Cancer : les sept constats les plus intéressants de 2022

La recherche a pris une tournure fascinante l’année dernière, en témoignent une potentielle accélération de l'élaboration des vaccins ou le fait que d’anciens malades traités par immunothérapie ont pu célébrer plus de dix ans de rémission.

De Amanda Heidt
Publication 10 janv. 2023, 16:27 CET
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Photographie colorisée prise au microscope électronique à balayage (MEB) de cellules T (en bleu) et d'une cellule cancéreuse de lymphome (en rose). Le traitement par cellules CAR-T consiste à prélever des cellules T dans le sang du patient et à les reprogrammer pour qu'elles reconnaissent une protéine spécifique sur les cellules de lymphome. Les cellules T sont réintroduites dans le système sanguin du patient où elles décèlent et attaquent les cellules du lymphome.

PHOTOGRAPHIE DE Micrograph by STEVE GSCHMEISSNER, SCIENCE PHOTO LIBRARY

Ayant couvert divers sujets scientifiques et médicaux ces dernières années, j'ai été le témoin d’avancées importantes et encourageantes dans la lutte contre le cancer. Certains de mes articles favoris de l’année passée concernent de nouveaux domaines de recherches passionnants, allant du rôle que peuvent jouer les champignons dans la biologie des tumeurs, au domaine en plein essor de diagnostic de cancer pour nos animaux de compagnie.

1. ALLONS-NOUS VERS UNE APPLICATION DE LA TECHNOLOGIE DES VACCINS CONTRE LA COVID-19 AU CANCER ?

Insitut national du cancer des États-Unis

S’il faut généralement dix à quinze ans pour mettre au point un vaccin, les célèbres vaccins contre le coronavirus ont commencé à être inoculés dans les bras du monde entier en moins d'un an. Ceci est en partie dû au fait que des scientifiques travaillent depuis des décennies à l'élaboration de vaccins similaires pour traiter le cancer. Beaucoup de ces injections reposent sur des brins d'ARN messager, ou ARNm, qui préparent les cellules immunitaires à reconnaître et à détruire les envahisseurs, qu'il s'agisse de virus ou de cellules tumorales. Cependant, les cellules cancéreuses n'étant pas toutes identiques, les vaccins sont utilisés à titre thérapeutique plutôt qu'à titre préventif, raison pour laquelle ils rencontrent davantage d'obstacles. Grâce aux progrès réalisés dans la technologie des ARNm et aux connaissances issues de la recherche sur les coronavirus, les scientifiques espèrent surmonter ces difficultés. « Il aura malheureusement fallu une pandémie pour que les vaccins à ARNm soient majoritairement reconnus par la communauté scientifique », explique la scientifique biomédicale Karine Breckpot, qui étudie les vaccins à ARNm à la Vrije Universiteit Brussel en Belgique. « L'utilisation mondiale des vaccins à ARN messager contre la COVID-19 a démontré qu’il n’y avait pas à craindre cette approche, ce qui devrait ouvrir des portes pour les vaccins contre le cancer. »

(À lire : Les vaccins à ARN messager, nouvelles armes efficaces contre le cancer ?)

2. D'ANCIENS MALADES CÉLÈBRENT PLUS DE DIX ANS DE RÉMISSION GRÂCE AU TRAITEMENT PAR CELLULES CAR-T

Science News

Si la première immunothérapie par cellules CAR-T n'a été approuvée par l’Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) qu'en 2017 cela n’a pas empêché cette technologie de devenir l'un des traitements les plus prometteurs pour une variété de cancers. Les traitement à base de récepteurs antigéniques chimériques (de l’anglais Chimeric Antigen Receptor — CAR) consistent à retirer les cellules immunitaires d'une personne, à les modifier génétiquement de sorte qu'elles puissent mieux reconnaître et combattre le cancer, et à les réinjecter dans l'organisme. En 2010, deux patients atteints d'un cancer du sang ont reçu une forme de traitement par cellules CAR-T ; aujourd'hui, plus de dix ans plus tard, ces patients sont toujours en rémission. Lors de l'annonce des résultats en février, le cancérologue David Porter de l'Université de Pennsylvanie, a déclaré que la thérapie avait fonctionné « au-delà de [leurs] attentes les plus folles ». Les traitements par cellules CAR-T ne fonctionnent pas pour tout le monde mais elles se sont révélées très efficaces dans le cas de certains cancers et adaptables à d'autres pathologies. En septembre dernier, des chercheurs ont rapporté que cinq patients atteints du lupus (une maladie auto-immune) avaient subi des traitements par cellules CAR-T qui ont semblé réinitialiser leur système immunitaire et faire disparaître leurs symptômes. L'immunologiste Linrong Lu, du Shanghai Immune Therapy Institute, a qualifié ces résultats de « révolutionnaires » lors d'une interview pour Science News.

3. LES RECHERCHES SUR LE DÉPLACEMENT CELLULAIRE DONNENT DE NOUVELLES PISTES POUR TRAITER LE CANCER 

Quanta Magazine

Si vous pouviez visualiser les billions de cellules qui composent le corps humain, vous auriez l’impression de regarder le bruit blanc de nos anciens téléviseurs : un clignotement perpétuel de cellules qui vont et viennent. « Vous observez votre corps chaque jour, sans constater beaucoup de changements », a expliqué Peter Devreotes, biologiste cellulaire à l’hôpital universitaire John Hopkins à Quanta Magazine. « Pourtant les cellules qui le composent migrent constamment. » Les chercheurs ont pendant longtemps pensés que les cellules se déplaçaient le long de simples gradients chimiques ou moléculaires, comme si elles suivaient l'odeur de biscuit qui se dégage d'une boulangerie. Ils ont récemment identifié des « gradients auto-générés » que les cellules peuvent utiliser pour se déplacer, même au travers de labyrinthes miniatures conçus pour imiter le célèbre labyrinthe de haies de Hampton Court, en Angleterre. Elles y parviennent en métabolisant les composés chimiques qui les entourent pour créer un nouveau gradient ou, dans certains cas, en ramollissant les cellules autour d’elles, ce qui entraîne un gradient de rigidité. Les scientifiques estiment désormais que ce mouvement serait responsable de nombreux processus tels que la progression du cancer, la migration des cellules immunitaires ou encore le développement embryonnaire ; il pourrait servir à élaborer des traitements visant à attirer les cellules cancéreuses dans des zones où elles sont plus vulnérables. « On se rend compte de l'omniprésence de ce mouvement », déclare Jonna Alanko, post-doctorante à l'Institut autrichien des sciences et technologies. « Je suis sûre qu'il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg ».

4. LA DIVERSIFICATION DES PROFILS DES PARTICIPANTES AUX ESSAIS CLINIQUES PERMETTRAIT D'ADAPTER LA FRÉQUENCE DES MAMMOGRAPHIES 

STAT News

Environ 90 % des personnes qui participent à des essais cliniques sont blanches et seulement 40 % environ sont des femmes. Cependant, les scientifiques se rendent de plus en plus compte de l'influence de facteurs tels que l'origine ethnique, le sexe, le genre, sur le risque individuel de développer des maladies et sur la réponse au traitement. Laura Esserman, chirurgienne spécialisée dans le cancer du sein à l’Université de Californie, à San Francisco, a lancé un essai clinique appelé WISDOM qui vise à remettre en question la recommandation habituelle selon laquelle les femmes américaines de 40 ans et plus doivent passer une mammographie une fois par an ; recommandation basée selon elle sur des données dépassées qui peuvent mener les femmes à passer des tests médicaux inutiles. Au lieu de ça, l’essai calculera un « score de risque » qui comprendra l’âge de la patiente, ses antécédents reproductifs, ses antécédents familiaux, sa densité mammaire et son paysage génétique pour déterminer la fréquence des mammographies. Pour recruter une cohorte diversifiée, Esserman a dû adopter de nouvelles façons de penser et de s'engager auprès des patientes, notamment en sollicitant l'avis des femmes noires à propos de la conception de son étude. « Le but de l'essai WISDOM est de découvrir s’il existe un autre moyen de déterminer le risque [de cancer] pour vous en tant qu'individu », a expliqué Esserman a STAT News. « C'est ça le progrès [...]. Pourtant, si l’on ne fait pas de l’équité une condition des essais, l’on pourrait ne pas aider les femmes voire aggraver leur situation. »

En France, la Direction générale de la santé (DGS) a mis en place en 1994 un programme national de dépistage pour toutes les femmes âgées de 50 à 74 ans. La mammographie de dépistage se renouvelle tous les deux ans.

5. LE CANCER A UN LIEN AVEC LES BACTÉRIES ET LES CHAMPIGNONS DE NOS MICROBIOTES 

The New York Times

En 2020, de nombreux groupes de recherches ont indépendamment remarqué que les microbes pullulaient dans les tumeurs, quand l'on pensait ces dernières stériles. Les scientifiques ont principalement observé les composants bactériens de ce microbiote tumoral mais se sont cette année intéressés à sa fraction fongique. Ils ont ainsi détecté des champignons dans des tumeurs de trente-cinq cancers différents et identifié des champignons associés aux tumeurs dans sept endroits du corps ; des résultats qui ont surpris certains des spécialistes du domaine. Les chercheurs ont depuis remarqué que l’assemblage total dans les tumeurs (qui inclut des virus, des bactériophages et des protozoaires mais aussi des bactéries et des champignons) est propre à chaque type cancer. Les scientifiques pourraient être en mesure d’utiliser ce microbiote pour détecter et traiter les cancers plus tôt, pour aider au diagnostic des cas délicats, et pour élaborer des traitements qui manipulent le microbiote pour tuer le cancer, ou du moins le rendre plus vulnérable aux traitements existants.

6. LA GÉNOMIQUE SERT DÉSORMAIS À DÉTECTER LES CANCERS CANINS

The Scientist

Un foyer américain sur cinq a adopté un nouvel animal de compagnie pendant la pandémie de COVID-19 et des études ont démontré que les propriétaires sont de plus en plus enclins à dépenser davantage dans les besoins médicaux de leurs animaux. « Les propriétaires sont plus réceptifs aux soins de spécialités et aux diagnostics avancés », a expliqué la vétérinaire cancérologue Ani Flory à The Scientist. « Ils traitent leurs animaux comme des membres de leur famille et s’attendent à ce qu’ils puissent bénéficier de la même qualité de soins. » De nombreuses entreprises ont élaboré des outils de diagnostics utilisant des données génomiques pour détecter plus de quarante types de cancers chez le chien et mettre au point des traitements personnalisés. Contrairement aux tests destinés aux humains, les tests pour animaux ne nécessitent pas d’approbation réglementaire. Un chien sur quatre sera diagnostiqué avec un cancer ; tous ne sont pas mortels mais la pose d’un diagnostic peut inciter les propriétaires à dépenser des sommes importantes, souvent de leur poche, pour finalement découvrir qu’il n’y a que très peu de traitements disponibles. Afin de mettre au point de meilleurs outils et thérapies, les entreprises constituent des bases de données pour mieux caractériser la variation génétique des populations canines.

7. LE CANCER D'UN IMMUNOLOGUE S'EST AGGRAVÉ APRÈS QU'IL A REÇU SES DOSES DE VACCIN CONTRE LA COVID-19  

The Atlantic

Michael Goldman a retroussé sa manche pour recevoir son rappel de COVID-19 en septembre 2021, peu après qu’on lui a découvert un lymphome. Immunologue lui-même, il savait que la chimiothérapie le rendrait bientôt immunodéprimé et voulait faire son possible pour se protéger. Malheureusement, trois semaines après l’injection, son cancer s'était considérablement étendu. Goldman et son frère, spécialiste en médecine nucléaire, soupçonnaient le rappel d’avoir exacerbé la maladie. Goldman s’est penché sur la littérature scientifique pendant sa convalescence et a fini par comprendre ce qu'il pensait lui être arrivé, hypothèse qu'il avait déjà formulée dans une étude publiée fin 2021 : la dose de rappel semblait avoir accompli sa mission consistant à surcharger ses cellules T auxiliaires pour qu'elles affrontent le virus mais, dans son cas, la surcharge aurait été trop importante pour ses cellules T, ce qui aurait propagé son cancer de manière incontrôlée. Goldman a déclaré à The Atlantic qu'il « reste inflexible sur le fait que les vaccins contre la COVID-19 sont nécessaires et utiles pour la grande majorité des gens » mais préconise désormais que les scientifiques recueillent des données plus rigoureuses sur les effets secondaires, y compris les plus rares d'entre eux.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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