La pollution sonore serait néfaste pour l'ensemble de notre corps

Du cœur au cerveau, une exposition chronique au bruit peut avoir des effets nocifs sur notre santé globale.

De Jason Bittel
Publication 8 nov. 2023, 17:18 CET
noise-pollution

Les bruits forts ou répétitifs peuvent endommager les membranes et les nerfs qui nous permettent d’entendre et provoquer des problèmes en cascade dans l’ensemble du corps. Ce scanner de l’oreille moyenne montre la membrane tympanique (bleu clair), le malleus (violet), l’enclume (vert) et l’étrier et la fenêtre de la cochlée (bleu roi).

PHOTOGRAPHIE DE BSIP, UIG, Getty Images

Du chant du merle au roulement du train qui passe, les sons sont le produit de vibrations qui se propagent dans l’air, dans le sol ou dans l’eau sous la forme d’ondes invisibles.

Quand ces ondes sonores pénètrent dans nos oreilles, elles font vibrer de minuscules membranes, os et cellules ciliées, et cela déclenche des signaux électriques que notre cerveau interprète sous la forme de sons.

Mais quand ces sons sont extrêmement forts ou fréquents, ils peuvent s’avérer nocifs pour le corps humain.

« On peut s’exposer au son au point de détruire son ouïe », prévient Erica Walker, épidémiologiste à l’Université Brown.

Ces sons bruyants ou répétitifs ne se contentent pas d’endommager les membranes, les cellules ciliées ou les nerfs qui nous permettent d’entendre, ils peuvent également perturber notre sommeil et entraîner des problèmes en cascade dans l’ensemble du corps.

« La perturbation de l’humeur conduit à l’activation d’une réponse combat-fuite de la part de votre corps, explique Erica Walker. C’est la même réaction qui a lieu quand vous êtes dans une allée mal éclairée, que vous apercevez un pitbull féroce et que votre corps dit : "Sois je m’enfuis de cette situation, soit je l’affronte." »

 

LE POUVOIR DU BRUIT

Alors, quel est le seuil de décibels à ne pas dépasser ?

Selon l'Institut National de Recherche et Sécurité (INRS), organisme de référence dans les domaines de la santé au travail et de la prévention des risques professionnels, le seuil de tolérance du bruit pour une exposition d'une durée de huit heures de travail par jour est fixé à 85 décibels (dBA), c’est-à-dire au bruit d’une tondeuse à gazon, d’un aspirateur ou d’outils à moteur. En d’autres termes, les sons de cette plage sonore peuvent vous forcer à crier pour être entendu par une personne se trouvant à 1 mètre à peine.

Plus le volume augmente, plus la durée pendant laquelle vous y êtes exposé devrait être faible. Par exemple, pour les sons qui avoisinent les 100 dB (comme ceux produits par un chantier), il est recommandé de ne pas dépasser une exposition de quinze minutes sans protections auditives.

C’est une chose de sortir d’un concert avec les oreilles qui sifflent ou d’être surpris par un bruit soudain et fort, mais comment cela affecte-t-il votre santé ? « Quand cette réaction au stress est activée, votre respiration s’accélère ; votre rythme cardiaque augmente. Votre corps libère tout un tas d’hormones », décrit Erica Walker, qui dirige également le Community Noise Lab de l’Université Brown.

Selon Erica Walker, si cela se produit une ou deux fois, ce n’est pas forcément grave, mais au fil du temps, une stimulation constante de la réaction de stress de votre corps, c’est-à-dire une exposition chronique au bruit, peut vous rendre plus vulnérable à des problèmes de santé graves.

« La littérature scientifique concerne en grande partie le domaine cardiovasculaire, indique-t-elle. L’hypertension, l’infarctus du myocarde, la mortalité liée au maladies cardiovasculaires. » 

D’après une estimation, l’exposition chronique au bruit engendrerait 48 000 nouveaux cas de cardiopathie en Europe chaque année et affecterait la quantité et la qualité de sommeil de 6,5 millions de personnes. Le bruit peut faire augmenter votre tension artérielle et votre rythme cardiaque même quand vous dormez, ce qui peut en plus être associé à un poids de naissance plus faible chez les nourrissons ou à l’apparition d’un diabète de type 2.

Mais il peut également y avoir un aspect psychologique, en particulier si on a l’impression que la maîtrise des bruits auxquels on est exposé nous échappe. Selon Erica Walker, cela peut faire des dégâts sur la santé mentale : anxiété, dépression, etc.

 

L’IMPORTANCE DU SOMMEIL

On pourrait penser que le besoin de sommeil du corps s’explique de lui-même ; passez-vous-en ne serait qu’une journée et voyez l’état miteux dans lequel vous êtes... Mais l’importance du sommeil est probablement encore plus cruciale que vous ne le pensez.

« Il est communément admis que le sommeil favorise l’apprentissage et la consolidation de la mémoire, la croissance des cellules et des tissus et leur réparation », explique par e-mail Chandra Jackson, chercheuse-en-chef aux Instituts américains de la santé (NIH).

Le sommeil est aussi le moment où notre corps se débarrasse des toxines du cerveau et renforce le système immunitaire, ajoute-t-elle. De même, quand le sommeil est perturbé, cela peut engendrer une multitude d’effets physiologiques : dysfonction vasculaire, changements dans le métabolisme du glucose et dérégulation de l’appétit.

De manière intéressante, la capacité du son à interférer avec notre sommeil est probablement ce qui a maintenu les humains en sécurité à travers leur histoire évolutive. Même quand vous dormez, vos oreilles scrutent activement l’obscurité en cas de menace potentielle.

« Les bruits nocturnes peuvent fragmenter la structure du sommeil en induisant des réveils, en créant des difficultés à l’endormissement et en modifiant le sommeil de sorte qu’il soit plus léger et moins réparateur », explique Chandra Jackson.

Comprendre : le cœur

De manière similaire, d’après elle, un sommeil perturbé de manière chronique est associé à une multitude de problèmes de santé tels que l’obésité, le diabète, l’hypertension, des maladies cardiovasculaires et une fonction cognitive diminuée.

Bien entendu, en matière de sommeil, nul besoin que les bruits soient particulièrement forts pour entraîner des problèmes. Selon Chandra Jackson, dès 30 à 40 dB, des sons peuvent faire gigoter, se retourner ou se réveiller une personne. Cependant, les sons de cette plage, qui peuvent être aussi bas qu’un léger murmure, ne sont selon elle associés qu’à des effets modestes sur la santé.

En revanche, quand le volume atteint 40 à 50 dB, voire plus, les effets nocifs sur la santé sont criants.

 

L’ÉLÉMENT HUMAIN

La chose intéressante en matière de pollution sonore, c’est qu’elle peut être extrêmement subjective.

« J’ai vu beaucoup de choses différentes influencer ce qu’une personne considère être un son et ce qu’elle considère être un bruit », remarque Erica Walker, qui travaille auprès de communautés afin d’évaluer sources de bruit et de leur trouver une solution. « C’est fonction du vécu, de la culture et d’un tas de choses différentes. Je pense que parce que nous sommes tous uniques, nous avons chacun notre manière de digérer les choses. » 

« La paix d’une personne est le chaos d’une autre », fait-elle observer.

Les scientifiques sont également en train de découvrir que les zones bruyantes ne se trouvent pas toujours là où s’y attend.

« Je travaille beaucoup en contextes ruraux, et ils peuvent être tout aussi bruyants, voire plus bruyants, que les zones urbaines, et ce, pour des raisons bien différentes », affirme Erica Walker.

Par exemple, nous nous sommes habitués à recevoir des biens et des services du jour au lendemain, mais les infrastructures et le trafic nécessaires pour que cette distribution soit possible est de plus en plus synonyme de sacrifice de la paix et du calme.

« Beaucoup de ces zones rurales accueillent les entrepôts de distribution, explique Erica Walker. Et ils fonctionnent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. »

 

SE PROTÉGER DE LA POLLUTION SONORE

Comment éviter de succomber à la pollution sonore ? La première solution est évidente.

Les bouchons d’oreille peuvent réduire drastiquement l’effet du bruit en bloquant les ondes sonores avant qu’elles n’atteignent l’oreille interne. Les casques à réduction de bruit produisent un effet similaire, mais en émettant des ondes sonores qui complètent et annulent les bruits qui vous entourent. Selon Erica Walker, les appareils de ce type sont également utiles en ce qui concerne les effets psychologiques de la pollution sonore, car ils nous aident à retrouver une impression de contrôle sur notre environnement.

Cependant, elle met en garde : en écoutant de la musique à volume élevé, ces mêmes casques peuvent envoyer des ondes sonores à des niveaux suffisamment forts pour entraîner des lésions.

« J’ai vu un nombre incalculable d’enfants souffrant d’acouphènes », déplore-t-elle en se référant à la sensation auditive qui nous fait entendre un sifflement, un bourdonnement, voire même un rugissement alors qu’aucun son véritable n’est émis au sein de notre environnement. « Les acouphènes, on en a après vingt ans à l’usine ou quinze ans dans l’armée. Et ces enfants de dix ans en souffrent déjà. »

L’Organisation mondiale de la santé estime que 1,1 milliard de jeunes âgés de 12 à 35 ans risquent une perte d’audition à cause d’une exposition chronique au bruit.

Pour que le bruit n’anéantisse pas votre sommeil, des études suggèrent de mettre du bruit blanc toute la nuit afin de masquer d’autres sons. Les spécialistes suggèrent également de modifier votre chambre de sorte à vous protéger des bruits nocturnes.

« Ajoutez des surfaces molles qui contribuent à bloquer ou à étouffer le bruit, [par exemple] des décorations murales, des tuiles acoustiques, [ou une] porte plus épaisse », conseille Chandra Jackson.

Bien entendu, la meilleure façon de riposter face à la pollution sonore est de cibler la source, mais c’est aussi la plus difficile quand on est confronté à des sons émis par des chemins de fer, des aéroports, des autoroutes ou des centres agricoles et industriels.

« Le bruit de nos villes est dû à un aménagement urbain désastreux, regrette Erica Walker. Nous sommes en grande partie responsables de cela, nous devons l'accepter et réfléchir aux façons de changer cela et d’aller de l’avant. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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