Sciences

Les ailes des papillons ont inspiré de nouveaux implants oculaires

Pour soigner les glaucomes, une maladie pouvant entraîner la cécité, des chercheurs ont mis au point un dispositif d’un nouveau genre, inspiré des propriétés antiréfléchissantes des ailes de papillon. Explications.

De Camille Radiguet
Greta oto, un papillon vivant dans les forêts humides d’Amérique centrale a inspiré la création d'un implant oculaire destiné aux personnes atteintes par un glaucome.

Et si la structure transparente des ailes de papillon pouvait aider à lutter contre le glaucome ? C’est l’hypothèse développée par le chercheur Vinayak Narasimhan et son équipe dans Nature Nanotechnology en avril 2018.

Le glaucome est une maladie oculaire abîmant le nerf optique. Soumis à une trop forte pression intraoculaire (PIO), il entraîne une altération du champ visuel, voire la cécité. En 2010, 60,5 millions de personnes dans le monde souffraient d’un glaucome, et le chiffre pourrait atteindre 79,6 millions d’ici à 2020. Actuellement, les résultats donnés par le tonomètre à air pulsé, appareil mesurant la PIO, restent limités pour diagnostiquer le glaucome. La pression ne peut se mesurer que par l’extérieur de l’œil, par contact avec la cornée. Ainsi l’appareil ne prend pas en compte les variations individuelles de l’élasticité de la cornée et délivre parfois des mesures erronées.

Il existe des implants oculaires permettant de mesurer la pression à l’intérieur de l’œil, mais leur structure opaque nécessite de positionner le lecteur de pression dans un angle précis de 90° par un médecin. C’est là que le papillon intervient. Vinayak Narasimhan, chercheur à l’Institut de technologie de Californie (Caltech), et son équipe ont travaillé sur les ailes de Greta oto, papillon vivant dans les forêts humides d’Amérique centrale. Ils ont pu reproduire la structure transparente antiréfléchissante de ses ailes afin d’améliorer l’implant oculaire. Les propriétés d’anti-encrassement biologique naturelles du papillon ont été renforcées en jouant sur son caractère hydrophile. Cette barrière aqueuse empêche les bactéries, protéines et autres cellules eucaryotes de s’y déposer. Puis, ils ont intégré cette structure dans un microcapteur de pression intraoculaire implantable. Ainsi, en redirigeant la lumière sans reflet sous n’importe quel angle, cet implant permettrait au patient de mesurer, seul et facilement, sa pression intraoculaire à domicile.

Pour l’instant, le dispositif a été testé sur un lapin blanc de Nouvelle-Zélande. L’implant, qui n’est pas un traitement mais un outil de surveillance, est essentiel pour contrôler le glaucome. Une vérification quotidienne pourrait avoir des répercussions positive dans la prise en charge de cette maladie.

Dans le numéro d’août du magazine National Geographic, immersion en Indonésie au cœur du trafic d’un des plus beaux papillons du monde.

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