Drogues, alcool, médicaments : les mécanismes de la dépendance

Les addictions psychoactives ou comportementales sont liées à la molécule du plaisir. Comment s’en défaire ? Quelles étapes pour l’après-addiction ?

De Margot Hinry
Publication 30 nov. 2021, 15:36 CET
La dépendance modifie le cerveau de manière insidieuse, mais les personnes dépendantes à l'alcool et aux ...

La dépendance modifie le cerveau de manière insidieuse, mais les personnes dépendantes à l'alcool et aux drogues peuvent tout de même s'en sortir grâce à des traitements et du soutien.

PHOTOGRAPHIE DE National Geographic Magazine

« L’addiction est considérée comme un problème de santé mentale, et heureusement ! Il y a quelques années, des personnes étaient punies puisque c’était vu comme un délit d’être accro » explique Wahiba Zemmouri psychologue clinicienne, spécialiste des addictions du centre ADAJE.

La dopamine est un neurotransmetteur qui permet la communication au sein du système nerveux. Elle influe directement sur le comportement et est la clef de compréhension des phénomènes d'addiction. Produite en excès, elle provoque le dérèglement du cerveau d’un individu. Pourquoi lorsque l’on mange un carré de chocolat ou une friandise sucrée, l’envie d’en manger aussitôt un autre se fait ressentir ? La consommation de sucre active le circuit de récompense car il induit la libération de dopamine.

Cette « molécule du plaisir » est impliquée dans le contrôle moteur, celui de l’attention, de la motivation, du sommeil, de la mémoire, de la cognition, mais aussi et surtout, du plaisir.

Le cerveau fonctionne avec un système de récompenses, rythmées par la dopamine. Trois éléments entrent en compte. L’apprentissage, le plaisir puis le désir. Lorsque la consommation d’un aliment ou d’une substance provoque une sensation de bien-être, d’apaisement ou de sensation positive, le cerveau libère de la dopamine. C’est un dysfonctionnement de la distinction de ces étapes entre apprentissage, plaisir et désir qui provoque la plupart des addictions.

La consommation de substances telles que des drogues ou de l’alcool induisent des dommages agissant directement sur les neurones, mais aussi sur la substance blanche, située sous le cortex cérébral, qui transporte l’information jusqu'aux neurones.

 

Être dans une situation d'addiction, c’est ressentir le manque d'une sensation de bien-être procurée par une substance. Ce manque est régulé par plusieurs aires cérébrales du cerveau comme nous l’expliquions dans cet article. Sous le cortex, les neurones du striatum dorsal notamment, permettent à l’esprit d’identifier ce qui est agréable lors de la prise. Le glutamate, produit par le cortex pré-frontal, interagit avec la dopamine pour déclencher des visualisations qui annoncent le manque. Enfin, ce sont les amygdales cérébrales, connues pour contrôler les émotions, qui stimulent le souvenir du manque et celui du plaisir. L’ensemble forme un cercle vicieux interne dont il est difficile de sortir.

 

LA TOXICITÉ DE L’ADDICTION

« Le problème n’est pas tant le produit, mais la relation que l’individu entretient avec le produit, quel qu’il soit » explique Pascal Coulon, coordinateur des admissions du centre ADAJE.

La drogue modifie la structure même du cerveau et dérègle l’hippocampe, primordial pour la mémoire à court terme et la formation de souvenirs. Elle a aussi des effets délétères sur la région corticale, liée à la fonction exécutive. Certains addicts se retrouvent parfois incapables de vivre en autonomie. Le phénomène d’addiction mène également à l’impossibilité de contrôler ses réactions et donc le fait ou non de continuer à acheter et consommer de la drogue, de l’alcool ou de perpétuer le comportement dont l’individu est dépendant.

« Il y a forcément un impact sur le plan psychologique, social, personnel, sur toute la vie de l’individu. […] Dans notre centre, les personnes qui viennent ont subi une conséquence directe de leur addiction, juridique ou physique. Tant qu’il ne se passe rien, aucun impact réel, elles n’ont aucune raison d’arrêter ce qui leur fait du bien » témoigne la psychologue clinicienne, spécialiste des addictions du centre ADAJE.

L’addiction de Fernando Irizarry a débuté par des analgésiques qui lui ont été prescrits après un accident. Il m’a invité à venir observer sa vie sur Kensington Avenue et j’ai passé deux jours à ses côtés. Ne parvenant pas à trouver une veine viable sur son bras couvert d’hématomes en raison des injections répétées, il a demandé à une connaissance de lui injecter une suspension de médicaments dans le cou. Dans la rue, les toxicomanes s’entraident en s’administrant des narcotiques, mais aussi en sauvant des vies grâce au Narcan, un spray nasal qui inverse les effets d’une overdose.

PHOTOGRAPHIE DE David Guttenfelder

Les individus dépendants n’ont « aucun profil type », selon les professionnels. « Ce que l’on découvre depuis des années, c’est que cela correspond à un problème psychologique, mais encore plus, à un problème existentiel. Les gens ont besoin de combler un vide, un manque, une angoisse de la séparation, de la solitude. Si ce n’est pas l’alcool ou une drogue, c’est parfois une relation affective, le sexe ou encore des compulsions alimentaires » explicite Pascal Coulon. L’addiction est un mécanisme qui permet de mettre de côté les affects. Le circuit de la récompense envoie l’illusion au cerveau que les problèmes sont plus ou moins résolus, inatteignables. L’individu devient accro à ce que cela provoque sur le corps et l’esprit. « On parle d’ailleurs de solution drogue ou encore de solution addictogène. C’est ça qui est recherché. […] On ne ressent plus rien, on pense se sentir plus léger » affirme Wahiba Zemmouri.

Lorsque toute l’existence de la personne en situation de dépendance tourne autour de l’objet de l’addiction, tout ce qu’il y a autour est mis entre parenthèses. Alors, même lorsque la drogue se met à détruire le corps de l’individu, que le plaisir se transforme en souffrance, « cette croyance, cette obsession et cet accrochage au produit domine. L'individu continue de croire que la solution est là » explique la psychologue. D’ailleurs, elle précise que le sevrage physique est plus évident que le sevrage psychologique, plus long et compliqué. « Parfois, des individus réussissent à se sevrer physiquement mais ils reviennent finalement au centre à cause de l’accrochage psychologique ».

 

QUELLE VIE APRÈS L'ADDICTION ?

Différentes solutions s’offrent aux personnes dépendantes. Des « salles de shoot » ont notamment été développées dans plusieurs villes de France afin d’encadrer et de limiter les conséquences sanitaires des drogues dures. Il existe des lignes téléphoniques d’aide et de soutien, ouvertes pour soutenir, comprendre, échanger et apporter de l’aide aux personnes dépendantes et à leur entourage.

Des centres de soins, d’accueil et d’accompagnements sont également mis en place pour prévenir, accompagner et soigner. Pour réussir à sortir de la sphère d'addiction, des cures de désintoxication sont envisageables partout en France, via des centres hospitaliers qui accueillent les addicts pour les aider à se soigner progressivement. Mais également à ne pas rechuter ou tomber en dépression. Dans les services hospitaliers d’addictologie, les patients sont classés par niveaux correspondent à la gravité de l’addiction, à la complexité du sevrage et aux soins requis.

 

Des centres d’accueil ou résidentiels sont tenus par des associations ou organismes pour accompagner les individus sur le plus long terme. Par exemple, le centre ADAJE, basé à Paris, est une structure associative thérapeutique qui a pour objectif de prévenir les risques de rechute en traitant les états dépressifs via différentes activités et un suivi psychologique personnalisé. Intégrer ce centre, c’est adhérer à environ un an de vie collective en travaillant sur soi, sur des modalités relationnelles et sur le rapport aux autres. Le but est de prévenir de futures situations stressantes dans lesquelles les individus seraient susceptibles de replonger dans des « mécanismes cognitivaux-comportementaux » explique Pascal Coulon.

« En général, les gens addicts ne le sont pas par hasard. Il y a très souvent un fond dépressif qui vient d’un traumatisme initial. […] L’un des grands axes est d’aider les gens à regagner de l’estime de soi, découvrir des dimensions d’eux-mêmes et de leurs environnements qu’ils ne soupçonnaient pas, de trouver des centres d’intérêts, de retrouver du désir ».

Enfin, l’objectif est également de les aider à trouver un projet pour se réinsérer dans la société et notamment dans la vie professionnelle.

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