Sciences

Une grenouille tropicale de 99 millions d'années découverte fossilisée dans l'ambre

Une nouvelle espèce de grenouille, baptisée Electrorana limoae, a été décelée dans un morceau d'ambre. Il s'agirait de l'espèce de grenouilles tropicales la plus ancienne.

De John Pickrell
La petite grenouille emprisonnée dans ce morceau d'ambre de Birmanie vivait à l'époque des dinosaures.

Il existe 7 000 espèces de grenouilles et de crapauds et plus d'un tiers d'entre elles vivent dans les forêts tropicales. Malgré cette forte présence dans les écosystèmes tropicaux et humides, très peu de fossiles d'amphibiens y ont été découverts. Les paléontologues savent donc très peu de choses du début de l'évolution de ses animaux.

Quatre petites grenouilles tropicales qui vivaient à l'époque des dinosaures ont été découvertes dans des morceaux d'ambre datant du Crétacé. Il s'agit des plus anciens fossiles en ambre de grenouille. Les restes d'une nouvelle espèce de grenouille ont même étaient identifiés : il s'agit de l'Electrorana limoae.

« C'était très enthousiasmant de placer ces petits fossiles devant une source de lumière pour découvrir les grenouilles qui se trouvaient à l'intérieur », a déclaré David Blackburn, paléontologue au Muséum d'Histoire Naturelle de Floride, situé à Gainesville. « Les petits fossiles intacts de grenouilles sont peu nombreux et ce spécimen de l'espèce Electrorana est une perle rare ».

L'étude publiée hier dans la revue Scientific Reports et qui décrit les fossiles, révèle que ces grenouilles ne mesuraient pas plus 2 cm. C'est l'exploratrice National Geographic Lida Xing, de l'Université des géosciences de Chine à Pékin, qui à l'origine de cette recherche.

« Si les lézards et les grenouilles fossilisés dans l'ambre ne sont pas rares, des fossiles aussi vieux sont exceptionnels », a expliqué Marc Jones, spécialisé en fossiles de grenouilles au Muséum d'histoire naturelle de Londres au Royaume-Uni. « Le registre fossile des grenouilles reste peu fourni et est biaisé, mais des pépites comme celle-ci nous permettent d'en savoir plus sur ce que nous ignorons ».

 

UNE TROUVAILLE "MIRACULEUSE"

Ce fossile de grenouille vieux de 99 millions d'années provient du même gisement d'ambre situé dans le nord de la Birmanie et où ont été découvert la queue d'un dinosaure, deux oisillons, des ailes d'oiseau parfaitement conservées et de nombreux insectes. Le fossile de la grenouille renferme également des morceaux de bambou, des vers de velours et des araignées aquatiques, ce qui laisse penser que l'écosystème crétacé dans lequel a été formé ce fossile était une forêt tropicale. En effet, des espèces animales similaires sont souvent retrouvés dans les forêts tropicales d'aujourd'hui.

Ce sont des collectionneurs de fossiles chinois qui ont fait don de ces grenouilles fossilisés au Dexu Institute of Paleontology de Chaozhou. Lida Xing précise que l'institut possédait déjà trois des quatre fossiles depuis quelques années, mais que ces derniers ne contenaient que les pattes avants de grenouilles et la silhouette d'un corps décapité et sans squelette apparent. Mais en 2010, un don « miracle » d'un spécimen plus grand et plus complet a rendu la dernière recherche des scientifiques possible.

« Il était légèrement décomposé mais on distinguait quand même très bien le squelette à l'œil nu », confie Lida Xing.

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Grâce à la tomodensitométrie, les paléontologues ont beaucoup appris sur la structure en trois dimensions et l'anatomie interne des fossiles. Ils ont aussi pu constater qu'Electrorana ressemblait beaucoup aux grenouilles modernes. Il serait un ancêtre d'une des familles les plus anciennes d'amphibiens modernes, dont font partie les crapauds sonneurs et alytes.

« Même si le fossile Electrorana présente peu de tissus mous contrairement aux fossiles de lézard retrouvés dans le même gisement, son squelette est très bien conservé. Il s'agit du plus vieux fossile d'une grenouille trouvé dans une forêt tropicale, un habitat très important pour les grenouilles modernes », indique Michael Pittman, paléontologue à l'Université de Hong Kong.

 

IL RESTE ENCORE BEAUCOUP À DÉCOUVRIR

D'après Michael Pittman, la qualité et la diversité des fossiles provenant de ces gisements d'ambre pourraient bien permettre aux scientifiques d'étudier le régime alimentaire de ces grenouilles afin de déterminer s'il était différent de celui des amphibiens modernes.

D'ailleurs, le morceau d'ambre qui contient Electrorana renferme aussi une coccinelle. Il est donc probable que l'amphibien de l'ère des dinosaures se nourrissait de ce type d'insectes.

Le fossile le plus complet appartenait à une jeune grenouille. Par conséquent, ses os étaient mous et n'ont pas pu fossiliser complètement. De nombreux éléments du squelette ne sont donc pas visibles, comme les articulations de la hanche, importantes pour bondir, et les tissus des oreilles internes, alors qu'ils auraient pu permettre aux scientifiques d'en savoir plus sur le comportement et l'écologie des amphibiens.

Toutefois, l'un des auteurs de l'étude, Blackburn, espère que beaucoup d'autres fossiles seront mis au jour et qu'ils seront mieux conservés, pour permettre aux paléontologues de les comparer avec les grenouilles modernes afin de savoir comment vivaient et ont évolué ces amphibiens.

« J'espère qu'il reste encore beaucoup de fossiles spectaculaires à découvrir », a-t-il confié. « De nombreuses espèces de grenouilles vivent dans nos forêts tropicales. Il se peut donc qu'il reste à découvrir beaucoup d'espèces du Crétacé dans les gisements d'ambre de Birmanie ».

 

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