Comment les athlètes se préparent-ils à la pression des grandes compétitions ?

D'après une étude récente, le sang-froid ne serait pas un trait de personnalité mais une aptitude psychologique que le système nerveux peut entraîner.

De Lindsay Kalter
Publication 23 févr. 2026, 22:17 CET
Les Allemands Minerva Fabienne Hase et Nikita Volodin disputent le programme court de l'épreuve de couple de ...

Les Allemands Minerva Fabienne Hase et Nikita Volodin disputent le programme court de l'épreuve de couple de patinage artistique pendant les Jeux olympiques d'hiver 2026 de Milan-Cortina à la Milano Ice Skating Arena à Milan le 15 février 2026. À ce niveau, la performance dépend de la précision et de la puissance mais également de la capacité du système nerveux à réguler le stress. 

PHOTOGRAPHIE DE Antonin THUILLIER, AFP via Getty Images

La plupart des courses olympiques se jouent à quelques fractions de seconde près, parfois même avant qu'un athlète ne prenne le départ.

Aux Jeux de Rio de Janeiro en 2016, quelques minutes avant le relais 4x200 mètres nage libre, Michael Phelps a déchiré son bonnet de bain sur le bord du bassin. C'est le genre de petit incident qui peut vite se transformer en catastrophe au plus haut niveau sportif. Il y avait des caméras, des sponsors, un stade bruyant. Pourtant, il a réagi avec la rapidité et l'aisance de quelqu'un qui boutonne sa chemise. Il a retourné le bonnet de bain d'un coéquipier, l'a enfilé et a nagé le dernier relais pour remporter la médaille d'or. 

On pourrait se dire que c'était instinctif, mais ce n'était pas le cas. C'était le résultat d'un entraînement si intense que c'était devenu psychologique. 

Pendant des années, Michael Phelps avait imaginé tous les scénarios de courses possibles. Lors de moments calmes, il visionnait dans sa tête plusieurs versions de la même course : la course parfaitement exécutée, celle mal exécutée, celle qui se termine mal. Quand la vraie course à Rio est arrivée, cela lui semblait familier. 

Michael Phelps (à gauche) est devant Chad le Clos pendant la finale du 200 mètres papillon ...

Michael Phelps (à gauche) est devant Chad le Clos pendant la finale du 200 mètres papillon messieurs aux Jeux olympiques de Rio en 2016. Face aux enjeux des Jeux olympiques, le cerveau répond à des motivations telles que la foule, les médailles et les attentes, qui peuvent subtilement influencer la respiration, la tension musculaire et l'exécution. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Pascal Le Segretain, Getty Images

« On a pratiqué la visualisation » explique Michael Phelps. « Fais la course de trois façons différentes dans ta tête. S'il se passe quelque chose, tu l'auras déjà imaginé. »

Cette préparation l'a aidé à construire une aptitude psychologique que les scientifiques sont en train d'apprendre à mesurer. 

 

LA CAPACITÉ DU CORPS À CHANGER DE VITESSE

Pendant des décennies, les moments comme celui vécu par Michael Phelps ont été expliqués par des termes tels que « force mentale » ou « performance décisive. » 

La variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) reflète la résistance au stress et le retour à l'équilibre. Lorsque les enjeux sont élevés, cette flexibilité pourrait compter autant que la force ou l'endurance. 

Mesurée au fil du temps, la VFC sert de marqueur biologique non invasif qui permet aux chercheurs et entraîneurs de suivre la capacité d'adaptation, le stress et la récupération. Elle ne remplace pas les indicateurs de forme physique, mais ajoute une perspective que ces derniers ne saisissent pas bien : si le système est prêt à gérer le stress et s'il peut revenir à la normale par la suite. 

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    Gauche: Supérieur:

    Vikram Chib (à droite), ingénieur biomédical, et Leo Lee examinent des images d'IRM fonctionnelle dans le laboratoire. La recherche associe une augmentation de l'activité dans le système d'évaluation du cerveau à un déclin des performances dans des conditions où les enjeux sont élevés. 

    PHOTOGRAPHIE DE Courtesy of Johns Hopkins Medicine
    Droite: Fond:

    Les Français Camille et Pavel Kovalev disputent le programme court de l'épreuve de couple de patinage artistique pendant les Jeux olympiques d'hiver 2026 de Milan-Cortina. Sous la pression des jeux olympiques, les décisions prises en une fraction de seconde dépendent de la flexibilité avec laquelle le système nerveux régule le stress. 

    PHOTOGRAPHIE DE Joosep Martinson, Getty Images

    Vikram Chib, neuroscientifique qui étudie la performance motivée, s'intéresse à la façon dont le cerveau intègre les motivations à la production motrice. Lors d'expériences en laboratoire conçues pour simuler des enjeux élevés, son groupe a découvert que les personnes très sensibles aux récompenses sont plus susceptibles de se bloquer. L'argent, le statut et le regard du public représentent tous des motivations. Le cerveau les encode en signaux de valeur qui peuvent interférer avec une bonne exécution. 

    « On pense souvent que la performance dépend seulement de l'apprentissage moteur, de l'apprentissage de mouvements répétés, mais vous ne faites jamais ces mouvements isolément » explique Vikram Chib. « Vous les effectuez pendant que le cerveau traite des motivations et ce traitement change ce que le corps fait sous pression. »

    Dans ces moments-là, le système nerveux peut avoir du mal à distinguer une finale aux grands enjeux d'un véritable danger. 

    Quand cela arrive, cette modification ne se restreint pas aux circuits de prise de décision. Elle est associée à des changements en termes de respiration, de tension musculaire et de fréquence cardiaque, modifiant l'équilibre du système nerveux autonome qui peut être mesuré à travers la variabilité de la fréquence cardiaque.

    Il est essentiel de noter que cette perturbation ne se restreint pas au cerveau, elle se manifeste aussi dans le corps. 

     

    MESURER LA FLEXIBILITÉ

    Un cœur sain ne bat pas comme un métronome. Il s'ajuste constamment : en accélérant, en ralentissant, en réagissant au stress et en revenant à la normale. Ce rythme révèle à quel point le système nerveux est adaptable. 

    Chez les athlètes, une VFC au repos plus élevée a été associée à une bonne forme aérobie mais également à une forme d'agilité, à une bonne coordination et à une bonne qualité de sommeil. C'est important car la régularité sous la pression ne dépend pas uniquement de la force physique mais surtout d’un système nerveux qui n’est pas déjà en état d’alerte face à une menace.

    Simone Biles, gymnaste américaine, dispute la finale du concours général individuel féminin en gymnastique artistique aux ...

    Simone Biles, gymnaste américaine, dispute la finale du concours général individuel féminin en gymnastique artistique aux Jeux olympiques de Paris 2024. Les athlètes d'élite s'entraînent pour leurs routines mais ils entraînent également leur capacité à réguler leur excitation sous pression. 

    PHOTOGRAPHIE DE Jamie Squire, Getty Images

    La recherche montre qu'un effort intense peut perturber cette régulation même quand le corps se sent fort. Une étude de 2024 a montré qu'un entraînement intensif cause des baisses importantes de plusieurs mesures de VFC liées à la récupération autonome. Dans la pratique, cela explique pourquoi un athlète peut se sentir physiquement capable alors que son système nerveux a encore du mal à s'équilibrer. La VFC ne montre pas un simple feu vert ou rouge mais, suivie au fil du temps, elle peut donner un signal psychologique indiquant quand persister et quand se reposer. 

    L'intéroception, c'est-à-dire la capacité à sentir des signaux internes tels que le rythme cardiaque ou la respiration, y est étroitement liée. Cette conscience devient critique quand le stress ou la fatigue pousse notre corps en territoire inconnu. De nombreuses stratégies cognitives et comportementales fonctionnent, indique Vikram Chib, non pas parce qu'elles éliminent la pression mais parce qu'elles stabilisent cette boucle de rétroaction interne, facilitant la détection d'une tension croissante et permettant de s'ajuster avant qu'elle ne prenne le dessus. 

    Simone Biles dispute la finale de l'épreuve de la poutre en gymnastique artistique aux Jeux olympiques ...

    Simone Biles dispute la finale de l'épreuve de la poutre en gymnastique artistique aux Jeux olympiques de Paris 2024. Sur une poutre large de 10 centimètres, l'exécution dépend de la force et de l'équilibre mais également de la précision avec laquelle le système nerveux régule le stress. 

    PHOTOGRAPHIE DE AP Photo, Francisco Seco

    « Être capable de sentir ce qu'il se passe dans votre corps devient critique en période de stress ou de fatigue » affirme Vikram Chib. 

    Vu sous cet angle, le sang-froid ne ressemble plus à un trait de personnalité. C'est une aptitude psychologique. 

     

    RÉGULER D'ABORD LE CORPS

    Cette compréhension influence le travail des psychologues sportifs tels que Caroline Silby, qui supervise les services de performance et de santé mentale pour l'équipe de patinage artistique états-unienne. Pour elle, la première étape est de reconnaître que la réponse ne définit pas la performance. 

    « Notre esprit essaie automatiquement de nous protéger en recherchant dans notre environnement tout ce dont nous avons besoin pour nous protéger » explique Caroline Silby. « Même quand quelqu'un fait une super performance, son esprit continue d'agir ainsi. »

    Elle utilise un outil avec ses athlètes : la « règle des opposés. » Si l'anxiété les fait accélérer, ils ralentissent intentionnellement. Ils peuvent aussi marcher en arrière au lieu d'avancer ou expirer quand ils remarquent qu'ils retiennent leur souffle. De petits signaux tactiles, tels que tirer doucement sur les oreilles, serrer et desserrer le poing non dominant ou appuyer sur des points de pression, amènent à une sensation neutre. 

    Ces interventions semblent simples mais elles reflètent une reconsidération scientifique plus large de ce qu'est la performance sous pression. 

    Le sang-froid n'est pas du stoïcisme. C'est de la régulation, la capacité de ressentir un pic d'excitation et de le détourner. 

    Un moyen de relâcher la pression encodée dans les circuits de récompense du cerveau est la redéfinition. Au lieu de voir une performance comme quelque chose qui définira leur carrière, les athlètes apprennent à la voir comme un moment parmi tant d'autres. Dans les expériences de Vikram Chib, ce changement améliore les performances sous pression en rétablissant un sens de l'échelle et un équilibre psychologique. 

    Les athlètes qui excellent sous pression ne sont pas dispensés d'excitation, ils ont juste la capacité de la détourner. Leur système nerveux a appris qu'on peut survivre à la surprise, que l'inconfort n'est pas un danger et que cet équilibre peut être entraîné.

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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