Vie extraterrestre : la clé de compréhension pourrait se trouver sur Terre
Des scientifiques étudient les microbes terrestres les plus étranges ainsi que la communication des cachalots pour préparer l’humanité à son premier contact avec la vie extraterrestre.

Les tardigrades (Tardigrada), une espèce d'invertébrés également appelés « oursons d'eau », sont les seuls animaux connus à survivre aux rayonnements intenses et au vide spatial. Des scientifiques étudient les extrêmophiles tels que les tardigrades afin de mieux comprendre comment la vie pourrait prospérer dans des environnements extraterrestres hostiles et ce qu'il faut chercher.
Les tardigrades (Tardigrada), une espèce d'invertébrés également appelés « oursons d'eau », sont les seuls animaux connus à survivre aux rayonnements intenses et au vide spatial. Des scientifiques étudient les extrêmophiles tels que les tardigrades afin de mieux comprendre comment la vie pourrait prospérer dans des environnements extraterrestres hostiles et ce qu'il faut chercher.
Depuis des générations, la science-fiction imagine ce à quoi pourrait ressembler la vie sur d'autres planètes.
Dans son roman La Guerre des mondes, l'écrivain britannique H.G. Wells a décrit des envahisseurs martiens cauchemardesques ressemblant à des calamars, tandis que la franchise Superman a imaginé des extraterrestres humanoïdes. Les films à grand succès actuels ont tout mis en scène : des « heptapodes » que l'on peut voir dans le film Premier contact, aux extraterrestres ressemblant à des crabes qui doivent s'allier aux humains dans Projet Dernière Chance, en passant par la soucoupe volante territoriale de Nope.
Ces extraterrestres sont certes fictifs mais certains d'entre eux s'inspirent de véritables processus évolutifs observés sur Terre. C'est pourquoi, malgré l'immensité de l'espace, certains scientifiques affirment que le meilleur endroit pour commencer à chercher des extraterrestres pourrait bien être ici, sur la seule planète dont nous savons avec certitude qu'elle abrite la vie.
Des scientifiques issus de divers horizons affinent les recherches sur les extraterrestres en s'inspirant des formes de vie terrestre les plus fascinantes, des microbes minuscules aux mammifères marins géants. Ils affirment que nos compagnons terrestres peuvent nous aider à comprendre comment la vie pourrait apparaître et survivre dans les environnements les plus extrêmes de la galaxie. Ces animaux pourraient même nous donner des indications sur la manière dont nous pourrions communiquer avec des civilisations extraterrestres intelligentes.
Mais avant tout, porter notre attention sur nos compagnons terrestres pourrait nous aider à envisager que les extraterrestres ne ressemblent peut-être pas aux créatures imaginées par les auteurs de science-fiction les plus inventifs, et qu'ils ne communiquent ni ne se comportent comme on l'imagine.
« Avec la science-fiction, on a plus tendance à imaginer des formes de vie humanoïdes qui nous ressemblent plus ou moins exactement, qui sont très proches de ce que nous sommes », affirme André Antunes, microbiologiste et doyen de l'Institut des sciences et de l'environnement à l’université Saint Joseph à Macao, en Chine. « Notre imagination est imprégnée depuis si longtemps de ce scénario mettant en scène des petits hommes verts ».
Cependant, les extraterrestres pourraient avoir développé des anatomies radicalement différentes, plus proches de celles des microbes extrémophiles ou peut-être des heptapodes de la nouvelle de Ted Chiang, L'histoire de ta vie, qui a inspiré le film Premier contact. Ils pourraient également communiquer avec nous d'une manière qui ne ressemble en rien au langage humain.
DES FORMES DE VIE QUE MÊME LA FICTION N'A PAS ENCORE IMAGINÉES
La Terre est peut-être la seule planète habitable dont nous avons connaissance mais elle abrite de nombreux endroits qui semblent inhabitables. À des kilomètres sous l'océan, hors de la portée de la lumière du Soleil, de l'eau bouillante s'échappe de cheminées hydrothermales dans les fonds marins. Des lacs glacés se cachent sous les calottes polaires. Il existe également des environnements extrêmement salés tels que le Grand Lac Salé ou la mer Morte. Il y a même le ciel ouvert de la stratosphère, à plusieurs dizaines de kilomètres au-dessus de la surface terrestre.
Étonnamment, on trouve une vie microbienne florissante dans ces lieux improbables. C'est pourquoi une grande partie de la recherche de vie extraterrestre repose sur le principe selon lequel les organismes les plus simples sont probablement plus courants dans l'Univers qu'ils ne le sont dans la science-fiction.
En effet, de nombreux scientifiques soupçonnent que la vie microbienne pourrait même exister quelque part dans notre propre système solaire. Cette perspective invite à s'interroger sur la manière dont nous pourrions la repérer.
Ici sur Terre, les chercheurs tentent de déterminer quelle forme cette vie pourrait prendre en recréant des environnements extraterrestres en laboratoire. Alexandre Rosado, professeur de biosciences à l'université des sciences et technologies du roi Abdallah (KAUST), étudie les extrémophiles qui prospèrent dans des conditions hostiles similaires à celles de Mars ou des planètes océaniques glacées considérées comme susceptibles d'abriter des écosystèmes microbiens. Simuler ces conditions permet aux scientifiques de mieux comprendre comment la vie microbienne pourrait survivre ailleurs et quelles traces détectables elle pourrait laisser derrière elle.
« Si nous devions découvrir ne serait-ce qu'un simple microbe au-delà de la Terre, par exemple dans la saumure sur Mars ou sous la croûte glacée d'Europe, [l'un des satellites naturels de Jupiter], cela répondrait à l'une des questions les plus fondamentales : la vie sur Terre est-elle un rare hasard ou le résultat naturel de la chimie planétaire ? », écrit Alexandre Rosado dans un e-mail.
Ce dernier explique que ces expériences simulées fournissent un plan d'action pour identifier les métabolismes et les stratégies de survie viables dans ces environnements hostiles. Par exemple, lorsque les microbes subissent un stress extrême lors d'expériences, ils ralentissent souvent leur activité ou entrent en état de dormance.
« Cela signifie que la vie sur une autre planète pourrait ne pas se présenter sous la forme d'un écosystème actif, mais plutôt, laisser des biosignatures subtiles telles que des traces de gaz, des signatures minérales inhabituelles ou des fragments moléculaires », explique Alexandre Rosado. « En étudiant les extrémophiles dans ces conditions planétaires simulées, nous obtenons une idée plus précise des indices que les futures missions devront chercher et de la manière de les interpréter. Ainsi, nos expériences contribuent à faire évoluer l'astrobiologie de la conjecture vers une science basée sur des hypothèses réelles et vérifiables de ce à quoi pourrait réellement ressembler la vie au-delà de la Terre ».
Les microbes qui prospèrent dans des environnements très salés, les halophiles, constituent un autre modèle convaincant de vie extraterrestre. Selon André Antunes, les halophiles peuvent survivre dans de minuscules poches d'eau à l'intérieur de cristaux de sel, en résistant à une sécheresse extrême, aux rayonnements et au stress chimique, pendant des dizaines de milliers d'années. Des scientifiques ont découvert des microbes fossilisés dans des cristaux de sel provenant d'Australie et datant de près d'un milliard d'années.
Il avance ainsi qu'il se pourrait qu'il existe des microbes éteints qui n'attendent que d'être découverts dans des cristaux de sel sur Mars ou dans les océans souterrains probablement salés des lunes glacées du système solaire externe, telles qu'Europe, une lune de Jupiter, ou Encelade, une lune de Saturne.

Ces recherches s'étendent également au-delà de notre système solaire. Lisa Kaltenegger, professeure d'astronomie et directrice fondatrice du Carl Sagan Institute à l'université Cornell, a consacré une grande partie de sa carrière à réfléchir à la manière dont la vie extraterrestre pourrait laisser des traces détectables sur des mondes lointains, notamment dans l'atmosphère des exoplanètes. Dans son ouvrage publié en 2024, Alien Earths: Planet-Hunting in the Cosmos, elle explore l'idée que les organismes extraterrestres pourraient produire des signes visibles, comme la lueur d'une vie fluorescente ou les couleurs dans le ciel causées par des pigments produits par des microbes.
Son équipe prélève des échantillons de vie dans des environnements extrêmes de notre planète, notamment des microbes atmosphériques qui flottent à des kilomètres au-dessus de la surface de la Terre. « Nous essayons de prélever des échantillons partout : dans le désert, dans les sources sulfureuses chaudes, partout », explique-t-elle.
La raison pour laquelle ils prélèvent ces échantillons sur Terre est simple : la diversité de la vie ici élargit le champ des possibilités quant aux biosignatures qui pourraient exister ailleurs. « Nous disposons de 250 formes de vie différentes, aux couleurs variées, et nos données sont librement accessibles en ligne pour que tout le monde puisse les utiliser » indique-t-elle. « L'essentiel, c'est que je ne veux pas que nous passions à côté de signes de vie en ne cherchant pas la bonne chose. Il ne faut pas seulement chercher du vert ! »
CERTAINS ANIMAUX POURRAIENT NOUS AIDER À COMMUNIQUER AVEC LES EXTRATERRESTRES
Si, un jour, nous détectons une civilisation extraterrestre, l'étape suivante consistera à apprendre à communiquer avec elle. Selon les scientifiques, une façon de se préparer à ce moment est de prêter l'oreille aux conversations qui pourraient se dérouler autour de nous.
Arik Kershenbaum, zoologiste à l'université de Cambridge, s'est penché sur cette question dans le cadre de ses recherches en xénolinguistique, l'étude des langues extraterrestres. Dans son ouvrage publié en 2020, The Zoologist’s Guide to the Galaxy: What Animals on Earth Reveal About Aliens—and Ourselves (Le guide du zoologiste de la galaxie, non traduit en français, ndlr), il affirme que les principes de la sélection naturelle sont universels. Par conséquent, les extraterrestres seraient confrontés à des pressions évolutives similaires à celles des êtres terrestres et pourraient développer des adaptations similaires, telles qu'une organisation sociale et un système de communication complexe.
« Je pense que bon nombre de comportements animaux que l'on observe sur Terre sont fondamentalement universels », indique Arik Kershenbaum. Il précise cependant que cela ne signifie pas nécessairement que le comportement social des extraterrestres ressemblerait au nôtre. « La sociabilité existe sur Terre depuis au moins 600 millions d'années avant l'apparition des humains ».
Autrement dit, il est possible que l'expression extraterrestre ressemble davantage à l'imitation des perroquets ou aux sifflements des dauphins qu'au langage humain. En écoutant les vocalisations animales, nous pouvons ouvrir nos esprits à ces formes de communication.
Prenons l'exemple des cachalots, des animaux qui avaient un ancêtre commun avec les humains il y a environ 90 millions d'années. Ces mammifères « nous ont permis de tester des formes de communication plus complexes et plus "extraterrestres" que celles que l'on observe chez nos proches parents primates », affirme David Gruber, explorateur National Geographic et fondateur et président du projet CETI (Cetacean Translation Initiative, ou Initiative pour la traduction des cétacés). L'acronyme de l'organisation s'inspire du terme utilisé pour parler de la recherche d'une intelligence extraterrestre, SETI.
Cette collaboration interdisciplinaire vise à déchiffrer la communication des cachalots dans une optique de jeter les bases d'un éventuel contact futur avec des extraterrestres.
« Nous développons les outils qui pourraient être utilisés pour traduire n'importe quel système non humain, y compris extraterrestre, si jamais on venait à découvrir une forme de vie intelligente sur une autre planète ou dans une autre galaxie », explique David Gruber.
Ce dernier estime que les cachalots constituent un modèle puissant de communication extraterrestre. Ces mammifères marins emblématiques ont développé des sociétés matriarcales très soudées qui communiquent grâce à des séquences complexes de clics et de « codas » qu'ils utilisent pour transmettre des connaissances essentielles de génération en génération.
David Gruber et ses collègues ont fait plusieurs découvertes concernant les éléments constitutifs du langage des cachalots dans le but de parvenir à comprendre les significations possibles de leur communication énigmatique. À ce jour, ils ont découvert que leurs clics contiennent des sons similaires à nos voyelles, qu'ils utilisent des vocalisations pour coordonner leur comportement et qu'ils apportent une aide coopérative aux femelles qui mettent bas, comme des sages-femmes, une pratique qui n'avait jamais été observée chez une espèce non primate auparavant.
Pour parvenir à communiquer avec des extraterrestres, il faudra planifier les étapes complexes de la traduction, un élément que peu de gens prennent en compte lorsqu'ils imaginent un scénario de Premier contact selon David Gruber, qui est aussi professeur émérite de biologie et de sciences environnementales à l'université de la ville de New York (CUNY), au Baruch College et à l'École doctorale de l'université de la ville de New York. Les cachalots constituent un « banc de test » parfait pour ce processus de décodage informatisé étape par étape. Ce même concept a déjà fait son apparition dans des œuvres de science-fiction, notamment dans Projet dernière chance, où un logiciel de traduction entre humains et extraterrestres est utilisé.
UNE ESPÈCE INTÉRESSANTE D'UN POINT DE VUE SCIENTIFIQUE
Plusieurs experts affirment que tout premier contact impliquera une espèce intéressante d'un point de vue scientifique. Arik Kershenbaum fait un parallèle avec le classique de la science-fiction Contact, un roman écrit en 1985 par Carl Sagan et adapté au cinéma en 1997, qui raconte la découverte d'un message provenant d'une civilisation extraterrestre.

« Si vous lisez ce roman exceptionnel, vous verrez que celui qui a envoyé ce message savait que les scientifiques l'interpréteraient et qu'ils tenteraient donc d'y trouver un schéma logique », explique Arik Kershenbaum. « Je pense que c'est vraiment là la clé ».
Quelle que soit la forme que la vie extraterrestre pourrait prendre, sa découverte bouleverserait fondamentalement notre compréhension de l'Univers et de la place que nous y occupons. De plus, cela inspirerait sans aucun doute encore davantage d'œuvres de science-fiction.
« J'aime beaucoup la diversité qui caractérise la science-fiction aujourd'hui car nous découvrons de plus en plus de planètes vraiment fascinantes qui sont différentes de la nôtre », indique Lisa Kaltenegger. « Si nous n'avions trouvé que des copies conformes de la Terre, l'univers de la science-fiction serait bien plus pauvre ».
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
