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L'enfer sur Terre : les endroits les plus hostiles de notre planète

Entre bassins sulfureux et cascades sanguinolentes, en route pour une visite des merveilles naturelles les plus hostiles de la planète.

Publication 17 févr. 2021 à 11:27 CET

Notre monde regorge de merveilles naturelles spectaculaires, mais certaines d'entre elles ne sont pas appréciées à leur juste valeur. Si vous vous y rendez, ils vous laisseront en nage, à bout de souffle et à deux doigts de l'évanouissement.

Par exemple, peu de visiteurs se pressent devant la Porte de l'Enfer au Turkménistan, alors qu'elle offre une occasion rare d'observer un gigantesque cratère rongé par les flammes au beau milieu d'un désert. Les origines de ce cratère sont quelque peu mystérieuses, mais la théorie la plus répandue voudrait que des géologues soviétiques aient enflammé la fosse de gaz naturel en 1971 après l'affaissement d'un site de forage. Depuis, le cratère n'a jamais cessé de brûler.

En 2013, lors d'une expédition financée en partie par la National Geographic Society, George Kourounis est devenu le premier et le seul homme à ce jour à avoir enfilé une combinaison ignifugée pour descendre au creux du brasier et s'y laisser rôtir.

« Pour ce qui est des endroits infernaux qui ne veulent que votre mort, je pense être un expert, » plaisante Kourounis, explorateur et chasseur de tempêtes qui place la Porte de l'Enfer en tête de sa liste personnelle des lieux les plus hostiles à l'Homme.

« Lorsque je me suis approché du bord et que j'ai ressenti la chaleur pour la première fois, j'ai immédiatement pensé : " Je ne sais pas si je vais en être capable", » raconte-t-il. « Je me suis glissé dans de nombreux volcans au plus près de la lave. Là, c'était vraiment intimidant. »

Aurais-je oublié de mentionner qu'il n'y a aucune clôture autour de la Porte de l'Enfer ? Si c'est votre jour de chance, vous pouvez tout simplement marcher jusqu'au rebord et sentir le sol s'effriter sous vos pieds.

Pour les moins téméraires, voici une visite virtuelle de ces destinations qui triomphent par leur inhospitalité, sans obligation de porter un masque à gaz ou une combinaison.

 

L'ENFER À NOS PIEDS

La Porte de l'Enfer n'est pas l'unique endroit au monde digne d'une comparaison avec le monde souterrain. Dans le sud de l'Italie, les champs Phlégréens offrent à leurs visiteurs un aperçu des limbes sulfureux à même la surface de notre planète.

Situés à l'ouest de Naples, les champs appartiennent à une caldera, la dépression en forme de chaudron qui se forme après l'expulsion d'une grande quantité de magma par un volcan. Le site est entré en éruption à plusieurs reprises sur des milliers d'années et continue de produire des fumerolles, des entailles dans le sol qui dégagent de la vapeur et des gaz.

« Le sol bouge, la terre tremble et des volutes brûlantes et nauséabondes s'échappent des crevasses en sifflant, » écrit Atlas Obscura à propos de ce paysage diabolique.

Le site est populaire auprès des touristes censés l'observer en sécurité derrière une clôture, mais il s'avère parfois mortel. En septembre, un enfant de onze ans a escaladé la barrière et ses parents l'ont suivi pour tenter de le sauver d'une fumerolle, ils sont morts tous les trois.

 

COULEURS DÉCAPANTES

En matière de mort plus sournoise, peu d'endroits surpassent le volcan Kawah Ijen en Indonésie. Un somptueux lac bleu-turquoise habille son sommet et la nuit, des flammes d'un bleu électrique s'écoulent de ses versants. La vue est à couper le souffle, mais le lac est rempli d'acide chlorhydrique et les tourbillons bleutés sont alimentés par des vapeurs de soufre suffocantes.

Une rivière ardente de soufre gazeux s'écoule sur les flancs du volcan Kawah Ijen à l'est de l'île de Java, en Indonésie.

Photographie de SUTANTA ADITYA, BARCROFT MEDIA, GETTY IMAGES

L'eau du lac est plus corrosive que l'acide d'une batterie, en raison du chlorure d'hydrogène qui s'échappe du volcan, duquel émanent également des gaz sulfurés qui créent des flammes bleu vif au contact de l'air. Certains de ces gaz se condensent en soufre liquide qui dévale le volcan en brûlant.

« Je suis allé sur ce lac acide à bord d'un bateau en caoutchouc, c'est un endroit surréaliste » témoigne Kourounis. Le lieu est également une mine active de soufre et Kourounis a pu rencontrer les mineurs qui y  travaillent. « Leur seule protection contre le dioxyde de soufre, c'est un linge mouillé qu'ils enfoncent dans leur bouche et à travers lequel ils respirent toute la journée, ce qui dissout leurs dents de devant, » dit-il. « C'est horrible. »

Le lac Natron en Tanzanie est un autre de ces lieux aussi colorés qu'inhospitaliers. Le lac nous apparaît rouge vif en raison des cyanobactéries qui vivent dans ses eaux salées, presque aussi basiques que l'ammoniac et dont la température peut atteindre les 50°C.

Bien que le lac Natron ne soit pas une destination de rêve pour les baignades, ses berges offrent un habitat vital aux flamants, dont la couleur rose provient de leur régime à base de cyanobactérie rouge.

 

PLAISIR SANGLANT

Sur le fond blanc immaculé d'un glacier de l'Antarctique, difficile de passer à côté d'une cascade rouge sang haute de cinq étages.

La véritable cause de la couleur sanglante des Blood Falls en Antarctique est restée un mystère jusqu'à tout récemment.

Photographie de AURORA PHOTOS, ALAMY

Les Blood Falls ont été découvertes en 1911 et les scientifiques pensaient que la couleur rouge de l'eau provenait des algues. Ce n'est qu'en juin dernier que des scientifiques de l'université d'Alaska ont publié de nouvelles cartes montrant comment des eaux salées chargées en fer profitaient des fissures et des crevasses pour s'infiltrer dans la glace. Au contact de l'air, le fer contenu dans l'eau réagit avec l'oxygène et prend une couleur rouge, comme la rouille.

Quoiqu'il en soit, cette eau sanglante grouille de vie. Les scientifiques ont découvert que les eaux qui alimentent les Blood Falls n'avaient rien d'ordinaire, car ce sont des liquides anciens qui proviennent uniquement du glacier et non pas de la pluie ou de la neige. Les microbes qui y vivent se sont adaptés aux températures négatives, à la salinité extrême et à la pression importante qui règne dans les entrailles de cet énorme glacier.

 

MONSTRE DU PASSÉ

Viennent ensuite les Dry Falls de Coulee City, dans l'État de Washington. Ce lieu ne cherche ni à vous tuer, ni à effrayer les enfants, ni même à vous donner la nausée. Il est juste un peu triste.

Dry Falls est la plus vaste chute d'eau qui ait jamais existé, sauf qu'elle est invisible de nos jours. Lors de la dernière période glaciaire, ces chutes étaient 10 fois plus imposantes que celles du Niagara aujourd'hui, avec un saut de 120 m sur près de 5 km d'envergure.

Aujourd'hui, il ne reste qu'un lac avec de jolies falaises, vestiges de sa gloire d'antan. Le mieux que le journal The Oregonian a pu écrire à propos de ces anciennes chutes d'eau est qu'elles « valaient bien un petit arrêt. »

 

REFLETS CANICULAIRES

Au Mexique, la grotte des Cristaux de Naica abrite les plus grands cristaux du monde, mais si elle n'est pas prise d'assaut par une foule de touristes, c'est qu'il y a une bonne raison. La grotte repose sur une couche de magma et si quelques personnes ont bel et bien osé s'y aventurer, c'était au risque d'un coup de chaleur.

Comment ne pas se sentir ridicule face aux gigantesques faisceaux de sélénite de la grotte des Cristaux de Naica au Mexique ? Les rares explorateurs à s'être aventurés dans cette grotte à la chaleur et l'humidité insupportable ont eu la chance de côtoyer les plus grands cristaux du monde.

Photographie de CARSTEN PETER, SPELEORESEARCH & FILMS, NAT GEO IMAGE COLLECTION

« La température ambiante se situe autour des 50 °C avec un taux d'humidité proche de 100 %, » témoigne Kourounis. « Dès l'entrée, on meurt à petit feu. »

Il a fallu deux ans à Kourounis pour obtenir la permission de passer une journée dans la grotte, mais une fois à l'intérieur il n'a pas été déçu. « On dirait la Forteresse de la Solitude de Superman, » dit-il. Pour le reste d'entre nous, l'occasion d'admirer la beauté saisissante de la grotte ne se présentera probablement jamais : après la clôture des opérations minières sur le site en 2015, la grotte s'est à nouveau laissée envahir par la nappe phréatique.

 

PANORAMA SURVOLTÉ

En revanche, libre à vous de visiter le « lieu le plus électrique de la planète. » Au Venezuela, à l'endroit précis où le fleuve Catatumbo se jette dans le lac Maracaibo, la foudre s'abat plus de 200 fois par an, à la fréquence folle de 280 éclairs par heure.

Le phénomène y est si intense qu'il dispose de son propre nom, la Foudre de Catatumbo ; les scientifiques ont mesuré les éclairs et les conditions atmosphériques pour comprendre la particularité de cet emplacement. Certains pensent que l'accumulation de méthane ionisé dans l'atmosphère la nuit amplifie le champ électrique à la verticale du site.

Le point de rencontre entre le lac Maracaibo et le fleuve Catatumbo au Venezuela est l'endroit le plus frappé par la foudre sur Terre.

Photographie de JORGE SILVA, REUTERS

Cela dit, la foudre de Catatumbo pourrait avoir une explication plus terre-à-terre : les vents chauds des Caraïbes seraient piégés dans le bassin du lac, où ils rencontreraient un air plus frais en provenance de la chaîne des Andes. Ces éléments sont les ingrédients ordinaires de la formation des nuages d'orage et il se trouve que les conditions sont particulièrement réunies à cet endroit précis.

 

ATTENTION : ARC-EN-CIEL

L'eau turquoise au centre de la source chaude la plus célèbre du parc national de Yellowstone pourrait vous infliger une brûlure au troisième degré en à peine une seconde. Par contre, elle est absolument ravissante.

Le Grand Prismatic Spring, ou plus simplement la source chaude arc-en-ciel, mérite bien son nom. L'eau du centre de la source est la plus chaude, atteignant les 87 °C, ce qui ne laisse quasiment aucune chance à la vie. L'eau est donc transparente et puisqu'elle réfléchit la lumière bleue, elle nous apparaît sous une jolie teinte azurée.

À mesure que l'on s'éloigne du centre, l'eau refroidit et laisse une place aux cyanobactéries capables de tolérer la chaleur. Dans des conditions extrêmes, les bactéries Synechococcus produisent des pigments jaunes, ce qui explique la couleur de la seconde bande la plus chaude, elle-même suivie d'un méli-mélo de vie dans les cercles extérieurs aux températures plus clémentes.

Comme bon nombre de ces lieux incroyables, la source chaude est davantage menacée par l'Homme que l'inverse. En 2014, des touristes ont perdu leur drone au centre de ce bassin fumant. En 2016, des touristes canadiens ont été filmés en train de piétiner ce site particulièrement fragile.

Pour le bien de tous, il est donc préférable de ne toucher qu'avec les yeux.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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