L'hiver va-t-il aggraver la crise du coronavirus dans l'hémisphère Sud ?

Alors que la saisonnalité du coronavirus reste une question en suspens, l'arrivée de l'hiver est une préoccupation majeure pour le Brésil qui connaît déjà le plus lourd bilan de l'hémisphère Sud.

Publication 20 avr. 2020 à 16:08 CEST, Mise à jour 5 nov. 2020 à 06:29 CET
Enterrement d'une victime du coronavirus au cimetière de Vila Formosa à São Paulo, au Brésil, le ...

Enterrement d'une victime du coronavirus au cimetière de Vila Formosa à São Paulo, au Brésil, le 7 avril 2020.

Photographie de Victor Moriyama, The New York Times via Redux

À São Paulo, au Brésil, les campagnes de vaccination contre la grippe sont menées cette année avec un sentiment d'urgence accrue. Alors que les différents États qui composent le Brésil s'apprêtent à vivre leurs mois les plus froids, la population se prépare à affronter la saison de grippe hivernale et automnale en vaccinant le plus grand nombre d'individus possible contre la grippe, les professionnels de la santé espèrent être en mesure d'identifier plus rapidement la maladie à coronavirus (COVID-19) chez les patients présentant des symptômes communs aux deux infections.

Cette distinction pourrait bien s'avérer cruciale. Sur l'ensemble des pays de l'hémisphère Sud, c'est au Brésil que l'on recense le plus grand nombre de cas de COVID-19 et de décès causés par cette maladie. Au sein du pays, c'est la ville de São Paulo qui compte le plus grand nombre de cas en date du 16 avril. À présent, alors que les températures commencent à diminuer dans la région, des questions se posent quant à la saisonnalité du coronavirus et la possibilité d'une aggravation de la situation avec l'arrivée de l'hiver.

La saisonnalité d'un germe est difficile à déterminer, en partie parce qu'il n'existe aucun signal génétique codant pour cette caractéristique. De plus, cette souche de coronavirus, baptisée SARS-CoV-2 par le Comité international de taxonomie des virus (ICTV), est si récente que les données actuelles à son sujet sont insuffisantes pour tirer des conclusions.

« C'est probablement un virus saisonnier, tout comme les autres virus respiratoires, mais à un stade aussi précoce il est difficile de savoir comment il se comportera, » déclare Ana Paula Sayuri Sato, épidémiologiste au sein de la School of Public Health de l'université de São Paulo.

Pour le moment, les scientifiques peuvent glaner des renseignements en analysant des maladies à la saisonnalité établie, notamment au sein de la famille des coronavirus, à l'origine du rhume banal en hiver.

 

D’OÙ VIENT LA SAISONNALITÉ ?

Même si, en définitive, rien ne permet d'expliquer pourquoi certains virus présentent une saisonnalité et d'autres non, différents facteurs réunis à la saison hivernale favorisent la propagation des menaces virales.

De nombreux virus des voies respiratoires, comme le rhume banal et la grippe, sont plus stables à basse température. Cela leur permet de rester plus longtemps en suspension dans l'air et sur les surfaces. (À lire : La douceur du printemps viendra-t-elle à bout du Coronavirus ?)

De plus, nous sommes plus vulnérables à ces virus lorsque les températures chutent. Le climat sec et froid caractéristique de l'hiver influe sur les parois des voies respiratoires : les voies supérieures se rétractent et les muqueuses tapissant les voies inférieures s'assèchent, ce qui permet à de nombreux virus respiratoires d'accrocher plus facilement ces parois pour ensuite pénétrer dans l'organisme.

Les températures hivernales nous incitent également à passer plus de temps en intérieur, ce qui entraîne une chute des niveaux de vitamine D et accentue la vulnérabilité aux maladies. La vitamine D renforce le fonctionnement des macrophages et des lymphocytes T, des cellules du système immunitaire qui luttent contre la tentative d'intrusion des agents pathogènes dans l'organisme.

La vitamine D aide également à réduire l'inflammation qui, « lorsqu'elle est excessive, est responsable de nombreuses maladies virales et contribue à la mortalité du COVID, » déclare Kathryn Hanley, biologiste à l'université du Nouveau-Mexique qui étudie les virus dépendants du climat comme le Zika ou la dengue. De plus, une carence en vitamine D peut nuire au débit respiratoire et accroître les risques de maladies respiratoires comme l'asthme, la tuberculose et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

 

L'IMPORTANCE DE LA SAISONNALITÉ

Même si les cas de COVID-19 connaissent une augmentation considérable à mesure que l'hiver gagne l'hémisphère Sud, cela ne suffira pas à prouver sa saisonnalité.

Étant donné l'ancienneté de certains virus saisonniers, il y a eu suffisamment de personnes infectées et immunisées pour permettre aux scientifiques d'étudier précisément le comportement de ces virus au fil du temps. En revanche, à l'heure actuelle, tout le monde est susceptible d'être infecté par le coronavirus. La maladie fait rage au sein de ces populations dites naïves au cours de la phase appelée pandémie, pendant laquelle il est presque impossible d'identifier une éventuelle saisonnalité dans les modèles de transmission.

« Il nous faudra trois ou quatre ans pour comprendre comment ce virus se comporte, » déclare Marilda Siqueira, virologue et directrice du Respiratory Viruses and Measles Laboratory de l'institut Oswaldo-Cruz de Rio de Janeiro.

Établir la saisonnalité du virus est important, car celle-ci pourrait jouer un rôle dans l'immunité que nous développons contre le virus et dans le fonctionnement d'un potentiel vaccin.

Notre corps ne produit pas des anticorps au long terme pour la grippe ou le rhume banal comme il le ferait pour la rougeole. Si le coronavirus se révèle similaire à la grippe en ce qui concerne la réaction de notre organisme, l'immunité que nous développerons après avoir été infectés pourrait s'affaiblir au cours de l'année. Cela signifie qu'une personne infectée une année pourrait de nouveau contracter la maladie l'année suivante. Dans ce cas, si les chercheurs parviennent à développer un vaccin contre le coronavirus, il sera nécessaire d'effectuer un rappel chaque année.

S'il existe une certitude à propos de ce nouveau coronavirus, c'est qu'il est bien plus dangereux que les autres virus de sa famille. En 2003, le SRAS premier du nom avait disparu plutôt rapidement et aucun cas n'a été enregistré depuis 2004. Cependant, comme en témoigne Siqueira, la transmissibilité du SRAS était loin d'égaler celle suggérée jusqu'à présent par le SRAS-CoV-2.

D'après l'Organisation mondiale de la santé, chaque patient COVID-19 positif est susceptible de transmettre la maladie à deux autres individus. À en croire le rapport publié le 7 avril par les mathématiciens spécialisés dans la modélisation des maladies du laboratoire national de Los Alamos aux États-Unis, ce nombre serait en fait trois fois plus important. (À lire : Pour lever les mesures de confinement, ces tests sérologiques seront indispensables.)

Cette rapide propagation permet d'expliquer pourquoi le taux de mortalité du nouveau coronavirus a explosé par rapport à ses prédécesseurs et pourquoi le SARS-CoV-2 est en passe de devenir le virus respiratoire saisonnier le plus létal connu à ce jour, indique Hanley. Pour le moment, les pays de l'hémisphère Sud n'ont qu'une seule option : se préparer à affronter une situation qu'ils sont sûrs de voir s'aggraver.

« Nous devons nous préparer, » déclare Sayuri Sato de l'université de São Paulo, « car le pic de l'épidémie reste à venir. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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