Voici les 10 dinosaures les plus incroyables découverts en 2021

Cette année, les différents sites fossilifères de la planète nous ont offert une fascinante fenêtre sur l'âge des dinosaures.

Publication 10 déc. 2021, 17:04 CET
Yamatosaurus

Il y a plus de 66 millions d'années, pendant le dernier âge du Mésozoïque, deux espèces de dinosaures à « bec de canard » arpentaient les paysages de l'actuel Japon. L'un de ces herbivores (au centre) a rejoint plus tôt cette année les 42 nouveaux dinosaures présentés en 2021.

PHOTOGRAPHIE DE Msato Hattori

En moyenne, depuis 2003, les paléontologues découvrent chaque année plus de 45 nouvelles espèces de dinosaures. Le rythme de ces découvertes est ahurissant, un véritable âge d'or de la paléontologie qui transforme notre compréhension du monde préhistorique. 

À ce stade, l'année 2021 nous a offert 42 nouvelles espèces de dinosaures, selon la base de données entretenue par Tom Holtz de l'université du Maryland. Comment a-t-on pu maintenir ce rythme ? Tout d'abord, répond Holtz, « c'est une question de main-d'œuvre : nous avons plus de mains sur le terrain, plus d'équipes et plus de sites de fouilles à travers le monde. » Aujourd'hui plus que dans le passé, la paléontologie des dinosaures est une discipline mondiale et diversifiée, ce qui fait largement avancer la science.

Les scientifiques ont également affiné leur définition d'une « espèce » de dinosaures. Autrefois, les paléontologues donnaient indifféremment le nom Iguanodon à des fossiles distants de plusieurs dizaines de millions d'années. Les réévaluations montrent désormais que le terme Iguanodon désigne en fait différentes espèces, dont une nouvelle présentée en novembre dernier.

En outre, les progrès de la technologie amènent les scientifiques à approfondir notre connaissance des dinosaures connus, notamment au travers de détails sur les écailles de leur peau, leurs appareils digestifs ou reproducteurs, leur structure cellulaire, leur comportement social et même leur nidification dans les régions polaires. Combinés, tous ces résultats nous montrent à quel point les dinosaures étaient d'étranges animaux préhistoriques. Sans ordre particulier, voici 10 dinosaures parmi les plus incroyables découverts cette année grâce au travail des scientifiques. 

 

1. MAROC - LE DINOSAURE PUNK AVEC « COLLIER DE POINTES »

L'unique fossile de Spicomellus découvert à ce jour est un fragment de côte à pointes.

PHOTOGRAPHIE DE Musée d'histoire naturelle de Londres

Entre 168 et 164 millions d'années avant notre ère, un étrange reptile déambulait à travers l'actuel nord du Maroc, une créature hérissée de piques fusionnées à ses côtes et transperçant la peau.

Présenté dans la revue Nature Ecology and Evolution en septembre, le seul fossile connu appartenant à cet animal est un fragment de côte pourvu de quatre piques, mesurant environ 26 cm de long. En s'appuyant sur la forme et la taille du fossile, les chercheurs l'attribuent à un type de dinosaure à armure appelé ankylosaure. Le nom retenu pour ce dinosaure est Spicomellus afer, spicomellus signifiant « collier de pointes » et afer « qui habite l'Afrique ».

Spicomellus est le plus ancien ankylosaure connu ainsi que le premier découvert en Afrique. Par ailleurs, la créature ne dispose d'aucun analogue connu, vivant ou mort. « Si vous touchez vos côtes, vous sentez les muscles qui les recouvrent et permettent à vos bras de bouger, » explique Susannah Maidment, paléontologue au musée d'histoire naturelle de Londres et auteure principale de l'étude introduisant Spicomellus. « Que pouvaient-ils bien faire avec leurs muscles alors que leurs côtes étaient clairement recouvertes de piques dépassant la peau ? » 

Spicomellus a rejoint la collection du musée britannique au terme d'une traversée complexe du marché des fossiles marocains. Après être passé d'un grossiste à l'autre au Maroc, le fragment de côte est arrivé entre les mains de Moussa Direct, un marchand de fossiles basé au Royaume-Uni, qui l'a ensuite revendu au musée.

Au départ, le personnel du musée a attribué l'os au stégosaure marocain Adratiklit, car il provenait de la même région dans les montagnes de l'Atlas. Maidment et ses collègues ont toutefois rapidement réalisé que le fossile devait appartenir à une espèce nouvelle, ce qui le rendait d'autant plus important. Par la suite, le musée d'histoire naturelle s'est rapproché de l'université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, au Maroc, pour conclure un accord de collaboration dans l'étude du fossile.

L'équipe de Maidment est parvenue à remonter la chaîne d'approvisionnement pour trouver le site de fouilles initial, où la paléontologue s'est rendue en 2019. En 2020, le site recevait la visite de Driss Ouarhache, coauteur de l'étude et géologue à l'université Sidi Mohamed Ben Abdellah, venu collecter des données géologiques essentielles. Comme nous l'explique Maidment, l'université construit à l'heure actuelle un nouveau musée qui inclura un espace dédié à l'exposition des futurs fossiles du site de Spicomellus.

 

2. AUSTRALIE - COLOSSE EN SON PAYS

Il y a 95 millions d'années, un dinosaure monumental au long cou faisait trembler le sol de ce qui est aujourd'hui devenu le nord-est de l'Australie : Australotitan cooperensis.

PHOTOGRAPHIE DE Illustration courtesy of Eromanga Natural History Museum

Depuis 2006, les Mackenzie et une équipe dirigée par le paléontologue Scott Hocknull fouillent régulièrement les lits à ossements qui constellent les terres de la famille, où ils ont découvert le plus grand dinosaure d'Australie. 

Surnommé Cooper en référence à un ruisseau voisin, l'animal a vu ses fossiles retenus par la science pendant plus de dix ans, notamment pour une analyse tridimensionnelle de la surface des os. Les résultats de cette longue étude ont fait l'objet d'une publication en juin dans la revue PeerJ, confirmant que le dinosaure âgé de 95 millions d'années constitue bel et bien une nouvelle espèce : Australotitan cooperensis

Australotitan est un titanosaure, un sous-groupe des sauropodes auquel appartiennent les plus grands animaux ayant un jour foulé la Terre, tel que le colosse argentin Patagotitan. Les os correspondant à la partie supérieure des pattes d'Australotitan mesuraient au moins 1,80 m de hauteur et l'animal vivant pesait entre 26 et 82 tonnes, d'après les estimations des scientifiques.

Les fossiles du dinosaure ont rejoint la collection du musée d'histoire naturelle d'Eromanga, fondé par la famille Mackenzie.

 

3. MEXIQUE - UN DINOSAURE À LA CRÈTE EMBLÉMATIQUE

Dans cette vue d'artiste, deux Tlatolophus gambadent au Crétacé sur les rivages de l'actuel sud du Mexique.

PHOTOGRAPHIE DE Marco A. Pineda

En 2005, José et Rodolfo López Espinoza sont tombés sur un fabuleux fossile dans la province mexicaine du Coahuila : la queue quasi complète d'un dinosaure passé par là 72 millions d'années plus tôt. Une équipe de paléontologues mexicains s'est rendue sur le site en 2013 pour extraire les fossiles, révélant par la même occasion le reste de la créature aux yeux du monde, y compris son crâne. Dévoilé dans la revue Cretaceous Research au mois de mai, le dinosaure était vraiment un cas à part.

Tlatolophus galorum est un lambéosaure, une sous-famille de dinosaures herbivores. Son nom, il le doit à l'étonnante crête en forme de virgule qui orne son crâne, ou plus précisément à sa ressemblance avec le symbole aztèque tlahtolli, qui signifie « mot » en langue nahuatl. Quant au nom de l'espèce, galorum, il fusionne les noms des familles Garza et López qui ont contribué à sa découverte.

D'après les estimations, Tlatolophus mesurait près de 8 m, du museau à la queue, pour 1,90 m de hauteur à la hanche. En s'appuyant sur le crâne remarquablement préservé, les scientifiques pensent que l'animal était un proche parent de l'emblématique lambéosaure Parasaurolophus, que l'on peut voir s'abreuver sur les rives d'un lac au début du film Jurassic Park.

Tlatolophus ajoute à la diversité des formes de crêtes chez les dinosaures, un élément qui jouait probablement un rôle majeur dans leur vie sociale, en affectant notamment le son de leurs appels.

 

4-5. ÎLE DE WIGHT - « HÉRON DE L'ENFER » ET « CHASSEUR DES RIVES »

Dans cette vision d'artiste, le ciel noirci par un incendie sur une île de Wight du Crétacé offre un décor théâtral à la présentation des deux nouveaux spinosauridés :  Ceratosuchops inferodios (premier plan) et Riparovenator milnerae.

PHOTOGRAPHIE DE Anthony Hutchings

De nos jours, le sud-ouest de l'île de Wight offre une vue imprenable sur la mer, encadrée des falaises de grès qui caractérisent le littoral britannique. Il y a plus de 125 millions d'années en revanche, ce paysage ressemblait plutôt à une savane vallonnée, entrecoupée de rivières et de plaines inondables, l'habitat idéal pour deux nouveaux dinosaures à la carrure imposante et au crâne élancé rappelant celui du crocodile.

Présentés dans la revue Scientific Reports, les fossiles découverts sur l'île appartiennent à deux nouveaux types de spinosauridés, un groupe énigmatique de grands dinosaures prédateurs auquel appartenait notamment Spinosaurus, le célèbre « dinosaure nageur ».

Ceratosuchops inferodios signifie « héron de l'enfer à cornes et tête de crocodile », un nom inspiré de propositions suggérant que les spinosauridés étaient des prédateurs de rivage comme le sont aujourd'hui les hérons. Riparovenator milnerae signifie « chasseur des rives de Milner », en hommage à Angela Milner, éminente spécialiste britannique des spinosauridés. Ils mesuraient chacun 8 m de long, du museau à la queue, et environ 2 m de haut à la hanche.

La découverte de Ceratosuchops et Riparovenator apporte des connaissances cruciales sur le groupe méconnu des spinosauridés, tout en faisant la lumière sur ses origines évolutionnaires. La plupart des espèces les plus anciennes se partageaient l'Europe actuelle, ce qui laisse penser que la terre ancestrale des spinosauridés se situait dans l'hémisphère Nord. (À lire : Le « héron de l'enfer » livre de nouveaux indices sur les origines du spinosaure.)

 

6. BRÉSIL - UN DINOSAURE… SANS DENTS ?

Au mois de novembre, une équipe brésilienne de chercheurs a présenté un remarquable dinosaure édenté dans la revue Scientific Reports. Baptisée Berthasaura leopoldinae, la créature constitue le fossile le plus complet du genre et de l'époque jamais découvert au Brésil. Son nom rend hommage à deux femmes brésiliennes d'exception : la zoologiste Bertha Maria Júlia Lutz, également pionnière dans la lutte pour le droit des femmes, et la première impératrice du Brésil, Marie-Léopoldine, en reconnaissance de son rôle crucial dans l'indépendance du pays. 

La strate rocheuse contenant le fossile de Berthasaura couvre une période allant de -125 à -100 millions d'années. Avec ses 50 cm de longueur, l'animal était relativement petit et agile. Son bec semble avoir été conçu pour grignoter les plantes et peut-être de petites proies. D'autres groupes de théropodes possédaient un bec semblable aux oiseaux modernes, notamment les ornithomimosauriens ou « dinosaures autruches », également édentés, mais Berthasaura appartient aux cératosaures, un groupe de dinosaures carnivores d'ordinaire pourvus de dents.

Le premier cératosaure édenté, Limusaurus, nous provient de Chine. Le fait d'en trouver un autre radicalement différent en Amérique du Sud nous montre que l'absence de dents aurait évolué au moins à deux reprises de façon indépendante chez les cératosaures. Berthasaura met en lumière la diversité des stratégies alimentaires au sein de ce groupe et ne manque pas d'élargir nos connaissances sur les modes de vie des dinosaures.

 

7. CHILI - UN ÉTRANGE DINOSAURE À LA QUEUE MENAÇANTE

Il y a 73 millions d'années dans l'actuel sud du Chili, ce dinosaure appartenant à une espèce récemment découverte s'est éteint au creux d'une rivière débordante de vie végétale.

PHOTOGRAPHIE DE Mauricio Álvarez

Il y a plus de 72 millions d'années, les rivages de la Patagonie chilienne abritaient un solide petit dinosaure à la queue unique en son genre : une imposante masse osseuse à l'allure de batte aplatie et dentelée. « C'est absolument sans précédent, » déclarait Alexander Vargas, paléontologue à l'université du Chili, à propos de ladite queue.

Présenté en décembre dans la revue Nature, le squelette fossile appartient à une nouvelle espèce de petit dinosaure à armure appelé Stegouros elengassen, Stegouros pour la forme de sa « queue en toit », elengassen en référence à un monstre du folklore des Tehuelches de Patagonie. L'arme sensationnelle qui lui servait de queue porte désormais le nom de macuahuitl, d'après l'épée dont se servaient les Aztèques au combat.

Stegouros est une étrange mosaïque anatomique. Le crâne du dinosaure, ses dents et sa queue aplatie en font un digne représentant des ankylosaures et autres dinosaures à armures, mais la finesse de ses membres et de son bassin rappelle plutôt les stégosaures, disparus depuis des dizaines de millions d'années à l'époque de Stegouros. (À lire : Découverte d’un dinosaure cuirassé doté d'une "queue massue")

Stegouros vient par ailleurs combler une lacune évolutionnaire majeure. Rares sont les dinosaures à armure découverts sur les terres qui composaient autrefois le Gondwana, un ancien supercontinent dont la dislocation a débuté avec l'âge des dinosaures. Avant Stegouros, seuls deux dinosaures à armure avaient été mis au jour dans le sud du Gondwana, et aucun d'entre eux n’était aussi complet que cet animal.

 

8-9. CHINE - UN DINOSAURE AU PAYS DES PTÉROSAURES

Au nord-ouest de la Chine dans la région autonome du Xinjiang, les affleurements rocheux en bordure de Hami sont connus pour leurs incroyables fossiles de ptérosaures, ces reptiles volants qui vivaient autrefois parmi les dinosaures. Pour la première fois cette année, une équipe de chercheurs a mis au jour des os de dinosaures dans ces mêmes sédiments et ils appartiennent à deux espèces totalement inédites.

Présentés au mois d'août dans la revue Scientific Reports, ces os ont été attribués à deux types de dinosaures au long cou du groupe des sauropodes. Le premier, Silutitan sinensis, porte un nom inspiré de la route de la soie en mandarin ; et le second, Hamititan xinjiangensis, rend tout simplement hommage au site de sa découverte.

Tous deux étaient gigantesques. Les vertèbres de la nuque de Silutitan, seuls fragments de l'animal découverts à ce jour, ont une longueur respective comprise entre 45 et 54 ,6 centimètres. À titre de comparaison, chez les girafes modernes, la plus longue des vertèbres cervicales ne mesure pas plus de 28 cm. Hamititan nous est quant à lui parvenu à travers une série d'os de la queue mesurant chacun 20 cm de long, et il en fallait des dizaines pour une queue entière.

Grâce à Silutitan et Hamititan, nous en apprenons plus sur les sauropodes qui auraient parcouru ce qui est aujourd'hui devenu l'Asie au début du Crétacé, il y a 145 à 100 millions d'années. La découverte permet également aux scientifiques d'affiner leurs théories sur la propagation et la diversification des sauropodes à travers les anciennes masses terrestres.

 

10. JAPON - UN DINOSAURE DU DERNIER CHAPITRE

En 2004, alors qu'il inspectait une carrière de ciment sur l'île d'Awaji au Japon, un chasseur de fossiles amateur, Shingo Kishimoto, fit une étonnante découverte : les os d'un dinosaure âgé de 71 millions d'années.

D'après l'étude dont il a fait l'objet, parue au mois d'avril, ce fossile est le second dinosaure du Japon à avoir vécu pendant le Maastrichtien, il y a 72 à 66 millions d'années, dernière ligne droite avant l'extinction massive qui marque la fin de la période du Crétacé. Son nom, Yamatosaurus izanagii le doit à un ancien terme japonais désignant une partie de l'archipel japonais ainsi qu'à une divinité de la mythologie japonaise.

Yamatosaurus est un hadrosaure, un vaste groupe d'herbivores à bec de canard qui comprend également Tlatolophus, le dinosaure à crête présenté en début d'article. Cependant, Yamatosaurus appartient à une branche « fantôme » de l'arbre phylogénétique des hadrosaures dont la séparation remonte à 95 millions d'années, aux prémices de l'existence du groupe. 

Le fossile a permis de révéler que les hadrosaures appartenant aux premières branches de l'arbre, comme Yamatosaurus, étaient largement répandus à travers les territoires devenus l'Asie et l'est de l'Amérique du Nord. Ils étaient toutefois peu présents en Europe et dans l'ouest de l'Amérique du Nord, où ont évolué leurs cousins des branches ultérieures comme Tlatolophus. La découverte suggère que l'est de l'Asie aurait offert un refuge aux branches plus anciennes de l'arbre des hadrosauridés, alors même que d'autres lignées du groupe continuaient de se diversifier au fil du Crétacé supérieur.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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