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Ce journaliste a parcouru 18 000 kilomètres en 9 ans

Un périple qui nous encourage à nous interroger sur la façon dont nous pouvons évoluer et nous déplacer dans un siècle troublé.

Photographie De John Stanmeyer
Publication 19 oct. 2021, 14:08 CEST
Children of nomadic Afar

« Mon périple nous encourage à nous interroger sur la façon dont nous pouvons évoluer et nous déplacer dans un siècle troublé. »

Photographie de John Stanmeyer

Personne ne sait exactement pourquoi, après avoir vécu en Afrique pendant 240 000 ans, les humains anatomiquement modernes ont peu à peu quitté pour de bon le continent africain et conquis le monde.

Si cette question me préoccupe, c’est parce que, pendant presque neuf ans, dans le cadre du projet Out of Eden Walk (« Quitter l’Éden »), j’ai marché sur les pistes empruntées par nos ancêtres de l’âge de la pierre à partir de l’Afrique. J’ai atteint l’Asie du Sud-Est. L’idée est d’arriver un jour à l’extrémité de l’Amérique du Sud, là où Homo sapiens ne put aller plus loin. Mon but était simple : donner un coup de frein à ma vie, ralentir ma pensée, mon travail, mes heures. Hélas ! le monde en avait décidé autrement.

Crises climatiques apocalyptiques. Extinctions massives. Migrations humaines forcées. Révoltes populistes. Et un coronavirus mortel. Plus de 3 000 fois, j’ai lacé mes bottes au matin pour parcourir une planète qui semble aller de plus en plus vite, trembler sous nos pieds et se diriger vers des crises historiques. Mais, jusqu’à mon arrivée au Myanmar (Birmanie), je n’avais encore jamais débarqué au milieu d’un coup d’État.

Paul Salopek a traversé la Jordanie en 2014. Mohammad, 11 ans, était l’un des centaines de milliers de réfugiés syriens de la guerre civile. Il parcourait le pays avec sa famille pour ramasser les fruits et les légumes. Dans les collines du Wadi Rum, une famille syrienne a partagé son dîner avec Salopek. « Il n’y a pas de viande », s’est plaint son hôte.

Photographie de John Stanmeyer

À Rangoun, je me suis réveillé un matin dans un hôtel mis en quarantaine et je me suis dépêché de remplir la baignoire avec l’eau rouillée du robinet. Nous étions le 1er février. Un meurtrier en uniforme avait annoncé à la télévision que le gouvernement élu de Aung San Suu Kyi venait d’être arrêté. Les soldats et la police sillonnaient les rues. Ils n’allaient pas tarder à tirer sur les manifestants – des hommes, des femmes, des enfants –, en visant la tête. Des poètes allaient être déclarés subversifs, arrêtés et tués. Mais, en ce premier matin du putsch, mes préoccupations étaient plus prosaïques. Je fouillais la poubelle pour retrouver des restes de riz de la veille. Que faire avec le minifrigo ? Barricader la porte ou le balancer sur la tête des envahisseurs – depuis ma chambre au 9e étage ?

Les hypothèses sont nombreuses sur les raisons de la dispersion de nos aïeux à partir de l’Afrique. Certains chercheurs soutiennent qu’une gigantesque famine nous a lancés dans le vaste monde. D’autres affirment que « l’Arabie verte », une version plus luxuriante du Moyen-Orient, aurait attiré nos ancêtres aux longues jambes vers de nouveaux terrains de chasse. D’autres encore assurent que nous avions commencé à vagabonder sur les plages, le long des rivages nouvellement exposés par la baisse du niveau de la mer (c’est la théorie de la migration côtière).

Selwa, une mule de bât, suit Paul Salopek sur des terrains difficiles près des ruines de Pétra, dans le sud de la Jordanie. Pendant son périple, des chameaux et des chevaux l’ont aidé à porter son équipement.

Photographie de John Stanmeyer

L’hypothèse que je préfère pour éclairer les origines de cette agitation humaine emprunte la voix de la mémoire. La voici : durant une période interminable, les humains archaïques ont manqué s’éteindre. Notre présence était si rare dans les terres anciennes en dehors de l’Afrique que nous courrions le risque de disparaître. Si un individu inventait un nouvel outil, cette innovation disparaissait en même temps que son clan s’éteignait. II en alla ainsi pendant des millénaires : invention, perte, redécouverte. Ce n’est que quand les populations humaines sont devenues suffisamment importantes et stables pour se souvenir des avancées que nous avons pu déverrouiller la porte de la planète. Nous nous sommes rappelés les souvenirs des uns et des autres. Nous avons gagné la bataille contre l’oubli. Nous sommes allés de l’avant.

J’approche du mitan de mon absurde périple de 38 500 km vers l’est. Il n’est que normal, je suppose, de se souvenir des milliers de visages rencontrés sur mon chemin. Lequel semblait le mieux équipé pour survivre (voire maîtriser) les défis de notre ère incertaine ? Qui pourrait survivre à ce siècle avec ses facultés intactes ?

Alors que la répression devenait plus sanglante, une drôle d’amnésie s’est emparée de Rangoun. Les messages s’effaçaient. Mes amis birmans (des activistes prodémocratie, des artistes, des étudiants, les jeunes qui tenaient les barricades) utilisaient des messageries cryptées. Des soldats fouillaient dans les téléphones aux barrages. Par sécurité, mieux valait ne pas conserver ses messages et voir disparaître sa vie de conversations digitales. Ma mère a dit je ne veux pas voir mes deux filles en prison… Ils tirent sur les gens à Tamwe… Sois prudent…. J’essaie d’obtenir le statut de réfugié politique dans un autre pays… Je suis désolé de répondre si tard. Je me suis un peu effondré…

Ces messages de peur, de colère et de réconfort s’évaporaient dès que j’ouvrais les yeux sur une nouvelle aube. Je traversais une révolution dans un état d’aphasie. Je pense que je n’ai jamais été aussi près de l’époque de notre naissance.

En 2014, les Syriens ont afflué en Turquie, pour la plupart des Kurdes voulant échapper au groupe État Islamique. Presque 4 millions de Syriens vivent aujourd’hui dans le pays, soit la plus grande population de réfugiés du monde. Ils représentent aussi la plus importante imigration de masse dans la région depuis la chute de l’Empire ottoman, il y a un siècle.

Photographie de John Stanmeyer

SE SOUVENIR D'UNE BALADE À NEW YORK AVEC TONY HISS

Tony Hiss, écrivain et intellectuel à lunettes à l’allure studieuse, a développé un pessimisme si humain, si érudit, qu’il en revenait finalement souvent à des solutions, en une sorte d’optimisme meurtri. Il venait de publier un livre intitulé In Motion (« En mouvement »), où il exposait ce qu’il appelait le voyage profond, la sensation de « se réveiller en étant déjà éveillé » qui a fasciné les êtres humains dans leur état naturel,c’est-à-dire quand ils sont en mouvement. 

Quelles nouvelles tendances devrais-je surveiller, lui ai-je demandé, alors que j’avance lentement dans un xxie siècle qui, lui, accélère ? Nous étions en 2011, l’année du printemps arabe. Un tsunami avait dévasté la côte japonaise. Acculé par des bigots, le premier président américain noir avait rendu public son acte de naissance pour attester de sa citoyenneté. « La perte par anticipation », a répondu Hiss sans hésiter.

Il voulait dire par là l’anxiété grandissante d’une minorité privilégiée qui, par le hasard de la race, du genre ou de la nationalité, avait hérité d’une part démesurée de pouvoir et qui pressentait le déclin inexorable de ses avantages. Tony Hiss a dû percevoir mon scepticisme. Il a plissé les yeux en se tournant vers les ziggourats d’acier de Manhattan. « Souviens-toi », me dit-il en souriant. « Tout ceci est temporaire. »

 

SE SOUVENIR DES PIEDS DE KADER YARRI

Épaissis par la corne, plats comme des tranches de bifteck, les pieds de Kader Yarri se balançaient depuis ses hanches comme des poids de pendules ; sans effort, sans arrêt (je serais tenté de dire pour l’éternité) à travers la vallée du Grand Rift en Éthiopie. Accompagnés de deux chameaux de bât, Yarri et moi avons parcouru ensemble sous un soleil de plomb près de 250 km dans un désert étrangement beau, en direction du golfe d’Aden. Ses sandales de caoutchouc glissaient sur le sol comme des patins. Sa démarche était d’une redoutable efficacité : transcontinentale, très ancienne, conçue pour avaler les kilomètres à la poursuite de la pluie.

Yarri était un berger afar. Au début, j’ai pris ses silences pour du dédain : pour les éleveurs, les sédentaires sans troupeaux sont des êtres inférieurs. Mais il n’en était rien. C’était sa vigilance sans faille. « Que vont manger les chameaux ? », m'a-t-il demandé un jour, inquiet d’un lieu de campement mal choisi. J’ai haussé les épaules, ramassé une pierre, la lui ai tendue. C’est la seule fois en un mois que je l’ai vu rire.

Des bus emmènent les chalands au bazar Kumtepa à Marguilan, en Ouzbékistan en 2016. Durant des siècles, la ville fut une étape importante sur la route de la Soie, un réseau complexe de voies commerciales reliant à la fois les marchés et les esprits en Asie, en Europe et en Afrique.

Photographie de John Stanmeyer, National Geographic

Yarri était l’homme aux aguets. Ses yeux balayaient l’horizon, allaient et venaient, comme un radar Doppler. Il disait qu’il cherchait les nuages. Car qui disait nuages disait humidité. Et qui disait humidité disait végétation. Il y a peu, le temps était devenu fou dans ce paradis de bayahondes. Les pluies avaient disparu. L’herbe aussi. Une guerre pour les ressources couvait entre le peuple de Yarri et les Issas, une ethnie somalienne qui quittait ses plaines elles aussi desséchées.

Le mouvement est notre plus ancienne stratégie de survie. Les bergers résistent aux désastres grâce à leurs pieds. Les hommes de l’âge de la pierre dont je suis le descendant ont sans doute fait de même. Voilà ce qu’ils nous rappellent : garder sa maison avec soi, comme on conserverait un chapelet dont on peut égrener les perles à tout moment ; de ne soulever ses pieds que lorsque c’est nécessaire. Et d’être toujours prêt à changer de cap.

 

SE SOUVENIR DES REPAS PARTAGÉS

Voyager au xxie siècle divise les humains en deux espèces. Les gagnants avancent sur leur fessier, assis dans des machines. Les autres voyagent debout, avec leurs pieds – ils marchent. Cette espèce-là se rencontre en nombre sur les chemins du monde entier : ce sont les invisibles. Les réfugiés. Les parias. Les déplacés. Les sans-boulot, sans-domicile, sans-État. Les migrants forcés – les Nations unies en comptent pas moins de 80 millions.

Dans les montagnes du Haut-Karabakh, j’ai frappé à la porte d’un appartement délabré occupé par des réfugiés arméniens de Syrie. « Spasek ! » ont crié les femmes de l’autre côté de la porte – « Attendez ! » Je les ai entendues préparer frénétiquement un repas avec des concombres, du sel, du fromage et du pain sans levain. Elles remplissaient sans arrêt la feuille de journal qui me servait d’assiette. Elles refusaient même de s’asseoir. Deux valises contenaient tous leurs biens en ce monde.

Des travailleurs exploitent le lit du lac salé à Afdera, en Éthiopie. Nos ancêtres ont quitté l'Afrique depuis cette région il y a 60 000 à 90 000 ans.

Photographie de John Stanmeyer

À Djibouti, à un arrêt pour camions empestant l’alcool, une tablée de timides migrants somaliens m’a invité à boire tasse de thé sur tasse de thé. C’étaient des esclaves, du gibier de passeurs en route pour l’Arabie. Blanc, mâle, avec un passeport potentiellement lucratif, j’étais sans doute le marcheur le plus privilégié à des kilomètres à la ronde. Et pourtant, ces hommes, qui avaient laissé des camarades morts de soif dans le désert, sucraient mon thé comme s’il en allait de ma survie.

Les Syriens déplacés de Homs survivaient en ramassant (et en mangeant) des tomates en Jordanie. « Il n’y a pas de viande », s’est excusé Samarcande) constituait, dans ce qui est aujourd’hui l’Ouzbékistan, un centre culturel mondial : un vivier d’idées, de science, d’art, de technologie et de langues. La philosophie grecque importée de Méditerranée a permis la naissance de la période glorieuse des avancées intellectuelles du monde musulman. Ainsi, des innovations asiatiques, comme la pâte à papier, l’acier et les premières mathématiques avancées, ont fait le chemin inverse vers l’ouest et l’Europe à bord des caravanes de chameaux. La route de la Soie a ouvert les esprits du vieux monde. « Pour survivre dans ce désert, vous avez besoin d’agriculture », m’a expliqué Gavkhar Durdieva, une architecte de Khiva. « Pour cultiver, vous avez besoin de comprendre l’irrigation,ce qui demande de la technique. Nous nous sommes servis des maths pour nous nourrir. » Avec fierté, elle a recensé pour moi les génies de la route de la Soie qui, il y a un millénaire, l’un d’eux. « Ici, nous ne rêvons que de poulet. » Homs avait été réduite en poussière par l’artillerie du président Bachar el-Assad. Certains exilés pleuraient en racontant leurs histoires. Ils ont partagé ce qu’ils avaient : des tomates en ragoût, des tomates crues, des tomates marinées. Mon compagnon de marche, Hamoudi Alweijah al-Bedul, un bédouin bourru, distribua tous nos vivres. En partant, nous sommes restés silencieux durant des kilomètres, comme rendus muets par la générosité des Syriens. Jamais de ma vie je ne me suis senti plus riche ni mieux nourri que sous ces tentes pleines de sable.

Des jeunes femmes se rassemblent devant leur salle de classe au lycée Dhubri Girls’ Academy, dans l’Assam, un État encore majoritairement patriarcal. L'autonomisation des femmes dans toute l'Inde est considérée comme cruciale.

Photographie de John Stanmeyer, National Geographic

SE SOUVENIR DE KHIVA

Dans la steppe de Karakalpakstan, je suis tombé sur une ville de grès jaune brillant sous le soleil. Plus de quatre cents ans avant l’Europe des Lumières, l’oasis de Khiva (comme Boukhara et Samarcande) constituait, dans ce qui est aujourd’hui l’Ouzbékistan, un centre culturel mondial : un vivier d’idées, de science, d’art, de technologie et de langues.

La philosophie grecque importée de Méditerranée a permis la naissance de la période glorieuse des avancées intellectuelles du monde musulman. Ainsi, des innovations asiatiques, comme la pâte à papier, l’acier et les premières mathématiques avancées, ont fait le chemin inverse vers l’ouest et l’Europe à bord des caravanes de chameaux. La route de la Soie a ouvert les esprits du vieux monde. « Pour survivre dans ce désert, vous avez besoin d’agriculture », m’a expliqué Gavkhar Durdieva, une architecte de Khiva. « Pour cultiver,vous avez besoin de comprendre l’irrigation, ce qui demande de la technique. Nous nous sommes servis des maths pour nous nourrir. » Avec fierté, elle a recensé pour moi les génies de la route de la Soie qui, il y a un millénaire,inventèrent l’algorithme et calculèrent le rayon de la Terre. Pourtant, Khiva est aujourd’hui une ville morte. Déversés par bus entiers, des touristes allemands sirotent des cappuccinos sous d’imposants remparts de pierre qui, désormais, ne défendent plus rien. Car les murs antiques sont courants le long de la route de la Soie.

Si ce type de défenses médiévales a réussi à bien tenir à distance nomades armés et pilleurs, la triste vérité est que les royaumes commerçants d’Asie centrale, riches et multiethniques, ont pourri de l’intérieur. Ils ont succombé à la polarisation politique et religieuse, au chaos des luttes dynastiques, au fanatisme sectaire (le schisme shiite-sunnite), à l’intolérance, aux purges irrationnelles et, pour finir, à l’immobilisme. Dans les années 1200, Gengis Khan n’en a fait qu’une bouchée.

Les murs ont été les témoins monumentaux de l’échec politique. Faites attention à ce que vous enfermez.

Elle portait un foulard fuchsia et un bandage au pied droit. Elle vivait dans une ferme au Rajasthan, en Inde, à une quinzaine de kilomètres de Jaipur. Ses champs de blé chatoyaient sous le ciel, des buffles se vautraient dans une boue noire. « Ici, c’est nous qui dirigeons. Par nécessité », avait lâché Yadav, austère matriarche d’un petit domaine exclusivement exploité par des femmes. « Tous les hommes sont partis travailler en ville. » J’ai posé des questions sur les récoltes (mauvaises). Sur la météo capricieuse(maintenant, les moussons finissent trop tôt).

Des femmes prient dans un cimetière ancien de la région de Manguistaou, au Kazakhstan. Paul Salopek a traversé ces paysages montagneux et désertiques, autrefois recouverts par un océan.

Photographie de John Stanmeyer

Yadav faisait partie des 600 millions de personnes (presque la moitié de la population indienne) qui endurent la plus grave pénurie d’eau du monde. Des villageois sarclaient à la houe des dizaines de milliers de petites digues pour tenter de capter la moindre goutte de pluie.

Certains adoptaient des cultures plus anciennes comme le millet, moins rentables, mais mieux adaptées à la sécheresse. En vain.

Quand on est perdu en pleine nature, l’adage recommande de suivre les fleuves. L’eau coule vers la civilisation. J’ai toujours écouté ce conseil. Mais voici à quoi ressemblait la civilisation : Saroj Devi Yadav, mariée de force à 13 ans, labourait les champs avec ses petites-filles. Les femmes comme elles forment l’essentiel de la main-d’oeuvre agricole dans la majeure partie de l’Inde. Pourtant, comme d’autres femmes, elle ne possédait pas cette terre. Son mari absent, si. Car l’Inde est toujours la terre des hommes.

Gauche: Supérieur:

Dans l’État du Haryana, en Inde, ce jeune homme gagne sa vie en abritant les invités des mariages sous son parapluie. La période des noces bat son plein de fin octobre à début décembre.

Droit: Fond:

Au Pendjab, un homme fait une pause dans une usine de traitement du riz fonctionnant jour et nuit. Dans cette partie du pays, l’eau courante
est polluée par les pesticides et les taux de cancer augmentent.

Photographie de John Stanmeyer(Gauche)(Supérieur)
Photographie de John Stanmeyer, National Geographic(Droit)(Fond)

 

FIN DE MARCHE À YANGON 

L’armée avait tiré sur des centaines de citoyens. Une guerre civile prolongée s’annonçait. Pour moi, continuer le chemin serait trop dangereux. J’ai donc enfreint le protocole prévu pour mon périple et ai finalement quitté le Myanmar pour m’envoler vers la Chine.

Vous pouvez me croire quand je vous dis que, dans cette vie ou dans la prochaine, je paierai pour avoir abandonné mes amis birmans dans ces circonstances. Je suis allé dans un quartier ombragé dire au revoir à certains, des activistes prodémocratie qui se cachaient. La maison ressemblait à un dortoir de cité U. Des vélos entassés dans l’entrée. Une guitare appuyée dans un coin. Mes amis, debout autour d’une table, apprenaient à se servir d’un arc et de flèches en bambou contre les troupes de la junte. À quand remonte une telle scène ? La plus ancienne pointe de flèche découverte dans une grotte de Sibudu, en Afrique du Sud, date de 61 000 ans. L’archaïque Homo sapiens que je poursuis l’avait sans doute inventée. « On aura tous à se battre », a lâché un réalisateur refugié dans la planque. « Personne n’en sortira indemne. »

Cela ressemblait à une bénédiction pour le voyage qui les attendait. Quel conseil pouvais-je leur offrir ? De toujours marcher vers la pluie ? de partager le peu qu’on a ? de ne jamais se fier à un mur ? Nous nous sommes souhaité bonne chance. Les flèches étaient posées sur la table à côté d’un iPad. Je me suis dit : souviens-t’en.

Cette histoire est le 10e reportage de Paul Salopek, lauréat du prix Pulitzer, dans le cadre de son projet Out of Eden Walk. John Stanmeyer a réalisé 18 reportages photo pour le magazine National Geographic.

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