VIH : pourquoi la PrEP injectable suscite autant d'espoirs

La prévention injectable est présentée comme la solution qui manquait, à condition qu’elle sorte des grandes villes. 

De Solveig Blakowski
Publication 28 août 2026, 14:18 CEST
Une nouvelle forme injectable de prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour le VIH offre un outil de prévention ...

Une nouvelle forme injectable de prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour le VIH offre un outil de prévention puissant. Selon les études, il suffirait d'administrer le traitement deux fois par an pour bloquer la quasi-totalité des transmissions du virus.

Une nouvelle forme injectable de prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour le VIH offre un outil de prévention puissant. Selon les études, il suffirait d'administrer le traitement deux fois par an pour bloquer la quasi-totalité des transmissions du virus.

L'ONUSIDA a recensé 1,3 million de nouvelles contaminations en 2025 et 630 000 décès liés au sida dans le monde. En juin, 149 États membres des Nations Unies ont adopté une déclaration fixant de nouveaux objectifs, incluant quarante millions de personnes sous traitement, vingt millions ayant accès à une prévention médicamenteuse, mais aussi une forte réduction de la stigmatisation, des violences et des législations punitives. Cela permettrait d’éviter 3,2 millions de nouvelles infections et 1,3 million de décès liés au sida d’ici à 2030.

En France, environ 5 100 personnes ont découvert leur séropositivité au VIH en 2024, selon Santé publique France. Le chiffre s'est stabilisé après la remontée observée entre 2020 et 2023, mais il ne baisse plus. Plus de la moitié de ces découvertes (56 %) concernaient des personnes nées à l'étranger. Environ 9 700 personnes ignoraient encore leur séropositivité à la fin de l'année. 

 

UN VIRUS CONTRÔLÉ, UNE ÉPIDÉMIE QUI PERSISTE

Le VIH s'attaque au système immunitaire. Il infecte les lymphocytes T CD4, les cellules chargées de coordonner la défense de l'organisme, et les détruit à mesure qu'il se multiplie. Sans traitement, cette érosion aboutit au sida, stade où le corps ne se défend plus contre des infections qu'il repousserait normalement

Les traitements antirétroviraux, des médicaments qui empêchent le VIH de se répliquer sans l'éliminer de l'organisme, ont transformé l’infection en une maladie chronique gérable. La quantité de virus circulant dans le sang, ce qu'on appelle la charge virale, chute alors jusqu'à devenir indétectable par les tests de laboratoire. 

Le principe « indétectable = intransmissible » est établi : quand la charge virale devient indétectable sous traitement, le virus ne se transmet plus par voie sexuelle. Une personne diagnostiquée et traitée aujourd'hui a une espérance de vie proche de celle de la population générale.

L'arsenal thérapeutique s'est simplifié, et beaucoup de personnes vivant avec le VIH prennent un comprimé unique par jour. Depuis 2021, une bithérapie injectable à libération prolongée, associant cabotégravir et rilpivirine, permet d'espacer les prises à une injection tous les deux mois, pour les patients dont la charge virale est contrôlée depuis au moins six mois. 

La PrEP (prophylaxie pré-exposition) est un outil de prévention du VIH efficace à 99 %.

La PrEP (prophylaxie pré-exposition) est un outil de prévention du VIH efficace à 99 %.

PHOTOGRAPHIE DE Yakubov Alim, Getty

La PrEP (prophylaxie pré-exposition) est un outil de prévention du VIH efficace à 99 %.

PHOTOGRAPHIE DE Yakubov Alim, Getty

Encore faut-il être diagnostiqué. En 2024, 43 % des infections ont été découvertes à un stade tardif, dont 27 % à un stade avancé. Là encore, les écarts sont massifs : 48 % des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes nés en France sont diagnostiqués précocement, contre 14 % des personnes hétérosexuelles nées à l'étranger.

 

LA PrEP ET SES OBSTACLES

La prophylaxie pré-exposition, ou PrEP, sert à éviter la contamination au VIH, et consiste ainsi à prendre un antirétroviral avant l'exposition au virus, pour une personne séronégative. En France, elle repose depuis 2016 sur le Truvada et ses génériques, en prise quotidienne continue ou « à la demande », autour des rapports. Elle est remboursée à 100 %.

Au premier semestre 2025, 67 505 personnes avaient reçu au moins une délivrance de PrEP, soit à peine deux mille de plus que six mois auparavant. Un tiers des personnes ayant initié une PrEP en 2024 n'ont reçu aucun renouvellement dans les six mois suivants. EPI-PHARE, le groupement de l'Agence du médicament et de l'Assurance maladie qui suit ces données, relève que les utilisateurs demeurent majoritairement des hommes vivant dans les grandes métropoles, avec un bon accès aux soins.

Bruno Spire, directeur de recherche à l'Inserm et ancien président de AIDES, travaille sur les déterminants sociaux du recours à la prévention. 

« Au sein de la cohorte PREVENIR qui a inclus essentiellement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, ce sont les plus jeunes et ceux qui sont nés hors des pays de l'Union européenne qui ont le plus de risque de se désengager de la PrEP avant la première année de suivi », explique-t-il. Avant d’ajouter, « la PrEP injectable pourrait améliorer la rétention dans la PrEP pour ces populations mais à ce stade, ce n'est qu'une hypothèse qui reste à prouver. »

« De nombreux travaux internationaux ont montré que les tabous liés à la sexualité et le poids des normes culturelles entraînent une peur d'être vu avec des comprimés », indique le chercheur. « La confusion entre la PrEP qui est un traitement préventif et le traitement antirétroviral classique pourrait aussi faire faussement croire à l'entourage que la personne prenant ces comprimés est séropositive. »

L'enjeu porte aussi sur celles et ceux qui n'entrent jamais dans le dispositif. En 2024, les rapports hétérosexuels représentaient 53 % des contaminations diagnostiquées en France, et les femmes cisgenres 30 % des découvertes de séropositivité. Leur part parmi les utilisateurs de PrEP reste marginale. 

« On espère que les PrEP injectables pourraient intéresser toutes les populations les plus exposées qui ne rejoignent pas aujourd'hui pour diverses raisons l'offre de PrEP orale, les jeunes HSH, les HSH nés en dehors de l'UE mais aussi les personnes originaires d'Afrique subsaharienne en particulier les femmes qui se rendent très peu dans les centres délivrant la PrEP », avance Bruno Spire. 

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Avec sa grand-mère à ses côtés et du haut de ses sept ans, Zamokuhle Mdingwe se rend à une cérémonie pour la journée mondiale contre le sida avec un t-shirt dénonçant les préjugés liés au VIH. Zamokuhle a perdu sa mère à cause du Sida, mais son état de santé s'est amélioré depuis qu'il a commencé son traitement antirétroviral l'an dernier. "J'ai parlé de mon traitement à mes amis et ils sont heureux de me voir reprendre des forces." dit-il. "Ils savent que j'ai le sida et tout le monde se montre gentil envers moi. Je suis comme n'importe qui d'autre."

PHOTOGRAPHIE DE Gideon Mendel

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PHOTOGRAPHIE DE Gideon Mendel

« Pour cela, des projets ont été mis en œuvre notamment par la docteure Victoria Manda de l'hôpital Saint-Louis à Paris, en lien avec des centres de santé sexuelle, pour identifier les meilleures pratiques à mettre en place, et accompagner les femmes mais aussi les professionnels de santé dans le développement de l'accès à la PrEP chez les femmes » affirme-t-il. 

 

DEUX INJECTIONS PAR AN

L'offre française s'est élargie en mars 2026. Le cabotégravir injectable, commercialisé sous le nom d'Apretude par ViiV Healthcare, est remboursé depuis le 2 mars, après deux ans de négociation tarifaire. Il s'administre par voie intramusculaire tous les deux mois. 

Derrière lui vient le lénacapavir, développé par Gilead. La molécule s'attaque à la capside, l'enveloppe de protéines qui protège le matériel génétique du virus et lui permet de gagner le noyau de la cellule qu'il infecte. Elle s'injecte sous la peau deux fois par an. Deux essais internationaux, PURPOSE 1 mené auprès de jeunes femmes en Afrique subsaharienne et PURPOSE 2 auprès d'hommes et de personnes trans sur quatre continents, ont montré une efficacité proche de 100 %. La Commission européenne lui a accordé une autorisation de mise sur le marché en août 2025 sous le nom de Yeytuo.

Toutefois, ces produits coûtent cher. Apretude est facturé 1 312 euros l'injection selon la base VIDAL, les remises négociées avec l'Assurance maladie n'étant pas rendues publiques. Aux États-Unis, où il est commercialisé depuis juin 2025, le lénacapavir est affiché à plus de 28 000 dollars par an. 

Le rythme espacé des injections ne dispense pas d'un suivi continu. « Il est très important de vérifier qu'on renouvelle un traitement préventif à la personne qui revient faire son suivi », précise Bruno Spire. « Avec un traitement injectable, le risque de ne pas avoir pris son traitement entre deux suivis disparaît mais il existe de rares cas où le traitement préventif échoue.

De plus, la PrEP ne protège pas des autres infections sexuellement transmissibles : il est donc nécessaire de les rechercher pour les traiter. Il faut plutôt voir le suivi PrEP comme une opportunité de checker sa santé sexuelle. »

D'autres formes sont attendues. Une PrEP orale mensuelle, en un seul comprimé, est à l'étude.

« Ce qui changera la donne, c'est de diversifier les outils PrEP de façon à ce que chacun trouve le traitement préventif qui lui convient le mieux », estime le chercheur. « Il faudra cependant être vigilant à ce que le déploiement de ces différentes formes galéniques puisse être optimum afin de toucher les publics les plus exposés par le VIH encore aujourd'hui éloignés des dispositifs de PrEP accessibles depuis 2017. »

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