Variole du singe : devez-vous vous faire vacciner ?

Le virus connu sous le nom de Monkeypox se propage rapidement. Entre vaccins, dépistages et sensibilisation, les autorités de santé commencent à prendre des mesures afin de limiter les risques d'infection.

De Sharon Guynup
Publication 13 juil. 2022, 18:11 CEST
Image de microscopie électronique à balayage colorisée montrant le virus de la variole du singe (en orange) ...

Image de microscopie électronique à balayage colorisée montrant le virus de la variole du singe (en orange) déposé sur des cellules infectées (en vert).

PHOTOGRAPHIE DE Niaid

Après deux longues années de pandémie de COVID-19, une autre maladie, appelée variole du singe ou Monkeypox, se propage rapidement. Ce virus, très différent de celui qui cause le COVID-19, est beaucoup plus difficile à transmettre mais peut conduire les patients à l’hôpital, et même les tuer. La variole du singe peut également défigurer les personnes infectées : les lésions remplies de pus qui s’étendent sur la peau, qui peuvent aller de seulement quelques-unes à plusieurs milliers, peuvent laisser des cicatrices permanentes.

Jusqu’à présent, 61 pays sur 6 continents ont enregistré 7 492 cas, avec une augmentation de 82 % des nouvelles infections depuis le 27 juin. Aux États-Unis, la variole du singe a atteint trente-quatre États, le district de Columbia et Porto Rico. On dénombre actuellement 700 cas et, bien que la plupart des maladies aient été relativement bénignes, trois décès ont été confirmés en Afrique. En France au 7 juillet, on comptait 721 cas de variole du singe. En outre, le virus circule davantage dans une population en particulier : les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes.

Cependant, il est probable qu’un « nombre important de cas ne soit pas détecté », a déclaré le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. En plus des dépistages encore limités, certains patients présentent relativement peu de lésions, ce qui complique encore davantage le décompte des cas.

La transmission est entrée en territoire inconnu, le virus infectant des personnes n’ayant pas voyagé en Afrique, où le virus était endémique. « Il n’est tout simplement pas possible de prendre la situation à la légère, surtout ici, dans la région européenne, où l’épidémie évolue rapidement et s’étend chaque heure, chaque jour et chaque semaine à des zones qui n’étaient pas encore touchées », a déclaré Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, dans un communiqué.

Le comité d’urgence de l’OMS réexaminera si cette épidémie constitue une urgence de santé publique mondiale dans la semaine du 18 juillet. Il a noté que la lutte pour éviter la propagation de la variole du singe exigeait « une action puissante ».

L’épidémie actuelle, qui touche plusieurs pays, a été « une surprise » mais n’est « pas surprenante », selon Rosamund Lewis, responsable technique de la variole du singe à l’OMS. En Afrique, les cas sont en augmentation depuis des dizaines d’années. L’épidémie en cours au Nigeria a commencé en 2017, et pourrait être à l’origine de la propagation actuelle, et une autre en République démocratique du Congo (RDC) a compté près 6 000 cas suspects en 2020.

Alors que les cas de COVID-19 éclipsent ceux de la variole du singe, les experts craignent que les humains n’infectent des animaux sauvages, créant ainsi par inadvertance de nouveaux réservoirs endémiques pour la maladie, explique Andrea McCollum, épidémiologiste au sein de l’action 2022 Monkeypox Outbreak Response des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis. Les animaux pourraient alors retransmettre le virus à l’humain, ce qui rendrait son éradication beaucoup plus difficile, voire impossible.

Des mesures sont actuellement mises en place au niveau mondial pour empêcher la propagation des cas de variole du singe et éviter une nouvelle pandémie. Pour cela, les responsables de la santé publique proposent la vaccination aux personnes à risque.

Voici ce qu’il faut savoir sur le virus, les risques, la prévention et la nécessité (ou non) de se faire vacciner contre la variole du singe.

 

LA VARIOLE DU SINGE : QU’EST-CE QUE C’EST ?

La variole du singe est un virus cousin de la variole, mais beaucoup moins grave et moins contagieux. Tous deux sont des orthopoxvirus, un genre qui réunit douze virus à ADN et qui comprend également la variole de la vache (Cowpox) et la variole des camélidés (Camelpox).

Il existe deux clades génétiques distincts, explique Bernard Moss, virologue à l’Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) des États-Unis. La première variété, la variole du bassin du Congo, tue une personne infectée sur dix. La seconde est l’épidémie mondiale actuelle : la variole du singe d’Afrique de l’Ouest, dont le taux de mortalité est inférieur à 1 %, donc moins mortelle.

Il s’agit d’une zoonose, une maladie transmise à l’humain par les animaux. Découvert pour la première fois en 1958 chez des singes dans un laboratoire de recherche danois, le virus pourrait mal porter son nom. En effet, la communauté scientifique pense que des petits mammifères hébergent le virus dans les forêts tropicales africaines où il est endémique, mais que celui-ci est capable d’infecter de nombreux mammifères et n’a été isolé que deux fois chez des animaux sauvages : un écureuil à corde en RDC en 1985 et un mangabey en Côte d’Ivoire en 2012. Le ou les réservoirs réels de la maladie restent inconnus.

Depuis le premier cas humain connu en 1970, lorsqu’un petit garçon a été diagnostiqué en RDC, la plupart des infections ont eu lieu en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Au début, la plupart des cas étaient des « débordements viraux » contractés lors de la chasse et du dépeçage d’animaux sauvages infectés, explique Lewis.

Un contact étroit peut ensuite propager le virus entre des humains. Les lésions sont des « petites usines virales » contagieuses, selon McCollum, des CDC. Mais jusqu’à récemment, le virus se propageait rarement au-delà de quelques foyers au sein d’une communauté.

Bien que cette maladie ait été identifiée il y a au moins cinquante-deux ans, « nous sommes loin d’en savoir autant que nous le souhaiterions », déplore Rosamund Lewis.

 

EST-ELLE SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLE ?

Bien que l’un des premiers cas ait infecté une mère, un père et leur nourrisson au Royaume-Uni, l’épidémie actuelle de variole du singe a principalement touché les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, 99 % des cas ayant déclaré leur genre. Pour les responsables de santé publique, il a été difficile d’éduquer le public sans stigmatiser cette communauté.

David Heymann, spécialiste de longue date des maladies infectieuses à l’OMS, a déclaré à l’Associated Press que l’épidémie a probablement été amplifiée par les comportements sexuels observés lors des rave parties en Espagne et en Belgique. Ces événements ont favorisé la propagation internationale, tout comme les grands rassemblements ont permis de diffuser le COVID-19 au début de la pandémie.

Cependant, selon Bernard Moss, des preuves indiquent que la variole du singe n’est pas une infection sexuellement transmissible (IST). Lorsqu’une personne présente des symptômes, la maladie se transmet de peau à peau, y compris par les comportements sexuels, et peut également être transmise par contact avec des draps, des serviettes ou des vêtements.

Les précédentes épidémies en Afrique ont infecté des femmes, des enfants et des hommes de tous âges. « Ce virus ne va pas nécessairement se cantonner à un seul genre ou à une seule population », met en garde Anne Rimoin, épidémiologiste spécialisée dans les maladies infectieuses et professeure à l’école de santé publique de l’université de Californie à Los Angeles. L’OMS a déjà commencé à observer des cas chez les enfants, précise Lewis.

Selon elle, il s’agit d’une situation qui évolue et qui doit être suivie de près. « Je pense que nous devons garder les yeux grands ouverts et être prêts à réagir. »

L’éducation du public est essentielle. « Nous ne voulons pas que les gens s’inquiètent, mais on a besoin de sensibilisation pour se protéger », ajoute Lewis. « Ce dont nous avons besoin, c’est que chaque personne soit consciente de son propre risque… et le gère. »

 

QUI EST ÉLIGIBLE À LA VACCINATION ?

La Haute Autorité de Santé a récemment annoncé l'élargissement de la vaccination aux populations exposées, notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Le risque de contracter la variole du singe restant très faible, la balance bénéfices / risques ne penche pas en faveur de la vaccination de l'ensemble de la population. 

Jusqu'à la semaine dernière, la vaccination était uniquement proposée aux adultes, et parmi eux le personnel soignant ayant eu un contact à risque avec un ou des malades. Mais pour contrer la rapide diffusion du virus, la Haute Autorité de Santé a recommandé d'administrer une vaccination préventive aux personnes les plus exposées par « leurs pratiques sexuelles ou leur profession ». Les personnes éligibles à la vaccination sont « les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, des personnes trans rapportant des partenaires sexuels multiples, les personnes en situation de prostitution, les professionnels des lieux de consommation sexuelle. »

En France, deux vaccins contre la variole de troisième génération, efficaces à environ 85 % contre la variole du singe, sont disponibles :  Imvanex et Jynneos. Pour les personnes déjà vaccinées contre la variole, une seule dose suffirait. Pour les personnes immunodéprimées, une troisième dose est conseillée.

Le ministre de la Santé, François Braun, a affirmé que la vaccination, gratuite, commencerait dès cette semaine, sur prise de rendez-vous. Mais pour le moment, les créneaux disponibles sur Doctolib sont rares.

 

QUI DOIT SE FAIRE VACCINER ?

« La vaccination de la population générale n’est pas justifiée », déclare Moss. Pour l’instant, le virus ne se propage qu’au sein d’une petite tranche de la population.

Mais au milieu de cette flambée épidémique, la recherche des cas contacts n’est plus possible. Certains pays ont dû changer de cap et ont prévu d’étendre la vaccination des cas contacts connus à toutes les personnes à haut risque d’être infectées.

« Le vaccin est plus efficace s’il est administré avant que la personne ne soit infectée », explique le virologue. La fenêtre cible est de quatre jours après l’exposition au virus, mais les personnes concernées peuvent être vaccinées jusqu’à deux semaines après.

 

CETTE ÉPIDÉMIE ÉTAIT-ELLE PRÉVISIBLE ?

Les experts n’avaient pas prévu que la variole du singe « se déplacerait à travers des milieux sociaux étroitement liés et au-delà des frontières à l’échelle que nous observons actuellement », affirme McCollum.

Il y avait cependant des signes avant-coureurs.

En Afrique, les cas ont commencé à augmenter suite à l’éradication mondiale de la variole en 1980 et la fin des campagnes de vaccination. Les vaccins offraient une protection croisée contre tous les orthopoxvirus. Ainsi, lorsque l’immunité résiduelle s’est affaiblie, les infections par le virus du Monkeypox ont fait un bond, et ont été multipliées par vingt entre 1986 et 2007 en RDC.

La première épidémie en Occident s’est produite en 2003, lorsqu’une cargaison d’animaux de compagnie exotiques (rats de Gambie, loirs et écureuils) en provenance d’Afrique de l’Ouest a provoqué quarante-sept infections humaines aux États-Unis.

(À lire : Cas de variole du singe : ce que l’on sait.)

Puis, en 2018, les autorités ont recensé un nombre croissant de cas liés aux voyages. « Nous commencions à nous inquiéter qu’il ne s’agisse que de la partie émergée de l’iceberg », confie McCollum

Selon Lewis, les conditions environnementales sous-jacentes étaient favorables pour que cette situation se produise. La responsable technique du virus à l’OMS énumère les facteurs qui augmentent le risque de transmission des zoonoses de la vie sauvage à l’être humain : le changement climatique et la déforestation qui ouvrent l’accès à la forêt, le besoin de protéines, et la vente de viande sauvage sur les marchés.

« Nous partageons tous une même planète », rappelle-t-elle, et nous avons besoin de recherches afin de nous aider à protéger à la fois l’humanité et la nature. « Tant que nous n’aurons pas ces deux objectifs en tête, nous continuerons à nous attirer des ennuis. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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