus susceptibles de souffrir d’hypertension. Cela suggère que ce tissu spécialisé et les signaux chimiques qu’il envoie pourraient un jour permettre l’élaboration de nouveaux traitements.

 

TOUTES LES GRAISSES NE SE VALENT PAS

D’un point de vue biologique, le tissu adipeux n’est pas qu’une seule entité. Les scientifiques le considèrent plutôt comme un organe endocrinien, composé de plusieurs types de cellules distinctes qui envoient des signaux hormonaux dans le corps.

« Le public a tendance à considérer le tissu adipeux comme n’étant que néfaste », affirme Patrick Seale, biologiste de l’université de Pennsylvanie à Philadelphie. Il n’a pas pris part à la présente étude. « C’est en réalité tout l’inverse. » Le tissu adipeux stocke de l’énergie et la brûle. Il peut également augmenter ou diminuer la quantité d’énergie consommée par le corps, ou son métabolisme. « Ce n’est pas tant avoir du tissu adipeux qui est un problème », explique le biologiste. « C’est qu’il ne fonctionne pas correctement. »

Le tissu adipeux, ou masse grasse, peut être divisé en trois grands types de cellules. Le tissu adipeux blanc stocke l’excès d’énergie et le relâche au besoin. Il s’agit de la graisse qui forme des couches sous la peau et autour des organes internes. « La plupart du temps, la quantité de tissu adipeux blanc se compte en kilogrammes », déclare Paul Cohen, cardiologue et scientifique de l’université Rockefeller de New York. On associe un excès de tissu adipeux blanc à une tension artérielle élevée.

En revanche, « un adulte humain pourrait avoir à peu près 100 grammes de tissu adipeux brun », continue-t-il. Il se trouve la plupart du temps au niveau du cou et des clavicules. Les personnes chez qui on retrouve une plus grande quantité de tissu adipeux brun présentent un moindre risque de développer de l’hypertension, même si leur corps est plus imposant.

Pour finir, il existe un troisième type de tissu adipeux. Chez les souris, on l’appelle tissu adipeux beige. Ces cellules graisseuses peuvent stocker de l’énergie de la même manière que les tissus blancs quand les bonnes conditions sont réunies. Mais elles sont aussi capables de la brûler, à l’instar des brunes, quand les conditions changent. Chez les humains, ce type de tissu est appelé tissu adipeux brun inductible. Ces cellules sont mêlées aux graisses blanches et se retrouvent dans les amas enveloppant certaines des plus grandes artères du corps.

 

DE L’HUMAIN À LA SOURIS

Le projet a commencé par une observation clinique. Paul Cohen avait remarqué que ses patients présentant un plus haut taux de tissu adipeux brun étaient moins susceptibles de souffrir d’hypertension. Pour comprendre ce phénomène, il s’est associé avec la chercheuse Mascha Koenen, une de ses collègues de l’université Rockefeller. Chez les souris, l’identité des cellules adipocytes beiges est contrôlée par la protéine PRDM16. Les scientifiques se sont servis d’un modèle murin dans lequel ils pouvaient désactiver cette protéine. Ils ont ainsi éliminé le tissu adipeux beige et converti la graisse qui entourait les artères des animaux en tissu blanc.

Sans leurs graisses beiges, explique Mascha Koenen, la pression sanguine des animaux augmentait. Ils produisaient également plus d’angiotensinogène, un précurseur de l’hormone angiotensine II, qui engendre un fort effet compresseur sur les vaisseaux sanguins. En conséquence, la pression sanguine augmentait. « Et nous avons découvert que ces mêmes artères étaient hypersensibles à l’angiotensine II », ajoute Mascha Koenen.

L’équipe de recherche s’est également intéressée à une enzyme régulée par le tissu adipeux beige, la QSOX1. Chez les humains, les mutations génétiques de QSOX1 sont liées à des différences de pression sanguine. Chez les souris, les individus ayant des déficiences en tissu adipeux beige présentaient des taux élevés de QSOX1 et développaient de l’hypertension. Mais lorsque les scientifiques ont développé des souris sans cellules adipocytes beiges ou QSOX1, leur pression sanguine restait normale, suggérant que l’enzyme jouait un rôle clé dans les effets qu’entraînait le tissu adipeux beige sur les artères.

 

DE LA SOURIS À L’HUMAIN

Afin d’observer si les mêmes effets biologiques se produisaient chez les humains, Paul Cohen, Mascha Koenen et leurs collègues se sont tournés vers des banques d’ADN humain. Les scientifiques ont examiné les gènes de plus de 200 000 personnes, conservés dans la BioBank du Royaume-Uni et le programme des découvertes de santé de Mont Sinaï. Cet examen a révélé que les individus présentant des variants génétiques du gène PRDM16 étaient plus susceptibles de développer une forte pression sanguine. Et, au cours de revues de plus de 1 700 échocardiogrammes, ils ont découvert que le ventricule gauche de ceux qui ne présentaient pas de tissu adipeux brun était plus grand, signe d’une pression sanguine élevée sur le long terme.

Les scientifiques savaient que les tissus adipeux étaient proches des vaisseaux sanguins, affirme Patrick Seale, et que les graisses beiges et brunes protégeaient de l’hypertension. Mais la façon dont la graisse affectait directement les vaisseaux sanguins demeurait un mystère. « C’est l'une des premières vraies démonstrations du rôle important que jouent ces tissus, et de leur véritable importance clinique », dit-il. « Je trouve cette découverte exaltante. »

L’étude offre une nouvelle voie qui peut augmenter ou diminuer la pression sanguine. Cela fournit de nouvelles cibles pour aider à la contrôler, déclare Kazutaka Ueda, biologiste moléculaire cardiovasculaire de l’université internationale de médecine et de santé au Japon. Il n’a pas pris part à l’étude, mais a remarqué que les effets changeaient selon le sexe. Les effets les plus remarquables du tissu adipeux beige sur la pression sanguine se manifestaient chez les souris mâles, tandis que les femelles étaient protégées.

Bien que ces découvertes puissent finir par aider les scientifiques à développer des médicaments à l’avenir, elles montrent que la graisse peut avoir des bienfaits sur d’autres organes. « Ce que je trouve de vraiment enthousiasmant, c’est cette communication entre les différents systèmes organiques », déclare Mascha Koenen. « Le tissu adipeux parle au système vasculaire. » Dans le cas du tissu beige, ces messages pourraient entraîner un effet apaisant.

COMPRENDRE : LE CŒUR

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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